LE PAYSAGE ATTIQUE
EWltiquc, inirt)ir de lOrient cl du Miili, reflète, en la splenileur de son ciel et dans le miroitement de ses baies, la transparence des matins fluides, le flamboiement des après-midi, la clarté des nuits lumineuses qui s"allumenl sur la mer Kgée. Sa façade s'ouvre sur la nappe du golfe Saronique, où scintille le « sourire innombrable » de cette moire soyeuse, merveille des mers <>recques. Par ce large et profond vestibule, s'insinue tout le long de 1" Attique le domaine étincelant de l'Apollon des Cyclades. Encadrée par les lignes bleuâtres des monts d'Argolide, du Laurion et de Salamine, la plaine d'azur pénètre entre la falaise de Sounion et le cône d'Kgine : de chaque côté, la blanche colonnade d'un temple en signale
l'entrée, comme les dieux termes du pays de la beauté. Au delà, elle s'allonge vers le mirage lointain de la baie d Eleusis, vers le glorieux pertuis de Salamine. qui luit derrière la pointe effilée de Kynosoura, tendue comme pour transpercer l'îlot gris de Psyttalie. Au premier plan, la presqu'île d'Akté et la butte de Mounichie masquent de leurs rondeurs ocrées le goulet et le port du Pirée. iMais tout à coup, le cap Colias une fois doublé, par delà l'évasement de la rade du Phalère. se dévoile l'harmonieux diorama de la plaine attique.
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Le mont .Egaléos et le bois d'oliviers. Vue prise de l'entrée de l'.\cropole.
■ pUm, la porte Beulc ; au deuxième plan, à gauche, la Pdj'x, et, au milieu, la colline des Nj-mphc avec rObservatoire.
Resserrée entre deux grandes taches d'un bleu uni. le saphir des eaux et la turquoise du ciel, la campagne se déploie en largeur dans un poudroiement dépoussière blonde. Sur le fond delà perspective, des lignes de montagnes ondulent en une exquise harmonie de contours et de couleurs. Le décor est fin. diapré, chatoyant. Il semble composé avec un ordre et un art conscients de l'effet. Chaque silhouette, chaque pente joue sa partie dans ce concert de formes et de teintes, où les contrastes les plus subtils, les nuances les plus mobiles exécutent une symphonie délicate sans cesse animée par les variations de l'éclairage.
A l'ouest et au nord, les pentes molles de l'^ïgaléos, prolongées par
hV. PAYSAGE ATTIQUE y
les rudes escarpements du Parnès ciselés de brèches, étalent de vives oppositions de roches nues et de sombre verdure. Sur cet écran, la lumière matinale fait jouer ses irisations. Un flocon de nuage promène çà et là son ombre projetée; un reflet s'allume sur la falaise de l'Harma ; une nuance violacée assombrit la brèche de Phylé, fantaisies lumineuses où vibre l'allégresse de l'atmosphère. Isolé au levant sur le fond de l'horizon, le Pentélique dessine son monumental fronton. La symétrie de sa silhouette arcliitecturale, la teinte foncée de sa toison d'arbustes, sa paix sylvestre en font le reposoir souhaité où s'amortit l'irradiation du plein midi, entre la polychromie inconstante du Parnès et l'aveuglante réfraction des roches grises de nij^mette. .Mais retournez-vous vers le golfe embrasé. Là-bas, au couchant, une gaze d'or scintille sur la nappe incandescente, auréole les crêtes opalines et bleutées des îles radieuses. Puis, à l'heure divine où, comme disent les (irecs, le somptueux seigneur de l'espace « règne en gloire » sur l'horizon a\ant de mourir, un reflet rapide du couchant vient déposer sur l'Attiquc une éphémère couronne de violettes et de lilas. Le large dos de l'IIymette se colore d'un dernier feu de Bengale qui clôt la fête de lumière et laisse l'atmosphère un instant attristée dans l'attente de la nuit constellée d'or.
Sur le large champ de la plaine, au pied de l'^ïgaléos, se traîne une longue coulée de verdure pâle, poussiéreuse, éteinte comme un marais. C'est la grande olivaie millénaire d'Athéna. De l'autre côté, surgit un petit archipel de roches nues et dorées, qu'assaille un flot de maisons blanches : c'est Athènes.
On voit d'abord pointer le L3-cabette avec la coiffe immaculée de son ermitage : c'est le chef du chœur que dessinent autour de lui l'.Vnchesmos aux tons roux, et les buttes grises de la Pnvx. des Nvmphes, du Mouseion.
Au centre île ce cercle, comme un autel oii Ijrillerait un foyer, un piédestal rocheux porte un ])oinl blanc et lumineux : le Parthénon sur l'Acropole.
Dès lors qu'on l'a reconnu, il devient le centre du tableau. Tout le paysage atlique semble disposé pour enchâsser cette perle de marbre. L'harmonie ambiante s'ordonne à l'unisson de ce symbole. Les fines nervures, les contours nets et nobles, les tons amortis s'organisent pour composer autour de lui, dans la grandeur abstraite de l'aridité et de la transparence, ce milieu de radieuse austérité, qui fit éclore le miracle altique.
Vue panoramique tl "Athènes, prise de la Pnyx.
De gauche à droite : l'Anchcsmos, le Lycabette, l'Aréopage, l'Acropole, iHymette.