ENTRÉE DE L'ACROPOLE
Nous sommes d'autant plus porté à le croire, que nous retrouverons exactement le même appareil aux deux tours qui, à l'occident, accompagnent l'entrée de l'Acropole, et que, selon toute apparence, ces tours sont l'œuvre de Conon.
Ce ne peut élre (|ue faute (Tun examen suflisant, que le savant auteur de VArropol" iF Athènes a ])u atlribuer à la même épocjue un autre fragment do mui-aille, qui se voit également à l'intérieur de l'Acropole, mais plus à l'est (Pl. 1". E). derrière une casemate turque. Cette muraille, qui est le revers de celle que nous avons déjà signalée comme un reste de la construction pélasgique, est d'un tout autre appareil.
Entrée de l'Acuopole. Nous arrivons enfin au côté occidental de l'Acropole, le seul accessible, et celui où de tout temps se trouva son entrée (Pl. 1". K). Cette entrée avait disparu, et en 1852 encore, comme au temps de l'expédition des Français en Morée, ce côté ne présentait qu'un énorme bastion sans aucune ouverture, et à droite, vers l'angle sud-ouest, une petite porte moderne percée dans un massif de construction turque et conduisant à une porte (Pl. 1". a) percée dans la muraille du sud. Avant d'arriver à cette porte, on laisse à droite un espace (|ui surmonte l'Odéon. Legrand vit encore en cet endroit les ruines d'une mosquée, cjui avait dii remplacer l'ancien temple d'Esculape, mentionné i)ar Pausanias ^. C'est encore par ce chenn'n qu'on pénètre aujourd'hui dans l'Acropole; nous verrons (ju'il suit 1(5 tracé du passage réservé dans ranti(|uité aux animaux destinés aux saci'ifices.
l"".ii 1852, par l'examen des lieux et l'étude approfondie des textes, M. Bctili', alors élève de l'Ecole de France à Athènes, fut amené à penser (ju'il élait impossible (ju'ini monument magnifique, tel (|uo les Propylées, eût fait face à un simple rempart (|ni \o masquait entièrement, et n'eut eie accessible (lue pai- un chemin détouriH'. C'était dans l'axe des Propylées qu'avait dû (^\ist(M- mm enti-ée conciliant h^s l^^soins de la défense et la n<''cessit('' de permettre à l'ieil (Tembrasser dès I aberd le clief-d^eiiN !•(.' de Mn(''sic!ès; mais mie (juestien resl;iil ;i ii'-niidre :
rontrer dans son pays, ajm'-s tant (raiinr-cs d'exil, lui fut toutefois moins sonsil>lr qnr la douleur d'avoir vu Athènes l)rùl(''e et détruite par les Spartiates. Aussi r('|)ara-t-il les rava^is du fir et du feu avec les (ii'pouilles de l'onnenii et par la main des Perses. » .Iistin. I.. M, e. .">.
I. « I,e ti'uiple (rr,sinla|)e mérite d'être vu à cause des statues du ditu, de ses enfants et des peintures diint il est orné. Il renfi'ruir la l'nntiine piès de laqui^lle li;di:rl eiius, fils dr \ 'ptuiie, fut tu'' \KiV le (liiMl Mars. 11 |'\i s\\'\s. ,1/ , e. \\I.
i> ATHKNKS.
