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T. ACROPOLE DE PÉRICLKS KT DE \1( lAS 467-407) 49
temples devaient être reconstruits en marbre, et de nombreux ex-voto devaient être offerts à la cité par la déesse. La guerre du Péloponnèse ne permit pas à Périclès d'exécuter lui-même toutes les parties de cet ample projet ; mais, dès 450, il s'était mis en mesure de pourvoir à ses exigences. Il avait, à cette date, déjà amassé dans l'opisthodome de rilékatompédon les ressources nécessaires. Le trésor sacré d'Athéna, constitué à partir de 480 par des prélèvements sur tous les revenus de la République, tributs des alliés, mines du Laurion et du Pangée, etc., était encore grossi par les offrandes des particuliers. En 454, Périclès fit transporter à Athènes la caisse fédérale de la ligue attico-délienne, sur laquelle on prélevait régulièrement une dîme du soixantième au profit de la déesse. Cet appoint annuel de sept talents environ (42.000 drachmes) s'ajouta au trésor sacré, que l'on s'efforça de maintenir au chiffre normal de 6.000 talents (36 millions de drachmes). Quand les travaux furent en train, Périclès ne devait pas hésiter à puiser des fonds supplémentaires dans la caisse même des alliés. Ces virements, d'ailleurs assez faibles, ne manquèrent pas de soulever d'âpres protestations. -Mais le contrôle très sévère exercé par le peuple permettait de répondre à ces attaques.
Les premières dépenses furent engagées en 450 '. A cette époque, fut conclu le premier contrat, qui adjugeait à l'architecte Callicratès. constructeur des Longs-.Murs et futur collaborateur d'Ictinos au Parthénon, l'exécution d'un soubassement et d'un petit temple d'Athéna Xii<é (Victoire Aptère). Dès ce moment, Périclès recrutait tout ce qu'Athènes comptait d'artistes et d'ouvriers en tous genres. 11 faisait ouvrir les carrières du Pcntélique et extraire les matériaux. Par une rencontre qu'avait préparée depuis un demi-siècle l'histoire politique et intellectuelle d'Athènes, il trouva, au moment voulu, l'artiste de génie, l'organisateur et l'homme de confiance qu'il put investir de la direction des travaux et, pour ainsi dire, de la surintendance des beaux-arts. Ce fut le sculpteur Phidias, né vers 4<So, et alors en pleine maturité. Entre l'artiste et l'homme d'Etat, existait une rare communion d'idéal et une harmonie préétablie, comme celle qui devait se manifester entre Louis XI^' et Lebrun. Dans cette collaboration, Périclès apportait les suggestions de son patriotisme, l'ambition d'ennoblir la cité, l'autorité d'un administrateur tout-puissant, conscient du but et des mo3'ens. Phidias y apportait la magnificence d'un génie créateur capable d'interpréter et de traduire en œuvres sublimes les conceptions de Périclès. Il reçut la haute main sur tous ses coUabo-
I. Cavaignac. Hisloirc finaïuicre d'Allilncs an V'- sil-cle, p. 72 et siiiv.
rateurs, même le> plus qualifiés par leur valeur personnelle : « Tous les travaux, dit Plutarque, étaient placés sous sa direction. Il commandait à tous les autres artistes, en raison de lamitié de Périclès. De là, mille ialousies contre l'un et mille traits injurieux contre l'autre '. »
Phidias choisit ses sous-maîtres d'oeuvre et leur répartit l'exécution des monuments, tout en réservant à son propre atelier sa part de travail. Luimême menait de front l'initiative des projets, le contrôle souverain sur la marche des travaux, et son œuvre personnelle de sculpteur : il dut exécuter lui-même nombre d'esquisses et d'importantes maquettes, notamment celles de la grande statue d'Athéna et de quelques figures des frontons. En tète de la phalange d'artistes et d'artisans attirés à Athènes par ces travaux, il v avait l'état-major des architectes : Ictinos et Callicratès. chargés du Parthénon, Mnésiclès pour les Propylées, Corœbos pour le Télestérion d'Eleusis. La part des sculpteurs et des peintres est restée plus anonyme, mais on cite parmi les collaborateurs et élèves de Phidias, les sculpteurs Paeonios, Alcamène, Agoracrite, Crésilas ; parmi les peintres et décorateurs. Pol)-gnote, Colotès, Panaenos. Sans doute, entre les ouvriers de cette grande ruche, accourus des divers ateliers de l'Ionie, du Péloponnèse et d'ailleurs, formés à des écoles et imbus de traditions hétérogènes ou opposées, il ne régnait pas l'uniformité de style et de doctrine d'un atelier unique. A côté de talents supérieurs, on comptait d'honnêtes artistes de métier. Plus d'un restait encore emprisonné dans les formules désuètes de l'archaisme. .Mais la maîtrise de Phidias leur imposait à tous une discipline sévère, une unité d'inspiration et de facture qu'il s'appliquait à leur inculquer par les modèles qu'il exécutait de sa main ou qu'il confiait à ses meilleurs élèves, interprètes de sa pensée. L'atelier de Phidias donnait le ton à tous les autres et leur distribuait une éducation commune L'esprit du maître élargissait leur manière en dominant leur diversité ; il savait fondre leurs qualités dans la poursuite d'une harmonie suprême
Phidias se fit d'abord connaître par l'exécution de deux statues votives qui marquaient sa prise de possession de l'Acropole : l'une, VAthéna Leninia, dédiée vers 450 par les colons athéniens de Lemnos. passait pour un des ouvrages les plus admirables du maître : l'autre, l' Athéna Polias, en bronze, dite Proiiiûchos. était un Palladium colossal consacré en 448 par la cité avec la dîme du butin au lendemain de la double et dernière victoire de Cimon en Chypre 449). Cette consécration fut le prélude gran-