ENTRÉK UE L'A C K O PO F.E . TEMPLE 13'ATHÉNA N I K É
Tan 420. et nous \errionsdans le temple un contemporain de rErechtheion, plutôt que des Propylées.
Mais l'œuvre de sculpture dont le souvenir s'associe le plus couramment à celui du temple de la Victoire Aptère, c'est celle des reliefs de la balustrade en marbre, qui servait de parapet à la plate-forme du pyrgos. Longue de 32 mètres environ, haute de i mètre, en fortes plaques de marbre que surmontait une grille en bronze, cette frise se déroulait en vigoureux relief au-dessus de la Voie sacrée, sur les trois faces surplombantes du parement. Les fragments conservés au Musée de l'Acropole ' sont aussi universellement connus et admirés que la frise du Parthénon. L'art attique s'v révèle avec une souplesse, une virtuosité éléjj-ante qui
Frise (Ju temple d'Athéna Xiké côté Est). Assemblée des ditux.
n'a jamais été dépassée dans le rendu du corps féminin. Plénitude sans mollesse des formes juvéniles moulées par le voile transparent des tissus légers, harmonie pittoresque de cette enveloppe plastique, qui s'associe à la vie des corps, en épouse le modelé ou bouillonne en menus plis dans les creux, art à la fois hardi et rliasle de faire transparaître la nudité tout en la voilant, d'animer les vides par le foisonnement des draperies, science des attitudes nobles sans convention ou familières sans vulgarité, en un mot sens raffiné de la nature ennoblie par le rvthme, voilà de quoi est faite la haute maîtrise de ces trois chefs-d'œuvre : la Victoire rattacluiiit sii siiiulnh-. Li \'ictoirc ornant un trophée, les Victoires conduisant ini laui-cûii au sacrifice. Sans doute, ces qualités rappellent celles même de I^hidias, dans les plus belles figures du fronton et de la frise K>i du Parthénon ; mais ici la gravité se détend en un charme plus voluptueux C'est à l'école de Phidias, à un émule
I. De nouvoau.x morceaux ont été retrouvés en igio ,Hebcrdey. Wiem-r l,iliresliefte, .Mil, 1910, p. 85.)
6o ATHENES
d'Alcamène et de Pœonios, qu'on peut attribuer cette séduisante composition.
I.e sujet, militaire et religieux, mêlait le réel et le symbolique. Il figure un sacrifice offert à iVthéna Niké à roccasion d'une consécration de trophées commémoratifs de victoires navales. Assise sur un trône, près de son bouclier, ou debout à l'avant d'un navire, la déesse
Photo Aliiiari. i'Ii.l.. Alinari.
Victoire couronnant un trophée. Victoire rattachant sa sandale.
Reliefs de 1.1 balustrade du temple d'Athcna Niké (.Musée de l'Acropole).
présidait aux apprêts de la cérémonie. Les Victoires ailées, ministres de son culte, dressaient et couronnaient les trophées, entraînaient vers l'autel une génisse de choix, immolaient la victime. Suivant l'exemple donné par Phidias dans sa frise du Parthénon, quelques traits familiers tempéraient la solennité de la scène : ainsi, l'une des déesses, célèbre entre toutes, afin d'être plus agile dans l'accomplissement de son ministère, s'arrêtait un instant, en équilibre sur un pied, pour rajuster sa sandale droite, d'un geste féminin pris sur le vif- Si l'on cherche les succès qui
I. Ce geste est interpri-té diHért-mment. Les uns croient que la Victoire ôtait sa sandale gauche pour aller plus vite, suivant la coutume des soldats en marche ;Thucydide. in ; Pindare, Pvthiqiie, iv. 75 ; Virgile, yEiiéiJe. vu. 790) ; d'autres, qu'elle tenait aussi sa seconde sandale dans sa main gauche.
ENTKI;E de LACROFOl.E. LES PROPYLÉES 6i
motivèrent cette glorification, on s'arrête de préférence à la brillante campagne d'Alcibiade dans rilellespont et à ses victoires d'Ab\-dos et de Sestos, de 410 à 407. La balustrade aurait donc été exécutée en 406, date de l'achèvement de TErechtlieion. Le nom d'Alcibiade s'associe à cette (Euvre gracieuse comme le couronnement et la clef de toutes ses élégances. A l'Est, sur la plate-forme dallée de marbre, entre le temple et les
Victoires conduisant un taureau au sacrifice.
Reliefs do la balustm.lc du temple il'Athéna Niké (Musée <le l'.Vcropole).
Propylées, se dressait l'autel d'Athéna Xiké. où l'on immolait une victime à la fête des Grandes Panathénées, et. tout auprès, une statue de la triple Hékate Epipyrgidia. œuvre d'Alcamène'. L'autel avait été posé là dès 450; Mnésiclès ne put en obtenir le déplacement, et fut. à cause de lui. obligé d'écourter le plan de l'aile Sud de ses Propylées.
Les Propylées. — Au sommet de la rampe, au même niveau que le temple d'Athéna Xiké, les Pi-opylées se déployaient sur presque toute
I. On reconnaît une réplique de cette œuvre dans un monument du château d'Ottenst.-in (.\iitriche;, qui figure la triple Hékate adossée à un pilier central, tandis qu'viutour ircllc tournoie une ronde de trois jeunes Kharites îGrAces) (Sitte. W'Uiu-r J,ihrcshcfic Mil. p. 87: II. L'chat, Rev. des Etudes iiiic, .\ni, 1911. p. 144). — Voy. p. 07.
la largeur du péribole sacré. Pour parfaire la clôture sur ce côté ouest, large de 60 mètres, deux petits tronçons de murs les rejoignaient à droite et à gauche, aux extrémités des murs latéraux du nord et du sud : le tronçon sud n'était autre qu'un reste du rempart mycénien échappé à la destruction.