rentrée antique cxit^tait-clle encore sous les fortifications inodernos? en avait-elle même jamais occupe l'emplacement, ou s'était-elle élevée en avant, ayant de])uis longtemps disparu? Des fouilles seules pouvaient donner la solution de ce problème; elles furent commencées par M. Beulé au piintemps de la môme année ^. C'était à tort qu'avant M. Beulé on avait ci'ii dmoii- chercher l'entrée de l'Acropole ailleurs que dans l'axe des Propylées. « Le plan des Propylées, dit M. Guigniaut^, la forme des terrains et des rochers, le caractère même du génie grec visant à l'harmonie dans ses créations . indicjuaient à l'avance que le grand escalier devait descendre à l'occident vers la plaine, et non pas s'arrêter au pied du temi)le de la Victoire sans ailes , sur le rocher du midi. Ce n'est toutefois qu'après avoir rouvert la tranchée pratiquée autrefois de ce côté par feu ïiteux-^, et s'être assuré qu'il avait fait fausse route aussi bien que son successeur, que M. Beulé a entrepris sa première fouille, précisément dans l'axe de la porte principale des Propylées, espérant trouver ainsi du même coup le mur d'enceinte, la porte d'entrée, le grand escalier et la continuation , s'il se continuait , du chemin creux (jui le sépare *en deux moitiés. Après avoir défoncé le bastion moderne sur sa longueur cjui est de 68 pieds , après s'être avancé dans les profondeurs du sol exhaussé de près de 30 pieds , et à travers les constructions diverses des âges successifs jusqu'aux murailles byzantines, il a enfin découvert la partie inférieure de l'escalier à /il pieds en avant du temple de la Victoire. »
« Il faut donc, bon gré mal gré, ajoute M. Guigniaut, renoncer à cette hy|)othèse gratuite qui, terminant l'escalier un })eu en avant du temple de la Victoire, cherchait la porte d'entrée de la citadelle sur son flanc droit et en faisait une sorte de porte dérobée complètement indigne
1. Dans son exccUont ouvrage sur rAcropole trAthènes, M. Bculr, ])ar uiu^ uiock'stio louable sans doute, mais regrettable, n'a pas cru devoir donner l'historique de sa précieuse découverte; mais on trouvera dans le III" vdlumc ûcs Archives des Missions scientifiques les rapports qui! avait adressés aloi*s au ministre de l'instruction publique, ainsi que ceux faits à cette occasion par M. Guigniaut.
'2. Happort fait le 12 novembre ISo^, à l'Académie des inscriptions, sur les travaux des membres (\i' y Vxi^h' iV\thî'W9,. [Archives des Missions scientifiques. T. 111, 11. 207.)
■i. M. Titeux, anliitiTtc, i)ensionnairc de l'Kcole de Rome, en étudiant les Propylées, avait voulu ri'clierrbcr l'esralirr qu'il avait bien |)cusé aussi devoir les précéder. 11 avait fait ouvrir une tranchée en avant du snubasseminit du temple d(; la Victoire Aptère; mais, n'ayant rencontré que le rocher, il avait renoncé h ^h•<• fnuillr- (|ni rm-i'iit repris-; ait même lieu et sans plus d(! succès par M. nesbuisHon. Les traces de ces fravau\ ont été elTaiées i)ar les fouille-^ de M. Heul.'.
ENTR^lE de L'ACROPOLE. 2,3*
de la majesté des Pi'opylées. complètement en désaccord avec leur plan et leur orientation. »
Ce fut au mois de juillet 1852 que M. Beulé envoya à l'Académie un méiiiDiic ' (|iii lit connaître le résultat de ses premières fouilles. Au mois d'août, sur un rajiport de rAcadémie. un crédit de /i.OOO l'rancslui fut alloué pour continuer les fouilles aux frais du gouvernement français. A l'aide de cette sui)venii()n, les travaux furent repris le 18 octobre 1852 ; ils occupèrent tout l'hiver de j 852-J 853, et, au printemps de cette dernière année, ils étaient terminés; M. Beulé put'dès lors faire placer la grille et auprès d'elle l'inscription constatant sa précieuse découverte. Un nouveau crédit de 1,000 francs avait été accordé avant l'achèvement des travaux, en prévision de la nécessité de reconstruire la partie inférieure du grand escalier; cette partie ayant été retrouvée presque entière, ce crédit devint inutile et l'argent fut restitué par M. Beulé.
