PORTIQUE DES ÉPONYMES
constructions on voit enclavée une grande jarre de terre cuite, un dolium. Plusieurs fûts de colonnes d’un faible diamètre et de marbre du mont Hymette ont dû appartenir à l’église byzantine, devenue mosquée, qui avait remplacé le Sénat, et dont on reconnaît encore quelques traces.
Trois fragments de sculpture sont conservés dans la maison du gardien des ruines ; ce sont une statuette de femme drapée dont la tête manque, un beau torse de jeune homme, et une moitié de bas-relief représentant la partie supérieure du corps d’un Satyre.
Portique des Éponvmes. Entre le Pœcile et le temple de Thésée, dans la rue des Éponymes, se trouve une assez vaste enceinte récemment fouillée où s’élèvent les restes d’un monument considérable dont il est presque impossible de reconstruire le plan. Son existence était depuis longtemps indiquée par deux piliers en partie enterrés^ et qui aujourd’hui sont entièrement dégagés. M. Pittakis ^ avait décrit ces ruines sous le nom de monument de Phorbas^; mais depuis qu’on est fixé sur la position du Boukeur^'piov, du Sénat, on a une précieuse indication qui peut conduire à la vérité. Pausanias, en effet, nous apprend que c’était dans le voisinage de cet édifice que se trouvait le portique des Éponymes où étaient affichés les décrets et les annonces publiques ; nous savons que ce portique était orné des statues des héros éponymes Ces statues
1. « Dans une maison, on montre deux caryatides colossales; ce sont deux hommes nus, à genoux, dont le corps se termine en queue de poisson. La sculpture en est assez mauvaise. »
Bloüet et Ravoisier. Expédition scientifique de Morée.
3. « Phorbas, dit Diodore, était fils de Lapithès et d’Orsinome, et frère de Périphas et de Diogénie. Ayant délivré l’île de Rhodes des serpents qui l’infestaient, il reçut les honneurs héroïques. »
4. O'i £7rwvu(ro( iipweç, de Itti ôvo[Aa, sur nom. On appelait éponymes les héros qui avaient donné leurs noms aux tribus de l’Attique.
Dans le principe, les tribus, çufal, étaient eulement au nombre de quatre, auxquelles Cécrops avait donné les noms de : Cécropide, KsxpoTiU; Autochthone, ’Aut6x,0wv, Actée, ’Axvaia, d’àxvYi, rivage, et Paralie, llapaXioc, maritime. Cranaüs changea ces noms en ceux de Cranaïde, Kpavatç; d'Atthide, d’ ’Axôiç, nom de sa fille ; de Mésogée, Mcaoyata, située au milieu des terres, et Diacride, Atàxpu;, séparation, de la position isolée de cette tribu. Érichthonius, à son tour, nomma les tribus Diade, Aiàç; Athénaîde, ’Aerivaïc; Posidoniade , noaetSwviàc , et Héphaïstiade , 'HcpaidTià? , des noms grecs de Jupiter, Minerve, Mercure et Vulcain,
Le nombre des citoyens ayant augmenté, Clisthène porta à dix celui des tribus, en donnant à chacune le nom d’un ancien héros qui fut dit éponyme; elles furent donc appelées : Ërechthéide, d’Érechthée; Cécropide, Kexpoutç, de Cécrops; Égéide, ’Atyrilç, d’Égée; Pandionide, llavSioviç, de Pandion; Acamantide, 'AxapLawi;, d’Acamas; Antiochide, Avxtoxh, d’Aiitiochus; Léontide, Aeovxîç, de Léos ; OEnéïde, 'Oivr;iç, d'OEnée; H ippothoontide , 'IutcoQowvxIç , d’Hippothoon, et Aiantide, Atavxii;, d’Ajax (Pausanias. Ait. C. V). Plus tard, les Athéniens, délivrés par Démétri us.
étaient certainement tout autres que celles que nous voyons aujourd’hui. Détruites sans doute dans l’une des nombreuses dévastations qu’Athènes eut à subir, elles auront été refaites assez grossièrement au ii® ou au III siecle de notre ère, sous la domination romaine. M. Ross fait remarquer avec raison que ces piliers, dont la partie postérieure était entièrement lisse, étaient parfaitement disposés pour recevoir les décrets qu’on y affichait et que les citoyens pouvaient lire à leur aise et à couvert.
Le portique, ouvert au nord comme le Pœcile, était soutenu par des piliers carrés dont deux sont encore en place. Aux piliers et servant
ajoutèrent encore deux tribus auxquelles ils donnèrent les noms à'Antigonide, ’AvirtYov'K;, et Démétriade, Ar,jxr;Tptà; (Plutarque. Vie de Démétrius, et Diodore de Sicile. L. XX, § 46), qui furent changés depuis en ceux à Attalide, ATTa).i<;, et PtolémcCide, nxoX£[jLatç, en l’honneur de deux princes bienfaiteurs d’Athènes, Attale, roi de Pergame, et Ptolémée, roi d’Égypte.
Malgré sa longueur, nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de transcrire ici un curieux passage de Démosthène, qui fait connaître les titres que les héros éponymes avaient à l’honneur que les Athéniens leur avaient décerné.
