HISTOIRE ET TOPOGRAPHIE MONUMENTALE
Comme celles de la Roina quadrata. les origines d'Athènes sont enveloppées de légende et de mystère : le plus sur. c'est qu'elles furent modestes. L'Attique primitive était morcelée en une douzaine de clans indépendants. Des ententes, des concordats politiques et religieux, comme celui qui soumit la principauté d'Eleusis à sa voisine d'Athènes, préparèrent l'unité finale au profit du plus puissant.
Or, le privilège de la situation appartenait au détenteur de la grande plaine du Céphise attique II }" avait là. au cœur d'une riche vallée irriguée par un cours d'eau abondant, à proximité de la mer. au carrefour des routes qui débouchaient du bassin béotien et des pertuis de l'Eubée. sur le chemin de la Grèce du Xord vers le Péloponnèse, un rocher admirablement aménagé par la nature pour servir de refuge et de citadelle. Ce rocher fut habité dès le xvi" siècle avant Jésus-Christ : on attribuait à un certain Cécrops, Égvptien de provenance (peut-être Cretois? , la fondation du premier établissement qui s'v soit installé. On lui donnait le nom de Kranaa La Roche^ ou de Cècropia. Cécrops aurait trouve là une population autochtone, les Pélasges, rameau d'une grande race préhellénique, probablement non indo-européenne.
L'Etat cécropien fut lui même peu à peu envahi par le clan de Marathon, tribu que l'on disait d'origine ionienne. Plus guerriers, sans doute mieux armés et plus civilisés, les Ioniens devinrent les maîtres de Cécro-
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pia. Ce sont eux qui fondèrent l'unité attique. sous le roi Thésée, que les annalistes faisaient régner de 1256 à 1225 avant Jésus-Christ. Thésée passe pour l'auteur de la concentration ou synœcismc de tous les petits États de l'Attique en un seul. 11 les aurait dépouillés de leur autonomie et de leur souveraineté, en les obligeant à reconnaître pour capitale l'ancienne Cécropia, à qui il donna le nom û.' Athènes, c'est-àdire « les Atliénas ». Le culte de la déesse rurale Athéna devint officiel, national, c(;mmun à tous; les foyers ou Prx'tanées locaux furent fusionnés en un Prytanée collectif, svmbole de 1 unité du royaume : un Conseil ou Sénat unique assista le roi dans le gouvernement. Des fêtes communes, les Synœkia et les Panathénées furent instituées à Athènes ]iour affirmer la solidarité religieuse et politique de l'Attique unifiée.
Il faut se figurer l'Athènes royale de Cécrops et même de Thésée sur le modèle des cités de l'époque mycénienne. C'était moins une ville qu'un manoir à l'instar de Mvcènes et de Tirynthe. Les dieux y voisinaient avec le palais. L'Acropole attique était à la fois un Palatin et un Capitole. A côté de la demeure du roi ou anacte, souverain politique et religieux. résidaient les chefs des grandes familles, les Eupatrides. membres de la noblesse et du Conseil royal [Boiilc .
Les restes de l'enceinte j^rimitive. dite /;;///■ pélasgiqiie. et ceux du inèiraroii et des autres habitations de l-Vcropole préhistorique attestent qu'Athènes a jjassé, du X\l" au XI'^ siècle a\ant Jésus-Christ, par la même phase; de? civilisation m\cénienne que les autres cités de la Grèce achéenne II \' a\ait. au pied de la forteresse, un faubourg ouvert d'artisans libres et un marché, premier noyau del'.Lv/v.