L'Ennéapyle ou l'entrée aux neuf portes successives, construite par les Pélasges, avait dii subir déjà quelques modifications, d'abord lors de la destruction des monuments de l'Acropole par Xerxès et Mardonius, et de la restauration de l'enceinte par Thémistocle et Cimon, puis lors de la construction des Propylées sous Périclès. 11 est probable que le plan adopté à cette époque ne dut guère s'éloigner de celui que nous voyons aujourd'hui. Lors((UP, après la guerre désastreuse du Péloponèse, Lysandre renversa les nuuailles d'Athènes au son des instrunicnls de musique cpii célébraient la gloire de Sparte et la honte des vaincus, il paraît avoir à peu près respecté l'enceinte de l'Acropole, et probablement il se contenla de détruire les forlitications qui, du seul côté accessible, protégeaient la citadelle. Conon, eu relevant les murailles d'Athènes au commencement du iv' siècle avant Jésus-Chi-ist , ne pouvait man(|U(M' de commencer par rétablir i'enti'éc de l'Acropole et la reuieltre- en élat de di'fense. C'est donc à lui (|u'av(Y- toute vraisei)ii)l;iuce nous croyoïrs pouvoir^ ainsi ((ue Ta l'ait M. Beulé, attribuer la construction des deux. loiu's (jue ses fouilli's ont mises à découvert. Conoii. probableiiieiil. imita la porte qui avait été élevée par Périclès eu uii'ine teui|)s (jue les Pro-
1. On doit regretter que ce iinniicr iiirinoiro u'iiil puiiit ri' publié, nmi pins i\[H' les dessins de M. Gariiicr (pii l'accompannaioiit. ^
2. l^H» francs par \r niinistrrc dr l'in--tiii(tinn inihli(nie, et '2,snn frams jiMr U- iiiiiiist-re de l'iiili'TiiMir, sciiiiMi (Ir-, lii'iMix-arIs.
2i ATHÈNES.
pylées, et dont \c soiivonir était trop ivceiil encore pour s'être elïacé. Alors, comme aujourdlitii. les deux tours étaient réunies par une muraille en rcliailc d.iii< laiiuclle s'ouvrait la porte i. Telle était l'entrée de l'Acropole au moment où Sylla s'empara d'Athènes, mettant fin à son indép(Midance et h son existence politique. Rasant à 3 mètres environ du sol les deux tours qui accompagnaient la porte, il détruisit la porte ellemême et la muraille dans laquelle elle était ménagée; et pendant toute la loiiL;ne période de la domination romaine, l'intervalle des deux tours ne lut plus fermé. Enfin. Valérien (253-260 après Jésus-Christ), craignant l'invasion des Goths, voulut remettre l'Acropole en état de défense, et lit relever à la hâte la muraille et la porte c[ue nous voyons aujourd'hui 2. Telles paraissent être les données les plus probables de l'histoire; voyons maintenant si elles sont confirmées par l'inspection du monument.
plan de l'entrée de l'AcropoIc.
T.a porte A se trouve dans l'axe et à 36 mètres en avant des Propylées, dont le soubassement est à 15 mètres environ au-dessus du niveau du seuil. Le mur, haut de 6'", 74 et large de 7'", 20, dans lequel elle est percée, est composé, à l'exception de l'une des assises inférieures qui est de tuf, de blocs de marbre disposés par assises horizontales, mais de hauteur inégale. Les blocs tirés de divers monuments plus anciens sont grossièrement assemblés et leurs joints ne sont pas toujours verticaux. Cependant une sorte d'intention décorative paraît avoir présidé à cette construction, souvenir lointain sans doute de celle qui l'avait précédée. Un bandeau de marbre noir cri-iicusis règne à i'",65 du sol. La porte, à l'imitation des portes
1. A 1 Ario-Coiiiiilii', 011 Acmiiolc (li> Coriiitlic, uiio porto bien conservép, et appartenait h la plus parfaite ronstnicliim ficlli'nifpic, pri-sciitc l;i nirinc (lis|uisitii)ii. "i. Vm3-. la \i;iiirtii' Cl) liti' (lu cliapilri'.
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