« Tous les Érechthéides savent que cet Érechthée, dont ils tirent leur nom, avait, pour sauver le pays, abandonné les Ilyacinthides, ses filles, à une mort certaine. Lors donc qu’un fils des dieux avait tant sacrifié à la délivrance de sa patrie, ils auraient rougi de paraître mettre à plus haut prix un corps mortel qu’une impérissable renommée. N’ignorant pas que Thésée, fils d’Égée, avait le premier établi dans Athènes l’égalité civique, les Égéides se seraient fait un crime de trahir les principes de ce grand homme; et ils ont mieux aimé mourir que de leur survivre à la face de la Grèce pai un lâche attachement à la terre. La tradition avait appris aux Pandionides quelle vengeance Procné et Philomèle tirèrent des outrages de Térée; unis par le sang à ces filles de Pandion, la mort leur eût semblé un devoir, s ils n’avaient déployé le même courroux contre les oppresseurs de la Grèce. On avait dit aux Léontides : Les Léocores (les filles de Léos), célèbres dans la fable, s’offrirent au éoutteau sacré pour sauver la patrie; et, à la pensée du mâle courage de ces jeunes filles, des hommes se seraien crus coupables s’ils ne les eussent égalées Les Acamantides se rappelaient ces vers où Homère dit qu’Acamas se rendit à Troie par tendresse pour OEthra dont il tenait le jour; ainsi ce héros brava tous les périls pour délivrer sa mère ; et ses descendants , alors qu’il fallait protéger tous leurs parents, tous leurs amis, auraient reculé devant le danger ! Les OEnéides n’oubliaient point que Sémidé, née de Cadmus, eut pour fils un dieu qu’il ne convient pas de nommer dans ces funérailles, et que ce dieu était père d’OEnée, premier Suteur de leur race; à la vue du péril qui pressait également les deux républiques, la lutte la plus sanglante fut pour eux une dette à payer. Le chef des Gécropides fut, dit-on, moitié homme, moitié serpent, sans doute parce qu’à la force du dragon il unissait toute la sagesse d’un mortel ; de là les deux grandes qualités qu’il appartenait suitout à cette tribu de faire revivre. Les Hippothoontides se souvenaient de l’hymen d’Alopè d où naquit Hippothoon qu’ils reconnaissaient pour leur chef. Fidèle aux convenances de ce jour, je ne développerai pas ce souvenir. Ils pensaient donc que c’était à eux à se montrer dignes de ce grand homme. La tribu d Ajax était instruite que ce guerrier, frustré du prix de la valeur, n’avait pu suppoitei la vie; aussi, lorsque ce prix fut décerné à un autre par la Fortune, repoussant les ennemis, elle comprit qu’il fallait mourir pour remplir la vraie destinée des Aiantides. Vivre dignes de nos ancôties ou périr avec gloire, telle fut la maxime des Antiochides qui n’avaient pu oublier qu’Antiochos était fils d’Hercule. »
Démosthène. Éloge funèbre des Athéniens morts à Chéronée.
PORTIQUE D’ADRIEN
d’atlantes, sont adossés des personnages en demi-relief et de proportion colossale dont les cuisses se terminent en double queue de poisson, desinunt in piscem. Ces figures peuvent d’autant mieux être celles des Éponymes que nous savons que plusieurs de ces héros, tels qu’Érechthée, Cécrops, etc., étaient ordinairement représentés avec la double nature.
Eponyme.
Au-dessous des figures, sur leur piédestal , est un bas-relief offrant un serpent entourant un arbre de ses replis ; il est facile d’y reconnaître l’olivier et le serpent sacrés de l’Acropole.
Un troisième colosse sans piédestal est dressé dans un coin de l’enceinte. Tous trois sont privés de leurs têtes et de leurs bras. Derrière l’un d’eux est gravée cette inscription :
ANHrEPOH TOI 1858 lOTNlOT 24
« Relevé en 1858, le 24 juin. »
Un fragment d’architrave , un tronçon de colonne non cannelée et de nombreux fragments de moulures sont gisants sur le sol dans lequel on voit. l’embouchure d’une citerne.
Portique d’Adrien. Nous trouvons à Athènes les restes bien plus
cansidérables d’un autre portique décrit par Ghandler, sous le nom de Prytanée^, et par Stuart sous celui de Pœcile^, mais que la seule inspection de son architecture suffit pour faire reconnaître comme un édifice d’époque romaine. Les traducteurs de Ghandler, Servois et Barbié du Bocage y voient le Panthéon d’Adrien, et Spon et Wheler, et après eux Leroy, le temple de Jupiter Olympien, mais au moins l’erreur des derniers est plus excusable, puisque ces deux édifices sont contemporains du portique d’Adrien, que l’on s’accorde aujourd’hui à retrouver dans le monument que nous allons décrire.
Get édifice présente une vaste enceinte rectangulaire ABGD, située
Plan du Portique d’Adrien.
au nord de l’Acropole, et dont la muraille postérieure ou orientale GD se trouve dans l’alignement de la rue d’Éole, la principale de l’Athènes moderne ; sa longueur est de iSS"*, l/i, et sa largeur de 8i'", 86. La façade AB, tournée à l’ouest^, se composait d’une porte centrale E, flanquée de deux murailles de marbre richement ornées. La muraille de droite EB^, ainsi que le mur méridional BD, a fait place à une