HYDRA. NAUPLIE
assez étroit qui la sépare du continent ; son aspect est à peu près le même que celui d’Hydra, cpe nous avons comparée à Alger; seulement ses maisons blanches et sans toits s’élèvent en amphithéâtre triangulaire sur une pente moins abrupte. A gauche est un joli port naturel, formé par une presqu’île couverte de moulins à huit ailes, aussi bien qhe les collines auxquelles la ville est adossée.
En quittant Spetzia, nous entrons dans le golfe de Nauplie ou d’Argos; à droite, par-dessus les terres peu élevées qui forment la côte de l’Argolide, nous apercevons la haute montagne d’Ortholiti , à laquelle sa double cime avait valu, dans l’antiquité, le nom de Didyme {double ou jumeau) .
A deux heures un c|uart, nous laissions à droite l’île d’Hypsili, l’ancienne Ephyre, qui ne présente qu’une côte escarpée et aride.
Une heure après, nous apercevons le fort Palamidi qui domine Nauplie, et la citadelle dont les murailles modernes ont pour base d’antiques constructions helléniques, et bientôt nous jetons l’ancre devant Nauplie. Cette ville n’a ni quai ni port, et le débarquement ne peut se faire que par canots. La mer avait été très-calme pendant toute la journée; mais quelcjues instants avant notre arrivée, un vent violent s’était élevé, et les flots étaient devenus tout à coup fort agités. Au moment où notre légère embarcation passait sous l’avant du steamer, celui-ci, par un mouvement de tangage, engagea son beaupré dans nos haubans, et nous enleva, en se redressant, à plus d’un mètre hors de l’eau ; son retour en avant nous remit à flot, et heureusement nous parvînmes à nous dégager avant une seconde ascension. Cinq minutes après, nous foulions le sol du Pélopo-
nèse, et nous entrions dans la seule auberge de Nauplie, Vhôtel de la Paix, le bien mal nommé.
Nauplie et le mont Palamidi. qui la domine, ont conservé leurs noms antiques; cependant on désigne aussi la ville sous ceux d’Anaplie et de Napoli di Romani.
Outre la citadelle et le fort Palamidi, elle est défendue par le fort Grec ou Itschkalé, et par le fort Saint-Théodore ou Bourdzy, construit par les Turcs sur un îlot isolé, en face de la ville. Située dans la partie orientale du golfe d’Argos, sur une langue de terre très-étroite, Nauplie s’avance dans la mer dans la direction du sud-est au nord-ouest. L’isthme de cette petite presqu’île est occupé par un rocher très-haut et trèsescarpé, qui ne laisse qu’un passage étroit pour arriver à la ville. Le fort Palamidi a été remis en état de défense, en 1687, par les Vénitiens auxcfuels la ville doit aussi la plupart des bastions qui la protègent. Ces diverses constructions portent en bas-reliefs des lions de Saint-Marc et des inscriptions faisant connaître les noms des provéditeurs qui ont pris part à ces travaux. Nauplie, depuis les premières années du xiiP siècle, n’a cessé de passer successivement des Turcs aux Vénitiens, des Vénitiens aux Turcs. Enfin, après un siège de trois mois, les Grecs y entrèrent en vainqueurs, le 3 janvier 1823, et, après la proclamation de l’indépendance, cette ville fut le siège du gouvernement jusqu’au 13 décembre 1834 , épocjue où Athènes fut déclarée capitale. Nauplie est aujourd’hui le chef-lieu de la préfecture de l’Argolide; sa population est de 6,000 âmes, compris le faubourg de Pronia.
' Les rues sont en général étroites et souvent rétrécies encore par d’anciennes maisons turques dont les étages s’avancent en encorbellement. Nous avons été étonnés de la beauté des femmes qui paraissaient aux fenêtres; on n’est pas habitué en Grèce à de semblables surprises. Toutes les rues qui ne se trouvent pas dans le voisinage de la mer sont très-escarpées et ont souvent même des degrés. A chaque pas on y rencontre des fontaines turques dont quelques-unes sont assez élégantes. Dans la partie basse de la ville sont deux belles places rectangulaires. L’une est plantée d’arbres et bordée de cafés des deux longs côtés; à l’une des extrémités est une caserne, à l’autre sont une ancienne mosquée convertie en école publique, et le monument funéraire de Démétrius Ypsilanti, l’un des héros de la guerre de l’indépendance ; ce
NAüPLIE.
mausolée est composé-d’un grand dé de marbre surmonté d’un cippe portant une croix, et rappelant le tombeau de Nœvoleia Tychè, à Pompéi.
Sur l’autre place se trouvent l’arsenal et le palais du gouvernement, construit par Gapo d’istrias. Ce n’est qu’une grande maison percée d’un passage public. Le roi Othon y résida depuis son débarquement, le 6 février 1833, jusqu’au 13 décembre 183/|..
Le seul édifice de quelque intérêt que présente Nauplie est l’église de Saint-Spiridion , et encore seulement par le souvenir qui s’y rattache; elle n’a qu’une seule nef peu étendue avec une coupole fermée; ses murailles sont revêtues entièrement de peintures byzantines modernes. C’est en sortant de Saint-Spiridion, par la porte latérale de droite, que, le 9 octobre 1831, le président Jean Capo d’istrias, à six heures du matin, fut assassiné par les frères Constantin et Georges Mavromichalis. Ce dernier le frappa d’un coup de poignard dans le côté, et Constantin lui tira à bout portant un coup de pistolet, et on voit encore dans l’un des piédroits de la porte la trace profonde de la balle. Constantin fut sur-le-champ massacré par le peuple indigné, et Georges fut condamné et fusillé peu de temps après.
Hors de Nauplie s’étend le faubourg de Pronia, à l’extrémité duquel, sur le flanc d’un rocher, on voit un monument exécuté par le sculpteur allemand Siegel, en l’honneur des soldats bavarois morts en Grèce. C’est un lion colossal couché, taillé dans le roc, à rimitation du fameux lion de Lucerne. Au-dessous est gravée cette inscription :
OFFIZIERE UND SOLDAïE KÔNIGLICH BAYERISCHEN BRIGADE IHREN KAMERADEN F 1833 UND 1834 ZUM VOLLENDUNG GEBRACHT D ü R G H