CHAPITRE IV
L'ACROPOLE .WAXT PLRICLLS
L'histoire du rocher tutélaire suit les phases mêmes de Lhistoire politique et sociale d'Athènes. Sous la monarchie primitive, du XVI'' siècle environ au IX' siècle avant Jésus-Christ, il est la ville elle-même, la Polis ou PtoUs. siège de la cité royale, où résident, à l'abri des remparts C3XI0péens. le roi-prêtre et les chefs des grandes familles de l'État patriarcal. tandis que le menu peuple se tasse dans un faubourg en bas. Sous la première république aristocratique et sous les Tyrans, du ix" siècle à la fin du vi", il commence à s'isoler de la vie active, de plus en plus concentrée dans l'agglomération inférieure, ilevenue la \'ille proprement dite [Polis ou Ast\'\ : il s'oppose à celle-ci comme Ville haute ou Ac/'Opolis Il n est plus qu'une citadelle de la cité, refuge des nobles et des Tvrans en même temps que sanctuaire des dieux nationaux ; le siège du gouver-
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neinent est descendu dans la \ille basse. A partir de 507, sous la deuxième république démocratique, l'Acropole est désaffectée en tant que citadelle : elle appartient exclusivement au culte d'Athéna Polias, protectrice de la cité ; elle en garde les temples et les trésors. Dès lors, elle ne participe plus qu'à la vie religieuse d'Athènes, ne connaît d'autres épisodes que les sacrifices et les fêtes : dans son enclos sacré seuls les ministres du culte ont droit de résilier en ]3ermanenre. I'"lle est un ()lyni])e supra-terrestre et spirituel.
L'Acropole iii\'céiticniu\ — Les fouilles exhaustives commencées en 18.S5 et poussées jusqu'au roc ont fait découvrir à P. Cavvadias, éphore général des nntitiuilés, autour et parmi les restes île l'époque classique. les linéaments de l'Acropole ])riniilive Tout y révèle des constructions très anciennes qu'on peut. i)ar (■iini])arais()n. faire remonter à l'époque m\céniennc, à laquelle dut a])])arlenir aussi la préhistorique Cécropia. [) aspect fort médiocre, ces débris ne valent à nos yeux que par leur intérêt historique et dncumentaire. ils nous ajjportent le même genre de preuve que ceux de Cnossos. de Troie, de ."Nlycènes, d'Urchomène : ils nous confirment la véracité de la tradition grecque sur ces vieilles civilisations préhelléniques, personnifiées par les personnages légendaires de Minos, de Priam, d'Agamemnon, de -^lin3-as. A leur tour et de la même manière, les noms fabuleux de Crécops et d'Erechthée rentrent dans le cycle des réalités dont l'archéologie doit se contenter pour reconstituer la yjréhistoire des ]3ays grecs
L'établissement mycénien de r.Kirupole. jjareil en ses éléments essentiels à ceux de Mycènes et de Tirynthe, se composait d'une enceinte supérieure, appelée à tort /;;///■ pclnsgiqiic. bien qu'elle soit en réalité d'appareil C3-clopéen. Le rempart, en gros blocs du calcaire natif de l'Acropole, assemblés à l'état presque brut, avait une épaisseur de 4'", 50 à 6 mètres : sa hauteur moyenne pouvait atteindre 10 mètres. Il formait un massif de maçonnerie à deux jjarcnienls l'n fortes ]5ierres. dont les joints irréguliers étaient comblés par de menus moellons ; un garni ou blocage intérieur reniiilissail l'intervalle des deux parements : le tout était lié par un simple mortier d'argile.