Le caractère grandiose que Périclès voulut donner à cette entrée du sanctuaire procédait de ce noble idéalisme démocratique qui a\ait trans-
Piédestal d' Agrippa et aile N'ord des Propylées.
formé la cité sainte par l'offrande du colosse de bronze, du Parthénon et de l'Athéna Parthénos de Phidias. Un culte plus large, une piété plus rationnelle, où Tàme exaltée de toute la cité mettait le meilleur d'ellemême, remplaçait la dévotion étroite des chapelles aristocratiques. Au nouvel Olympe attique. il fallait une entrée vraiment olympienne. Au lieu du simple guichet que le faste des Tyrans, mitigé par la défiance, avait percé dans le front de leur citadelle, Périclès voulut une entrée monumentale largement accueillante, et libérée de tout appareil militaire. Athéna, au lieu de paraître emmurée, devait, au seuil de son sanctuaire, ouvrir ses liras à ses fidèles dans un grand geste de bienvenue
ENTKKE DE 1/ ACR OPOL K. I.KS PROPYLEES
Le projet original de Mnésiclès eût réalisé cette pensée dans toute son ampleur Diverses nécessités, financières et religieuses, le réduisirent presque dun tiers ; mais, malgré ces sacrifices, tel qu'il fut exécuté, il donnait encore aux intentions de Périclès une magistrale satisfaction. Le problème à résoudre était fort complexe. Il s'agissait de poser à cheval sur la pente d'une échine rocheuse un monument large de 60 mètres et profond de ,V) mètres. Il fallait, en largeur, ramener ce
Plan de l'entrée de l'Acropole et des Propylées.
i Extrait ilc G. Foiigùrc-s. Grice. iiiil. Collection des Giiid/s Joaiine. Hachette et C '. clile
terrain à 1 horizontale, et, en profondeur, adapter à la montée du roc un dispositif ascendant sans rompre l'unité architecturale. Mnésiclès adopta un parti d'une élégance simple et logique, répondant à toutes les nécessités prali([ui's et se prêtant aux plus beaux effets d'ordonnance. Sur un système de soubassements en travertin du l'irée, qui rachetait les inégalités du roc, il asseyait un ensemble de bâtiments en marbre composé d'un passage central pour la Voie sacrée et de deux ailes symétriques, en retour sur chaque coté de la rampe d'accès. Les remblais de la rampe dissimulaient les assises inférieures du stéréobate en tut. ne laissant émerger que les degrés achitecturaux du soubassement en marbre.
Le passage central ou Propylée proprement dit, large de 1 8 mètre.s
sur une profondeur de 25 mètres, avait le plan d'un édifice amphiprostyle, c'est-à-dire orné duo- portique à six colonnes doriques, en façade à louest et à lest, avec deux murs latéraux terminés par des antes Un mur de refend intérieur, percé de cinq portes, représentait le mur même du péribole sacré avec son seuil et ses entrées. La partie antérieure formait, entre le portique de façade ouest et les portes, un vestibule divisé dans sa longueur en trois nefs par une double rangée de hautes colonnes ioniques qui supportaient le plafond horizontal et la charpente du toit. La Voie sacrée passait par la nef du milieu ; là. le soubassement et le pavement en marbre des bas- côtés faisait place à une piste creuse et montante, dallée de tuf. aménagée pour le passage des animaux de sacrifice. Au delà du mur aux cinq portes, le portique oriental se trouvait à i^ôo au-dessus du niveau du vestibule occidental. Il y avait là un brusque ressaut du rocher, que l'architecte avait habilement dissimulé, en dressant le mur aux portes sur un socle de quatre marches qui faisaient la transition d un niveau à l'autre, tout en laissant le chemin central monter la pente en rampe douce. L'exhaussement de la plate-forme de ce portique oriental, dont les colonnes avaient la même hauteur 8"'. 53^ que celles du portique occidental, obligea à exhausser d'autant sur ce point le plafond et la toiture, rendue indépendante de celle du vestibule ouest. La couverture du Propylée tout entier se décomposait en deux étages de frontons, sur la séparation du mur intérieur (p. 65'; mais cette superposition de triangles, imi^osée par le terrain, se trouvait masquée dans la perspective aux yeux du spectateur qui regardait d'en bas.
Des deux ailes, seule celle du nord fut achevée d'après le projet original. Elle est aussi la mieux conservée. Son stéréobate de tuf à assises à redans disposées en éventail, surtout la perfection de ses murs de marbre aux joints impeccables, leur patine dorée, mouchetée de blanches cicatrices, souvenirs des balles de i8a6 et 1827, en font un chefd'œuvre de l'appareillage et de la maçonnerie hellénique. La salle, précédée d'un portique dorique à trois colonnes /'// antis. renfermait des peintures, dont quelques-unes de la main de Polygnote. Aussi la désignet-on sous le nom de Pinacothèque. Récemment, on a constaté que ces peintures devaient couvrir les parois, en manière de fresques murales, au-dessus d'une cymaise en marbre bleu d Eleusis '. Quant à l'aile Sud, il est visible que son plan fut réduit en cours d'exécution. Elle devait primitivement faire le pendant symétrique de l'aile Xord ; mais l'oppo-
1. Dœrpfeld. Atlieiiische Mitteilungeii, XXXVIl, 1911, p. 53.