I.ACKOFOLK AVANT PERICLKS
dieux grecs. Il avait auprès de lui une suite d'émigrés athéniens, Pisistratides et leurs amis. Le roi leur commanda d'offrir sur l'autel d'Athéna un sacrifice propitiatoire suivant les rites traditionnels. Quand les bannis s'approchèrent du Pandroseion incendié l'avant-veille, ils furent surpris, disait-on, de voir un jeune surgeon déjà long d'une coudée qui s'échappait du tronc calciné de l'olivier sacré : preuve miraculeuse qu'Athènes
Mur Nord de l'Acropole, dit de Tliémistocle, avec les tambours de l'ancien Parihénon encastrés dans la maçonnerie.
allait elle-même renaître de ses cendres. Quelques jours plus tard, en effet, elle prenait sa revanche à Salamine.
L'année suivante, en juillet 47g, Mardonios revint à la charge et compléta son œuvre de dévastation. Mais aussitôt après Platées, durant l'hiver 479-478. ïhémistocle s'occupa de remettre un peu d'ordre dans les ruines de l'Acropole. Il fit relever les remparts ouest et nord, en superposant une maçonnerie de pierres de tuf équarries sur les arasements même du mur mycénien abattu par les Perses. Ce mur nouveau avait 4 mètres d'épaisseur, sur 5 mètres de hauteur : il était couronné d'un parapet de 2'", 80. Dans le parement extérieur, Ïhémistocle fit encastrer quelques débris des monuments détruits : fragments en tuf de l'archi-
trave et de lattique, métopes en marbre de 1 Hékatompédon et 26 tambours en marbre pentélique, non encore cannelés, du Parthénon d'Aristide. Placés bien en vue du côté de la ville, ces débris furent disposés dans un ordre décoratif, avec un souci évident de l'effet. A toute heure du jour, l'Athénien qui levait les yeux apercevait ce trophée douloureux et en recevait une leçon de patriotisme.
Après l'exil de 'i'hémistocle. en 471, ce fut Cimon qui continua son œuvre réparatrice. Il ne put qu'ébaucher un aménagement provisoire de l'entrée, restaurer le Propylée avec des débris et compléter la ceinture des remparts à l'est et au sud. Là, il construisit, suivant les règles d'une technique soigneuse et savante, un mur nouveau, qui fût à la fois un rempart et un soutènement. Abandonnant les sinuosités du mur mj^cénien, il reporta son tracé plus au sud et plus bas sur le roc, de façon à élargir d'autant l'enceinte. Cela l'obligea à donner au mur une épaisseur et une hauteur considérables. La base, formée d'assises pyramidantes en retrait les unes sur les autres', atteignait 7'", 50 d'épaisseur et la crête 5'", 40. La hauteur totale du massif, sans compter le parapet, montait jusqu'à 18 mètres. Le tracé presque rectiligne se réduisait à deux longues lignes droites formant un angle saillant très obtus. La puissance et le profil de ce mur avaient été calculés pour résister à une forte poussée des terres. En effet, le terre-plein aménagé au sud du Parthénon d'Aristide fut élargi jusqu'au mur de Cimon. Sans doute, Cimon se proposait de reprendre la construction du temple sur un plan et dans un stvle plus modernes; mais, exilé lui-même en 461, il laissait à son jeune rival. Périclès, la gloire d'aboutir.
D'ailleurs, sans parler des nécessités plus urgentes de la défense militaire, un scrupule religieux pouvait encore à ce moment s'opposer aux velléités de restauration des temples eux-mêmes. Avant la bataille de Platées, les Grecs s'étaient engagés par serment à laisser telles quelles les ruines des édifices sacrés détruits parles Perses, comme un perpétuel souvenir du vandalisme sacrilège des barbares-. En principe, les déchets des sanctuaires ne pouvaient plus servir à des ouvrages profanes ; le rite était de les enfouir dans l'enclos sacré. Ce n'était pas déroger à cette pieuse coutume que d'encastrer des débris de temples dans les murs de
1. On y a aussi retrouvé, retaillés et encastrés dans la maçonnerie, 13 tambours en tuf de l'Hékatompédon.
2. Lycurgue. Contre Léocrate. Si ; Diodore de Sicile, xi, 2g, 1-4. — 11 est possible que ce serment ait été suggéré par Thémistocle, avec l'arrière-pensée d'économiser toutes les ressources au profit de l'oeuvre de reconstitution militaire.
.; LACROPOI.K AVANT PEKICLHS ,;
l'Acropole, qui faisaient office de péribole ; mais les statues brisées, les sculptures décoratives et autres fragments furent enterrés dans les remblais, -'OÙ on les a retrouvés près du mur N^ord. Les travaux de Thémistoclq et de Cimon ne portèrent que sur la périphérie du sanctuaire. Les Athéniens attendirent trente ans avant de mettre à exécution un programme de restauration de l'Acropole. De 479 à 447, ils s'accommodèrent d'un provisoire qui n'avait rien d'esthétique ni de glorieux.
Pourtant, ni le serment de Platées ni les besoins pratiques d'une ville à relever et à défendre ne pouvaient s'opposer à la continuité du culte. Il est inadmissible que durant trente ans le service religieux d'Athéna n'ait pas été assuré sur ri\.cropole, que les Panathénées aient été ajournées, que l'idole en bois d'olivier, emportée à Salamine, puis rapportée et sans doute brûlée en 479 par Mardonios, n'ait pas été remplacée et abritée, que la reconnaissance publique et privée des Athéniens se soit interdit toute manifestation au moment même où la cité débonhiit d'un enthousiasme prêt à tous les sacrifices.
En fait, le mouvement des donations pieuses ne tarda pas à reprendre son cours. On consacra, peu après 479, une statue en marbre de la déesse assise, où l'on a voulu reconnaître l'œuvre du sculpteur Lndoios : elle était placée près du grand autel. 11 fallait enfin une maison divine, même provisoire, pour l'idole et pour ses trésors. Aussi, admet-on que l'Hékatompédon fut sommairement restauré à cet effet. On se serait borné à remettre en état le sécos ionique de l'Hékatompédon, en ne gardant que les aménagements nécessaires de l'intérieur : la péristasis dorique ne fut pas rétablie. Il est probable aussi que les enclos du Pandroseion et de l'Erechtheion furent restitués au culte dans les mêmes conditions provisoires.
Tel était l'état des lieux, lorsque Périclès fut, avec L])hialte, reconnu chef du parti démocratique en 467. après la mort d'.Vristide.
Tête de l'Acrotere central de l'ancien Hékatompédon . (Musée de l'Acropole, n" 701.^
l'iiolo de .U. Uiamcnaril.
L'Erechtheion, les substructions de 1 Hékatompédon et le Parthénon.