I. Voyez plus haut, p. vt
Le voisinage de cette chapelle d'âgée avait donné au bastion un caractère sacré : les Pisistratides le consacrèrent à Artéinis Epipyrgidia (Gardienne de la tour) et à Hékate, gardienne des portes, parce qu'il défendait Tentrée de l'Acropole. Il fut démoli par les Perses en 480-479. L'idée de le relever pour le consacrer à Athéna Xiké ne put venir qu'après les guerres médiques. Ce fut une jolie suggestion du glorieux paysage que l'on embrassait du haut de cette plate-forme De tous les points de
Le temple d'Athéna Niké (Victoire Aptère}, vu de l'aile Nord des Propylées. (A droite. leMouséion).
l'horizon, les souvenirs des grands triomphes y convergeaient : en face, c'était Salamine ; au nord-est, au détour de rH3-mette, la route de Marathon ; au nord-ouest, le défilé du Cithéron par où rentrèrent les vainqueurs de Platées. La place était donc marquée pour recevoir un trophée symbolique de toutes les gloires militaires qu'évoquaient la vue du golfe et celle des défilés. Peut-être songea-t-on à installer là. en vue de Salamine, une de ces petites idoles en bois d'Athéna Xiké que l'on dressait en manière de Palladion sur la proue des trières. L'Acropole était comme un grand navire dont ce bastion figurait l'avant : un ex-voto marin s'accordait avec le souvenir d'^Egée, et la petitesse du tabernacle avec celle de l'idole.
ENTREE DE I, -ACROPOLE. TEMPLE DATHÉNA NIKÉ 57
C'est vers 450 que furent commandés à Callicratès le socle et l'autel : mais le temple ne fut élevé que plus tard, parce que sa construction était subordonnée à l'achèvement des Propylées. Le socle de Callicratès. en belles assises helléniques de calcaire, dresse à une hauteur de 8°'. 60 sa paroi ouest au-dessus du tournant de la A'oie sacrée : en bas, sur la voie, une niche votive à double case abritait des statues de divinités
Temple d'.'\théna Nil;é ^côtés Est et Nord'
protectrices des chemins ; en haut, le parement se terminait par un bandeau de plaques de marbre, au-dessous dune corniche saillante également en marbre. Le piédestal ou py/'gos (tour de Callicratès s'était trouvé trop large et trop haut pour être raccordé avec le plan ei le niveau des Propylées ; on dut le remanier pour mettre le parement nord dans l'alignement de l'aile Sud des Propylées, et la plate-forme au même niveau.
Le charme du bijou d'architecture si joliment posé sur ce noble support tient surtout à l'impression de netteté délicate et d'exécution achevée que donne l'intégrité de ses lignes. Tel quel, ce coffret de marbre
pentélique s'harmonise à merveille avec les arêtes verticales et horizontales de son socle géométrique. Pourtant, cetaccordsi satisfaisant est tout entier une résurrection de l'archéologie moderne. En 1676, Spon et Wheler virent le frêle édicule encore debout ; en 1687, il avait totalement disparu, rasé par les Turcs et enfoui morceau par morceau dans la maçonnerie dune batterie de canons. Par bonheur, en 1835, tous ces matériaux ensevelis furent retrouvés. Pièce par pièce, les archéologues Ross et Schaubert et l'architecte Hansen. le reconstituèrent comme un jeu de patience, à la place exacte qu'il occupait.
Le plan est très simple : une boîte en marbre représente la cella, pièce unique et carrée de 4 mètres environ de côté, cantonnée sur chaque façade d'un portique à quatre colonnes ioniques. C'est donc ce que l'on appelle un amphiprostj'le tétrastyle. Ici, le pur st3'le ionique, par la sveltesse de ses colonnes et l'élégance de ses moulures, était bien le mieux séant à la petitesse de lédicule. Il y a unité parfaite dans l'ornementation : la modénature de la base et des chapiteaux des colonnes se prolonge par celle des pilastres de la façade et des murs latéraux de la cella. Les entailles ciselées des trois degrés du soubassement répondent au triple bandeau de l'architrave ionique. Les frontons étaient sans doute lisses ; mais une frise ionienne de bas-reliefs continus couronnait les quatre faces. Ces sculptures, fort mutilées, dont une partie fut emportée il Londres par lord Elgin et remplacée sur le monument par des moulages ce sont celles des faces nord et ouest, représentaient, croiton, des épisodes des guerres médiques. On reconnaît, sur le côté est, audessus de l'entrée, un motif analogue à celui du Trésor des Siphniens à Delphes et à celui de la frise Est du Parthénon : une assemblée des dieux, ici groupés autour d'Athéna qui consacre le trophée de la Victoire ; sur le côté sud. des combats entre cavaliers perses et grecs, peut-être à Marathon ; à l'ouest et au nord, des batailles contre les Perses et contre des Grecs, sans doute les Béotiens, alliés des Perses à Platées. Il semblerait donc que l'orientation de ces scènes sur les faces du monument correspondait à peu près à celle des champs de bataille par rapport au temple. Le style très mouvementé de ces sculptures, s'il relève en partie de 1 art de Phidias, dépasse déjà la manière du maître ; il rappelle, avec plus de finesse, les emportements de la frise du temple de Phigalie. exécutée en 420 : les corps contournés, moulés dans leurs tuniques collantes ou dévêtus par l'envol indiscret des draperies déployées et claquant au vent, annoncent l'art dramatique du Mausolée d'Halicarnasse. Il ne semble guère possible de faire remonter ce travail au delà de