‹ AthènesChapitre 11 sur 84 · I. Plutarqiie. l'rriiUs · texte numérisé non relu

I. Plutarqiie. l'rriiUs

la fierté des Athéniens. Cent ans après lui. aux heures de détresse où le peuple découragé doutait de lui-même, les orateurs n'avaient qu'à lui montrer du geste « ces Propylées, ce Parthénon. témoins toujours jeunes de la gloire des ancêtres ' » pour faire passer dans la multitude un frisson d'orgueil salutaire. Les Béotiens eux-mêmes rendaient hommage à cette œuvre de beauté, enviée comme un titre de noblesse hellénique ; « Jamais Thèbes, disait Epaminondas, ne sera l'égale d'Athènes tant qu'elle n'aura pas transporté les Propylées de l'Acropole sur la Cadméel »

Après la mort de Périclès en 429. ses adversaires lui rendirent justice en l'imitant. Ils recherchèrent par les mêmes moyens les faveurs de la « femme coquette ». En 4J1, pendant une trêve de la guerre du Péloponnèse, Nicias fit commencer l'Erechtheion dans un st3-le qui marque déjà une détente de l'idéalisme sévère. L'Erechtheion est au Parthénon ce qu'Alcibiade est à Périclès. Euripide à Sophocle, Praxitèle à Phidias. Après la désastreuse expédition de Sicile et la prise d'Athènes par Lysandre en 403, la ruine de la République la ramène à des vues plus positives. Elle se relève pourtant : en 393, Conon lui rebâtit l'enceinte rasée par les Lacédémoniens, refait et agrandit celle du Pirée, restaure les Longs-Murs. Ce fut comme une réédition de l'activité réparatrice de Thémistocle après Salamine. 3Iais il ne s'ensuivit pas un nouvel essor. La pauvreté du trésor lui interdit désormais l'architecture somptuaire. Seuls, les riches particuliers peuvent s'offrir le luxe d'habitations et d'offrandes qui sont de menus chefs-d'œuvre, tel le monument choragique de Lysicrate. construit en 334. Démosthène oppose alors avec amertume les misérables crépissages de l'État à la magnificence des maisons particulières. C'est aussi pour le compte des particuliers que travaillent les grands maîtres de l'époque : un gracieux essaim de Satyres, d'Eros et d'Aphrodites sculptés par Praxitèle, s'échappe de l'atelier mondain où raj'onne Phryné. Les grandes œuvres de sculpture, destinées à des temples, sont commandées par les cités étrangères.

Pourtant un administrateur habile, Lycurgue (338-3261 , fait revivre l'architecture publique; mais la démocratie parcimonieuse doit restreindre ses ambitions à des constructions surtout utilitaires. On achève en pierres les gradins et la scène du théâtre de Dionysos, le Stade panathénaïque, les bâtiments du gymnase du Lycée, la Skeuothèque ou dépôt d'agrès du Pirée (329) .

Du III'' au 1" siècle avant Jésus-Christ, Athènes ne vit plus que de son

I. Ce lieu commun oratoire rL-vient cinq fois dans les discours de Dcmosthène [Olyiithiennes, ni, 25 ; xiii. 28. — Contre Aiulrotioii. 76. — Contre Tiwoinile, 184. — Contre Aristocrate, 207.)

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nom, de ses souvenirs et de ses écoles de rhéteurs. Elle est toujours la métropole du vieil hellénisme, mais son dénûment la réduit à ne plus compter pour son embellissement que sur les libéralités des admirateurs exotiques de son passé. Des évergètes désireux d'inscrire leur nom au livre d'or de l'hellénisme, des souverains hellénistiques en quête d'un brevet de culture lui prodiguent les hommages consolateurs. Mais leurs présents attestent plus de bonne volonté que de goût. Ils infligent à Athènes les produits de leur mégalomanie : gymnases (Ptolémaion. Diogéneion , et portiques colossaux d'Eumène II et d'Attale II. Au l" siècle avant Jésus-Christ, un Sj^rien, Andronikos de Kyrrhos inaugure par le don de l'horloge connue sous le nom de « Tour des Vents » un style que nous appellerions « rastaquouère ». Mis en goût par cet exemple, les Athéniens renouvelèrent vers 114 après Jésus-Christ cette injure a Phidias en érigeant en face du Parthénon. sur la cime du Mouseion. le monument d'un autre Syrien, Philopappos de Commagène.

Survinrent les Romains. Ces grands dévaliseurs des trésors d'art de la Cirèce affectèrent de se montrer gracieu.x pour Athènes. Mais que de cadeaux destinés à honorer l'atticisme auraient permis à un de ces Grœciili tant méprisés de retourner à ces redoutables donateurs le compliment de leur poète : « Tiiiieo Romanos et dcim fcrcntes I » Ils n'avaient pas la manière discrète, ceux qui campèrent en face du joyau de la Xiké Aptère le balourd piédestal d'Agrippa, qui gâtèrent la perspective des Propylées avec leur escalier d'une emphase capitoline, qui posèrent comme une cloche, à l'entrée du Parthénon. la rotonde de Rome et d'Auguste. Non contents d'enlaidir l'Acropole à l'instar d'un Capitole, ils transformèrent la ville basse en une contrefaçon de préfecture. Ils l'encombrèrent de leurs bâtisses massives sans souci de l'harmonie du stvle et des ])roportions. Jules César et Auguste édifièrent une agora qui remplissait tout un quartier ; le riche rhéteur Ilérode. dénommé « Atticus », abusa des arceaux romains dans son Odéon lourdement plaqué au flanc sud de l'Acropole ; il fit du Stade panathénaïque une carrière de marbre pentélique dont la restauration moderne d'Avérof permet d apprécier la déplaisante crudité. Hadrien fit le vide dans le quartier de l'Agora pour y caser une Bibliothèque digne de la Rome impériale.

Après le vandalisme constructeur des Romains, Athènes connut le vandalisme destructeur des iconoclastes byzantins, racheté, il est vrai, par le don de quelques chapelles fort mignonnes. Elle finit sous les outrages des Francs, Vénitiens et Turcs, jusqu'au jour de la résurrection que tenta la ferveur réparatrice des humanistes et philhellènes du xix" siècle.

Acropole : côté XorJ. avant 1 enlèvement des déblais. [En ba

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