‹ Athènes (volume 3)Chapitre 228 sur 234 · CORINTHE · texte numérisé non relu

CORINTHE

la destruction de la ville. Quant à nous, on nous assigne pour demeure une maison que les rats mêmes ont abandonnée, et qui ne se soutient qu'en s'appuyant sur ses voisines qui lui demandent le même secours. Nos agoyates et leurs chevaux sont déjà installés dans le rez-de-chaussée ; un escalier de bois, au(juel manquent la rampe et la moitié des marches, conduit extérieurement à l'unique étage. Charitablement nous le laissons essayer par les porteurs de bagages, puis nous nous hasardons à notre tour. Dans une grande salle délabrée, sans porte ni fenêtres, Manuel dresse nos lits de fer et nous sert le souper qu'il vient de préparer à la hâte, et auquel il a pu joindre un lièvre acheté en route à un berger albanais. Nous soupons vite et de bon appétit, et nous nous jetons sur nos lits, à la grâce de Dieu. Manuel s'étend dehors, sur l'escalier, et nous sert de porte.

Le i/i, nous nous éveillons de grand matin; la maison ne s'est pas écroulée sur nous, et nous avons passé une assez bonne nuit; cependant, nous nous ressentons encore de la rude journée de la veille, et on nous en promet une plus longue et plus pénible encore pour gagner Mégare par la route de Kakiscala (mauvaise échelle), dont le nom seul n'est guère encourageant. On nous dit bien que dans ce défilé des Roches scironiennes, si tristement célèbre dans l'antiquité, nqus ne trouverons plus ce fameux brigand qui précipitait les voyageurs à la mer après les avoir dépouillés, et que depuis longtemps Thésée a fait subir à Sciron la peine du talion; cela est rassurant, sans doute, mais ne suffit pas pour nous décider à faire seize heures de marche sur des montures si piètrement harnachées. Nous faisons ' partir sur l'une d'elles Manuel, qui, traversant l'isthme, doit nous-prépàrer à Kalamaki, sur le golfe d'Égine, un mode de transport moins fatigant.

A cinq heures du matin, accompagnés d'un guide du pays, nous commençons, à pied, l'ascension de l'antique Acropole de Corinthe, citadelle formidable dont Aratus ne put s'emparer que par trahison, de l'Acro-Corinthe, montagne élevée de 575 mètres, en partie calcaire, en partie volcanique, car sur ses flancs j'ai trouvé dos laves et des fragments de basaltes prismatiques. Le chemin est assez facile, et souvent on trouve des parties de chaussées pavées , remontant sans doule à l'époque de la domination vénitienne. A six heures un quart nous étions à l'entrée de la citadelle, aujourd'hui enlièrement abandonnée; nous

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