Les tronçons retrouvés laissent deviner le tracé général de cette enceinte. Suivant l'habitude des constructeurs mycéniens, le remi)art épousait les sinuosités de la colline, implanté à même le roc sur une piste entaillée. 11 seriienlait sur les contours de la crête, en serrant de plus lires la cime, surtout au sud. que l'enceinte rectiligne du v" siècle. Il n'était pas flanqué de tours, mais les saillants arrondis et les angles du
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tracé lui servaient de redans ou de bastions. Le front regardait l'ouest, où s'ouvrait la principale entrée ; là, le mur renforcé jusqu'à 6 mètres d'épaisseur, suivait une ligne droite. La porte primitive n'a laissé aucune trace. Elle s'ouvrait sans doute à la place des Propvlées du V" siècle, au sommet d'un chemin montant, en forme de rampe en lacets, disposé de manière à obliger l'assaillant à présenter son flanc droit, non couvert du bouclier, aux traits des défenseurs. L'entrée était, en effet, protégée par un fort saillant qui prolongeait l'angle sud-ouest du front, à la place occupée plus tard par le socle ou pyrgos de la "Victoire Aptère.
Comme dans les autres citadelles mycéniennes, il 3' existait des issues secondaires, poternes secrètes pour les sorties ou portes de service. Ainsi, au nord-est. un chemin extérieur à degrés taillés dans le roc. aboutissait à une porte réservée au service du palais ; au nord-ouest, une poterne et un chemin abrité dans une longue fissure du roc communiquent avec les grottes du versant nord et avec la source Clepsydre. C'est de la même façon qu à Mvcènes et à Tirvnthe. des sorties dérobées conduisaient à la source ou au puits le plus proche de la citadelle.
On a retrouvé les vestiges du quartier roval. palais et habitations diverses, dans la partie, nord, à peu de distance du rempart et de la poterne Xord-Est Les restes du mcgaroi royal auraient même été reconnus sous les substructions de l'Hékatompédon : on en a découvert en place deux bases, qui devaient supporter les colonnes en bois du vestibule, .^lais ce sont là de misérables débris : mêgaron et habitations voisines devaient faire pauvre figure en comparaison des palais achéens de Mvcènes et de Tirvnthe. eux-mêmes déjà si loin des splendeurs des résidences royales de Cnossos et de Phsestos. Cécrops et ses descendants n'étaient que d'humbles roitelets auprès des riches potentats de Crète et d'Argolide.
Parmi les constructions du palais, il y avait place pour le sanctuaire d'Athéna et de Poseidon-Erechthée, mais il ne semble pas que ce culte officiel représente le premier état de la religion attique. Les divinités primitives de l'Acropole avaient un caractère naturiste et agricole qui remonte peut-être à la religion des Pélasges C'étaient des dieux et des déesses de l'eau, de la terre, de la végétation : on les adorait dans les antres sacrés du versant nord. Ils portaient des noms significatifs : Erechthens : Celui qui entr'ouvre), fils de la Terre, sorte de Triton attique, personnification des cours d'eau, qui fut ensuite dédoublé en Erichthonios et Erysichthon, dieux terriens représentés par des serpents. A cette triade masculine répondait la triade féminine, composée de Pau-
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drosos (la Terre humide , Agraiilos (la Terre arablei, Hersé (la Rosée^. Les héros Bontés (le Bouvier) et Bou^ygès (Celui qui attelle les bœufs s'adjoignaient à ces groupes en qualité de protecteurs du labourage. Lorsque, à une époque qu'on ne saurait préciser, le culte des divinités panhelléniques Athéna et Poséidon fut introduit à Athènes par les Achéens et les Thraces d'Eleusis, Athéna, déesse des hauteurs fortifiées et des hommes d'armes, se substitua à Pandrosos et lui emprunta ses attributions agricoles : elle devint la protectrice de 1 olivier, tout en restant la gardienne des acropoles en qualité de Polias et la patronne des guerriers en qualité de Pallûs'. Poséidon, dieu éleusinien des eaux, relégua Erechthée au second plan, tout en s'identifiant avec lui. Le résultat de ces substitutions fut celui-ci : les deux nouveau-venus, d'abord adorés séparément, furent (sans doute au début du vi'' siècle; rapprochés et installés