I. Beii.k. Études sur h- t'rlopnnèse
366 QUATRE .lOUUS DANS LE l' E LOl'OiNESE.
du VU'' ou aux premières années du vi^ siècle avant notre ère. Dorique, hexastyle et périptère, il avait 20 mètres de lari^rur. six colonnes à la façade et treize aux ailes, en comptant deux fois les colonnes d'angle. Sept colonnes, disposées en équerre. sont encore deboui ; ciiuj regardant l'occident ont appartenu à la i'açade postérieure, au posticum ; trois, en comptant de nouveau la colonne d'angle, firent partie de l'aile méridionale, l'allés sont d'un seul morceau de tuf grossier, autrefois revêtu de stuc colorié, et portent de nombreuses cavités creusées par les Turcs (jui en avaient fait l'appui de. quelques misérables demeures. Leur diamètre, à la base, est de 1"',70, et leur hauteur de 6'", 50 ou cin([ diamètres et demi seulement, proportion la plus courte dont on connaisse un exemple dans l'antiquité greccpie. Les cannelures sont déjà au nombre de vingt, particularité remarquable, car le plus ancien dorique n'en a ordinairement que seize. Les colonnes, à l'exception d'une seule, conservent leurs larges et pesants chapiteaux ; deux sont isolées, mais les autres portent encore une partie de leur architrave, un peu dérangée seulement par le dernier tremblement de terre*. Ces ruines, rongées à la base, déjetées, brisées, hors d'aplomb, ne semblent se soutenir que par un miracle d'équilibre, et cependant elles ont échappé à la catastrophe qui vient de renverser la ville entière , dont les maisons étaient, à la vérité, fort légèrement et fort mal bâties. On a renoncé à relever Coj'inthe, et on bâtit une nouvelle ville sur le bord du golfe, à deux milles de l'emplacement de la ville antique, et à peu près au lieu où existait le Léchée,, l'ancien port de Gorinthe.
Dans le bas de Gorinthe, (|ui s'étendait sur un sol légèrement incliné, sont les restes assez considéi'ables d'un édifice romain de la décadence, des thermes sans doute. Plus bas encore on voit les ruines (Tim petit bain turc, où Ton retrouve toutes les divisions des bains aiiti(|ues, hyporaiisir, apodilcrûini, caldan'um, balnovm, etc. Non loin de là. une église renversée par le tremblement de terre nous })résente encore son porche, soutenu |»ar deux colonnes antiques de marbi'o blanc.
A onze heures et demie. Manuel est de retour de sa course à Kalaïuaki; à midi nous ((uiltons (joi'iuthe sur une longue chaiTollc à (jiiatre roues, traînée par deux chevaux vigoureux, et chargée de nos bagages sur
1. Pour plus amples détails, voir VArchitecture au siècle de Périclès, par E. Beulé, 18G0.
IIHXA.MILI. KALA.MAKl. ' 3G7
les([uels nous nous installons tant bien {jue mal. A dix minutes à l'est (le la ville, nous nous arrêtons un instant pour visiter un am|)hitliL'àtre antique; creusé dans le roc par les Romains, il est i)eu protund rt assez étendu. (Quelques gradins existent encore . mais sous la couche de pierre peu épaisse dans la([uelle ils soiit taillés se trouvait la terro f[iii. en l)eaucou|) d'endroits, s'est élVouli'r. t'oi-iiiant des grottes et laissant les gradins suspendus. Dans cette partie inlV'rieure durent exister des gradins (construits, mais ils ont disparu. Pausanias n'ayant point parli' de ce monument. M. Beulé suppose, avec toute vraisemblance, (ju'il n'existait pas encore à répo([ue de son voyage.
Nous remontons dans notre char; la route est fort nK'diocre et trrsinégale; une beaucoup meilleure traverse l'isthme, au nord; elle a été tracée par le Lloijd autrichien , dont les bateaux déposent les voyageurs à Loutraki, sur le golte de Lépante, pour les rembar([uer à Kalamaki . sur le golfe d'Egine. évitant ainsi de faire le tour do la Morée. Bien entendu (ju'en mai 1859 la guerre de la l'"rance contre r Autriche avait interi'ompu ce service.
A 3 kilomètres environ de Corinthe se trouve le village d'[Ie\amili, (jui doit sou nom à la, muraille, longue d'environ six milles, ([ui traversait l'isthme, boulevard bien souvent démoli et reconstruit, et qui avait été élevé une première fois après la mort de Léonidas aux Tlicimopyles; il fut l'établi en dernier lieu par les Vénitiens, en '1096; il n"eu est pas moins entièrement d(^mantelé aujourd'hui. ]\n approchant de Kalamaki. nous voyons des restes de cette nim-aillc. les vestiges d'un canal commencé par les Romains pour réunir les deux golfes, l'emplacement bien indi(|U('' d'un stade, et renc(Mnte d'iuie vaste acropole de construction hell(''ni(|ue.
A une*heure cjuarante miiuites nous niellions pied à terre ii Kalamaki. ranti((ii(^ porfiis Sc/up))ns, situ(' an fond du golfe d'I'.gine. (> n'oi (in'ini village s'étendant sin- une plag(î sabloiiiieiise, et plus idini'' encore (|iie Corinihe par le dernier tremblement de terre. \ trois heures. nou< nous embar(|uoiis siu' une sorte.de goiMetle niont(''e par un niatelnl . deux mousses cl im patron (jui parle ilahen et prend le titre p.iuip<'U\ de capitaine. T.a mer est très-calme, mais le \eiit. Idiscju il souille, nous est contraire. Bientôt il toinhe tout à fait; au«i -notre na\igation de Kalamaki à Mégare . ([tu', avec un bon \enl. s'accomplit en d.'U\
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heures, scmble-l-elle devoir se prolonger indélininieiit. Heureusement nous avons des provisions, nous dînons de bon appétit, et, quand la nuit est venue, nous nous couchons sur le pont, enveloppés dans des couvertures; la lune brille du plus vif éclat, les flots nous bercent mollement, et, malgré la dureté de notre couche, nous ne tardons pas à nous endormir.
A trois heures du matin , je suis réveillé par le froissement de lachaîne que l'ancre entraîne à travers l'écubier. « Nous sommes arrivés, » dit le capitaine. Je ne vois cju'une plage déserte, celle de Tvipa, qui sert de port à Mégare ; la ville est à 3 kilomètres dans les terres. Manuel part et va y chercher un cheval pour le bagage. A cinq heures et demie nous débarquons, et en cinquante minutes nous arrivons à pied à Mégare.
Megai'i'.
Cette ville, autrefois célèbre et puissante, n'est aujourd'hui cfu'un bourg de /i,000 âmes; ses maisons en terrasse s'étendent sur deux collines inégales, et dans l'intervalle qui les sépare; sur la colline la plus haute, située au nord-ouest, s'élèvent les ruines d'une tour vénitienne à voûtes ogivales.' Un peu plus bas est une église dans la' muraille de laquelle sont employées quelques pierres antiques. Une inscription chrétieime est accompagnée d'une colombe et de l'A et de To.
Sur la place, une masure contient un petit musée d'antiquités locales qui n'offre rien de bien remarquable.
On ne ti'ouve à Mégare aucun reste de sa splendeur passée ; on ne s'en étonnera pas lorsqu'on saui'a que tous ses moiuniients étaient construits d'une pierre tendre cociuillière, pierre /yo/vV/"'' ou >coy/iTviç, sans aucune consistance et s'écrasant dans la main.