L'ACROPOLE — ASPECT GÉNÉRAL
A l'Acropole, la nature avait préparé la tâche des architectes en façonnant pour leurs monuments un incomparable piédestal. A Tétat brut, ce roc, isolé au centre d'un amphithéâtre de menues collines, dressait la vigoureuse beatité de ses formes et de ses lignes. Il suftisait d'en aplanir les cimes, d'en surélever les parois par une couronne de murailles pour en composer le socle harmonieux des temples. Toute la vision d'Athènes se résume en cette apparition dominatrice, d'une superbe allure militaire et architecturale, à la fois citadelle et sanctiiaire, « omphalos attirant et parfumé de la cité sainte d'Athéna ' ». Que resterait-il du prestige des Propylées, du temple de Xiké. de l'Erechtheion, du Parthénon surtout, sans cette exaltation dans la pure lumière, sans cette envolée de leur bkin-
I. Pindare. fr. 75 (45}. Le poète applique cette expression à la Thoios ou à l'Autel des douze dieux sur l'Asrora.
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cheur. sans cet accord de lignes et de couleurs entre le support altier et le diadème aérien des marbres ?
I^' Acropole a la forme d'un pohèdre tétragonal, allono-é de l'iist à l'ouest, haut de (Sa mètres environ au-dessus de la plaine, long de 270 mètres, large au plus de 15O mètres.
La géométrie des facettes bastionnées qui découpent sa partie supérieure est rachetée par la variété pittoresque du roc naturel, riche en contrastes vivants d'ombres et de clartés, de saillies et de creux, tant il
Acropole : cotés Sud et Kst. (A droite, rOlympicion.)
est modelé, ciselé, craquelé par une profusion de menus accidents, rides. bosses, cavernes et crevasses. Ce qui domine, c'est la franchise et la noblesse des contours qui s'enlèvent à angles vifs, la puissance hautaine des parois à pic, chaudement colorées d'une patine fauve. Tout en bas, le roc s'évase en une sorte de plinthe cyclopéenne. d'où jaillissent la raideur des escarpements et l'aplomb des parois maçonnées, et la pyramide culmine en frontons dans la profondeur du ciel bleu.
-Mais il ne suffit pas de recevoir d'un premier coup d'œil la forte impression de ce bloc majestueux, d'une ordonnance si claire et si grecque. Il faut en faire le tour, contempler toutes ses faces, scruter ses recoins, s'amuser de toutes ses surprises. On s'aperçoit alors qu'il est tout un monde, diversifié sous tous ses aspects. Reculez-vous ensuite et
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regardez-le à distance : alors la beauté de l'ensemble vous apparaîtra enrichie des multiples détails que vous aurez découverts, comme la masse d'un monument semble plus vivante et plus expressive quand on a pénétré dans son intimité.
Dégagée de toutes parts. l'Acropole offre à toute heure du jour l'écran de ses parois aux fantaisies de la lumière attique. Baignée de bleu céleste et toute imprégnée de clarté, tantôt elle flamboie, vibre, s'irise et tantôt, brusquement, s'apaise et s'éteint. Elle a ses tonalités à elle, son propre
Acropole : côté Ouest.
vêtement de couleurs, échelonnées sur une gamme en perpétuel mouvement. I{n bas. sur le soubassement calcaire, c'est une nuance printanière de lilas pâle et de bruyère rose, dont la suavité fleurit la rudesse du roc natif; çà et là, dans les escarpeinents, baillent des crevasses d'ocre rouge, comme brûlées par un feu intérieur. Plus haut, resplendit la chaude topaze des vieux murs recuits, dorés, bistrés, et, sur le faîte, le glacier étincelant des marbres aux reflets d'or.
Les effets et la silhouette varient sur chacune des quatre faces. Au sud, la longue base s'étale en une large étagère, meublée de ruines, de gradins et d'arceaux, sous une abrupte muraille de falaises et de remparts. La façade Est, plus étroite et perpendiculaire, projette en surplomb ses deux arêtes découpées (?omme des portants de théâtre.
LA (KO l'OLE.
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coiffées de redans aigus dont les antjles rou])enl le vide dun jet vertical : au milieu, se creuse la bouche monstrueuse d'un antre mystérieux d"où s'épanche une épaisse coulée de déblais '. Ici. rAcropole n'est plus qu'un bastion farouche, inaccessible, jetant de haut son ombre tutélaire sur le troupeau de maisons tassées à ses pieds. Au nord, en regard de la ville, se déploie un ample front raviné, bossue, sinueux, tout décrépit. x\u-dessus d'une ligne de blanches maisonnettes, l'antique paroi émerge avec .ses rides, ses recoins hantés par les chouettes, les trouées de ses grottes sacrées, le délabrement de ses remparts eftrités par les averses et les morsures du Vorias". De vénérables débris de tambours et de triglyphes surplombent dans un équilibre inciuiétant. Tout en haut. l'Erechtheion et le Parthénon étalent d'effroyables blessures, .^lisère éloquente des pierres, trophée suspendu sur la ville renaissante pour lui rappeler les martyres répétés du berceau immortel de Pallas !
Un dernier détour, et nous voici devant le front Ouest, façade et entrée de l'Acropole. I,e roc a presque disparu, enseveli sous les remblais d'une route en lacets, pauvrement habillés d'aloès et de pins rabougris. Par dessus cette hydre discordante du modernisme, se développe la montée solennelle des p3'lones et des socles étages. C'est, sur les deux cotés d'une large rampe vide où débouche une porte basse, un cadre de dés de pierres superposés suivant une symétrie ascendante. En haut, les Propylées éploient leur poitrail marmoréen et leurs ailes blanches.
Sur la droite, à l'écart sous l'immense dais d'azur, trône la majesté du Parthénon.
1. l)i-i-hets des fouilles, que Von tarde trop à faire disparaître.