dans un sanctuaire double établi sur les ruines du palais ro\'al. On expliqua leur présence par un mythe : ils s'étaient disputé la possession de l'Acropole et avaient fait valoir leurs titres de propriété, Athéna en faisant jaillir un olivier d'un coup de lance sur le rocher, Poséidon en faisant surgir une source salée d'un coup de trident. L'olivier sacré, la mer Erechthéis, les marques du trident, étaient les reliques ou signes divins vénérés dans l'Erechtheion. Les vieux dieux déchus tombèrent au rang de héros, de nymphes ou de prêtresses du c()U])le Athéna-Poseidon. Erechthée, identifié à Poséidon, ne fut plus qu'un ex-roi héroïsé, ayant son autel dans la partie du sanctuaire affectée à Poséidon près des marques du trident et de la nier Erechthéis, simple creux du rocher rempli d'eau. Pandrosos eut son enclos, entourant l'olivier sacré; Hersé survécut dans les vierges Arrhéphores ou 1 lerséphores, consacrées au culte d'Athéna; Erichthonios devint le serpent sacré, gardien et génie du sanctuaire, analogue au Pj'thon de Delphes. Il y avait eu ascension sur le plateau des anciens hôtes des cavernes inférieures; mais celles-ci conservaient pourtant leur caractère sacré. Pour expliquer la présence de ces personnages divins en haut et sur le flanc de l'Acropole, on imagina plus tard une fable ; Athéna aurait eu, sans conception, du dieu riéphaistos, un enfant, le serpent Erichthonios, qu'elle enferma dans une corbeille; elle confia cette corbeille aux trois filles de Cécrops, Pandrose, Aglaure et Hersé, et leur défendit de l'ouvrir; mais Aglaure et Hersé ne purent résister à leur curiosité; elles soulevèrent le couvercle et aper-
I. Pnli;is, de Polis (acropole); Pallas, de pallax. jeune homme armé, d'où le PtilLidion, idole primitive en forme de trophée d'armes souvent figurée sur les siemmcs Cretoises et mycéniennes.
curent le serpent. Athéna les punit en les frappant de folie : elles se jetèrent du haut de la falaise de l'Acropole. C'est pourquoi Ao-laure, disait-on, était adorée dans la grotte qui portait son nom. en contre-bas de l'Erechtheion. tandis que Pandrose, innocente, était adorée sur le sommet. Quant à Erechthée. on montrait son tombeau dans la grotte qui fut sans doute son sanctuaire primitif; il avait été. disait-on, tué d'un coup de trident par Poséidon pour avoir combattu un fils du dieu
Tous ces mythes régressifs ne sont guère plus anciens que le vr siècle. Pisistrate, maître de l'Acropole et successeur d'Erechthée, réorganisateur du culte et des fêtes d'Athéna, dut mettre la main à la combinaison, qui faisait d'Erechthée-Erichthonios, fils de la Terre, le nourrisson d'Athéna: cette version fut par lui insérée au chant II de l'édition athénienne de l'Iliade '
A une époque encore lointaine, mais mal déterminée, peut-être après que Thésée eût fait d'Athènes la capitale de l'Attique, l'enceinte de l'Acropole, trop étroite, fut agrandie On lui adjoignit, sur la pente ouest, en contre-bas de l'entrée principale, une fortification extérieure, dont les restes ont complètement disparu et dont le tracé même est inconnu. On constate de semblables additions et extensions sur les Acropoles de MAxènes et de Tirynthe. Cette enceinte basse reçut plus tard le nom de Pclasg/con. parce qu'on en attribuait la construction aux Pélasges; le peuple, toujours enclin aux calembours, prononçait Pclargicoii mur aux cigognes), sans doute parce que ces oiseaux nichaient sur ses créneaux. Officiellement, on le désignait plutôt par le terme à'Ennêapylon. ou enceinte auxXeuf-Portes -. Nous ne savons rien sur la disposition de ces neuf portes : on conjecture que le Pélargicon défendait l'accès du front ouest de l'enceinte supérieure, et qu'il formait une sorte de camp retranché ou de vaste barbacane, enfermant la fontaine Clepsydre et la rampe par où l'on montait à la porte principale de l'Acropole.
L Acropole archaïque au VIP et au \'P siècle. — Le palais mycénien de l'Acropole royale ne survécut pas à la chute de la rovauté, à la fin du IX*" siècle. Il fut sans doute, comme à 3Iycènes et à Tirj-nthe. considéré comme un lieu sacré et converti en sanctuaire d'Athéna Polias. 31ais l'Acropole continua d'être habitée par quelques Eupatrides qui \-