SOUPE DORE EU, CN
56/ L’éclat de l’âge d’or
esclaves — ne jouissait pas du droit de vote. Il semble que les femmes aient été traitées plus durement à Athènes que dans bien d’autres cités-états de la Grèce. L'époque étant au culte du mâle et du «héros», l’homme cherchait naturellement à s’accomplir en compagnie d’autres hommes, même dans l’amour. La femme devait, quant à elle, s'occuper des enfants et diriger la maison. Celle-ci était dépourvue de luxe, car la simplicité fut toujours la règle jusqu’à une période très avancée du iv siècle av. J.-C. Quelques chambres réparties sur deux étages, une cour, un choix limité de meubles et de céramiques: c'était tout l’étalage que pouvait faire de sa richesse même le citoyen le plus aisé.
Quant aux esclaves, on a évalué qu’il v en avait un pour deux citoyens; pour plus de la moitié des domestiques, ils étaient — contrairement aux femmes athéniennes — mieux traités que dans la plupart des autres régions de la Grèce. Seuls les 10000 d’entre eux qui travaillaient dans les mines argentifères proches des côtes connaissaient le sort habituel des êtres asservis: les impératifs économiques semblent ici avoir totalement pris le pas sur ceux de la conscience.
Mais aucune tare particulière ne saurait nous faire oublier tout ce que les Athéniens ont accompli de grand. En un temps de fanatisme et d’esclavage généralisés, ils inaugurèrent une conception de l’existence où la curiosité intellectuelle supplantait la foi aveugle dans le surnaturel, où l’homme avait le courage de servir non un dieu-despote ou un roi-dieu, mais l’honneur et l'intégrité de la personne humaine.
Cela n'apparaît nulle part plus clairement que dans leur approche de la mort. Au nord-ouest de l’Agora s'étend le cimetière du Céramique — le quartier des potiers — où Athènes ensevelissait ses héros. Certains monuments funéraires sont restés à l'endroit même où ils furent élevés; de nombreux autres sont conservés dans des musées; mais sur tous, quels qu’ils soient — sarcophages, ex-voto, petites chapelles —, le message est clair: c'est un hymne à l'existence terrestre et non la sollicitation d’une vie dans l’au-delà. Les Grecs scrutaient sans peur les ténèbres de la mort et n'y découvraient aucun motif d'espérance. Pour eux, la vie était la lumière, la mort l'ombre de la vie, et les trépassés des spectres balbutiants, errant dans les champs d’asphodèles. Dans l'Odyssée d'Homère, le fantôme d’Achille lui-même ne déclara-t:il pas qu’il préférerait avoir le sort d’un laboureur sur la terre plutôt qu'être le roi de tous les morts?
Ce ne sont pas de pieuses paroles d'espérance que l’on a gravées sur leurs tombeaux. Bien au contraire! Les inscriptions célèbrent l’être vivant, tel qu'on le connaissait, et dans ce qu’il avait de meilleur. Dans la mort, la seule consolation du Grec était de savoir que sa gloire se perpétuerait dans la mémoire des hommes. Célébrant les Spartiates tombés lors de la bataille de Platées, le poète Simonide ne proclame-t-il pas: «Leur valeur les élève maintenant vers la splendeur, au-dessus de la nuit du tombeau»
Cependant, à la fin de la guerre du Péloponnèse, cet idéal héroïque avait déjà perdu de sa force. En 404 av. J.-C. après un hiver de siège, les Spartiates occupèrent la cité et rasèrent les fortifications construites par Thémistocle. Ils n’y restèrent pas plus d’un an, mais, à leur départ, laissèrent
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