LE PLATEAU DE L ACROPOLE
Quand on a franchi les Prop3-lées. on entre dans la paix d'un cimetière où dorment pêle-mêle les débris d'un passé multiple. Il faut d'abord gravir une première pente rocheuse : im voit à l'ouest, en se retournant, les Propylées s'enfoncer peu à peu comme un rideau de théâtre antique et démasquer le panorama du Pirée et de Salamine. Devant soi. le roc violacé s'étale à nu sous l'éclatante jonchée des marbres, tel un champ de bru5'ères parsemé de neige. D'un côté, le Parthénon, dominateur et viril, s'affirme comme le seigneur de cette enceinte; de l'autre, l'Erechtheion. dans l'éclat immaculé de sa robe coquettement brodée, s'efface avec une distinction suprême. Dans le recueillement de cet enclos entre ciel et terre, aucun bruit discordant ne trouble l'éloquence muette du passé. La vie d'en bas expire en un murmure discret ; la blancheur de la ville basse semble prolonger au loin le névé des marbres . et l'olj^mpienne sérénité d'en haut s'épand jusquaux confins de Ihorizon, sur le décor souriant des montagnes. 31ais sur le plateau, quelle confusion ! Comme les Grecs au retour de Salamine contemplèrent la dévastation de leur Acropole, on a le spectacle d'un désastre récent : Byzantins. Erancs, Turcs. Vénitiens et archéologues ont passé là. Ce
I/ACROPOI, !• .
LE PARTllKXON. — l.' KR E CHTH EIOX
ne sont que décombres, trous, tronçons de murs, tamljours disjoints épars autour (les deux grandes ruines mutilées.
Kelire Pausanias est. en pareil cas. la suprême ressource de quiconque prétend déchiffrer les grimoires de pierres. A l'Acropole, Pausanias a tout vu et presque tout noté. .Niais, plus consciencieux que méthodique, son inventaire nous donne le vertige. Il nous égare dans la cohue des statues et des offrandes qui pullulaient le long de la Voie sacrée. Que restet-il du chemin ([ue suivaient les cortèges des Panathénées? Quelques vagues indices. De la colossale « Promachos » en l^ronze on reconnaît, non
l'Ile. l.i .l.-.M 1-. Il,.|!
Face Est Ju l'artbcnoii (vue de l'intérieur , la ville, le Lycabette et l'Hymette.
sans hésitation, les traces d'un piédestal sur le roc. On identifie l'enclos désert d'Artémis Brauronia, où les femmes d'Athènes déguisées en ourses, célébraient une pieuse mascarade. On distingue encore les grandes lignes de la Clialcothèque ou dépôt des bronzes, et. devant l'Erechtheion. la phicf (lu grand autel d'Athéna PoHas. où avaient lieu les sacrifices des l'analluMiécs. Devant la façade Ouest tlu l'arthénon. s'étend un grand es])ace aiilani. terminé jjar de longs degrés taillés dans le roc, sorte d'étagère à offrandes : jiuis. le long du mur Nord, des restes de ])etites constructions, où l'on cherche l'habitation et le jeu de paume des Arrhéphores. En fin de compte, on constate cjue, en dehors des temples, tous les édifices annexes étaient rangés sur les côtés de l'enceinte, contre les murs : si les Athéniens avaient surchargé l'Acropole des cadeaux de leur dévolinii du de leur xanili-, c'était \umr tenir compagnie à leur
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déesse et pour se donner à eux-mêmes l'illusion d être toujours près d'elle. Mais ils prenaient soin de ne pas masquer de constructions parasites la perspective des temples. Au contraire, ils la dégageaient par des espaces libres. Ainsi, entre les Propylées et le verso du Parthénon, qui, tourné vers le front de l'Acropole, apparaissait de l'entrée comme la façade principale, le menu peuple de statues rangé au pied du monument le lais-
Le Parihéiion ftcjJe Ouest et cà-é Nord .
sait l)ien en vue. exhaussé sur sa terrasse et son haut soubassement, où il siéo-eait solitaire et sans concurrent.
§ 2. — LE PARTHLXdX
Lu coiitcptioii du Ptvt/u'non. — Dans ie ]irogramme des constructions somptuaires de Périclès, la place d'honneur était réservée au Parthénon. Ce fut l'œuvre de prédilection, chargée d'exprimer à elle seule, avec le maximum de perfection, la .synthèse idéale qui s'était « cristallisée » dans la pensée profonde du chef d'État philosophe. Fort du sentiment collectif qui retentissait en sa conscience, Périclès concentra sur ce monument de gratitude et d'amour envers la déesse, d'orgueil patriotique et d'édification, l'effort de ses facultés éminentes et l'élite des res-
r/ACROl'OLE.
LE PARTIll-:.\OX. — I.'KRKCIITliKIOX
sources de la cité en talents, en richesses, en matériaux. Certes, le projet ne fut pas improvisé, mais mûrement étudié au sein de cet incomparable aréopage qui réunissait, sous la présidence de Périclès, Phidias et ses collaborateurs Tctinos et Callicratés. Ces artistes de haute culture, rompus dans les entretiens du maître aux spéculations les plus élevées, virent leurs horizons s'élargir et leur dessein se préciser. Conçu dans l'exaltation, sous l'inspiration d'une pensée qui agrandissait tout, le projet du chef-d'œuvre jaillit un beau jour, déjà tout paré de ses splen-