La vie patriarcale de la cité de Cécrops dut être modifiée par la réforme de Thésée. Promue au rang de capitale de toute l'Attique, l'ancienne Acropc^le, siège du gouvernement collectif et non plus seulement du ])elil làat cécropien, ne put longtemps suffire aux besoins du nouvel organisme : la noblesse s'accrut, émigra jjcu à peu hors de l'enceinte royale et vint grossir l'agglomération inférieure. Ainsi se constitua le faubourg aristocratique de Kvdafhénalon. entre le versant sud-est de l'Acropole et l'Ilissos, aux abords du terrain marécageux qu'on appelait Liiiinai (les Marais). C'est là. au dire de Thucydide', que se trouvaient les plus vieux sanctuaires de la ville basse, le Pythion, l'Olympieion, le Uionysion aux Marais; on y célébrait des fêtes rurales très anciennes, les Anthestéries et les Lénaia, en l'honneur de Dionysos.
I. Thucydide. 11. 15. — Sur le plan.p is. Kvdatlu-naion ist indiciuù au nord de l'AcrupoK..
D'autres événements précipitèrent cette évolution. Bien que les Athéniens se soient toujours flattés d'avoir échappé à l'invasion dorienne, ils en subirent pourtant le contre-coup. Une dynastie messénienne, les Nélides. reflua che2 eux et }• supplanta les descendants de Thésée, sans doute à la faveur d'intrigues des nobles, jaloux des prérogatives rovales. Cette d\'nastie succomba elle-même avec Codros: le pouvoir roval fut démembré et remplacé par un archontat à vie. La république aristocratique se substitua à la monarchie héréditaire '813 av. J.-C ). Bientôt (752 , l'archontat fut rendu décennal, puis annuel (683 .
Ces révolutions attestent un profond changement dans l'état social de la cité, et aussi dans sa forme concrète. L'affaiblissement progressif de la ro3-auté correspond à un développement de la vie urbaine. La métamorphose se fit sans nul doute au profit de la ville basse. I-a pojDulation tant aristocratique que plébéienne n'ayant cessé de s'accroître, la citadelle perdait son prestige et sa vitalité. Ce fut surtout le quartier des artisans du feu, potiers et forgerons adorateurs d'Héphaistos, qui gagna le plus à cette transformation. Ce quartier, dit du Céramique, occupait la plaine argileuse au nord-ouest de l'Acropole. Tous les corps de métiers s'étaient peu à peu groupés autour des potiers, et, à leur suite, les marchands. Une cité laborieuse, vivant de l'industrie et du négoce, y créa le mouvement et aussi la richesse. Toute cette production ayant besoin de débouchés, le commerce maritime naquit ; une aristocratie d'argent se forma, prête à disputer à la noblesse des propriétaires fonciers sa part d'influence. Au vi" siècle, les Eupatrides durent capituler : les législations de Dracon 621) et de Solon (594) consacrèrent la victoire de la bourgeoisie enrichie.
Dès lors, les organes de plus en plus complexes du gouvernement se transportèrent en bas. Sous la répuljlique aristocratique, l'agora politique se trouvait au sud de l'Acropole, dans le quartier de Limnai ; plus tard, au vii'-" siècle, ce fut l'agora ou place du Céramique qui devint le cœur de la cité ou asty . Le palais des rois tombait en ruines ; l'Acropole, encore habitée par quelques Eupatrides, tendait à n'être plus qu'un sanctuaire. Tous les locaux administratifs des archontes, nous dirions les ministères, s'installaient autour de l'agora du Céramique: le Prytanée ou fo}'er commun était établi au pied de la falaise nord du rocher. Des cultes nouveaux prirent place dans la religion de l'Etat D'abord. Héphaistos, le dieu du Céramique, en l'honneur de ciui la populace ouvrière célébrait des fêtes bruyantes, les Héphaistéia. puis Apollon Patrôos, Zeus Eleuthérios, Déméter Thesmophoros eurent leurs temples
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aux abords de l'agora, tandis t^u'Athéna et Poséidon trônaient sur l'Acropole, et que Dionysos continuait à régner dans le vieux quartier aristocratique et à demi-rural du sud de l'Acropole, près de l'agora ancienne.
Athènes, au début du Vl" siècle, ne se souvenait plus guère d'avoir été une cité mycénienne. Elle prenait figure de capitale et se modernisait rapidement sur le patron des grandes villes d'alors, Corinthe. .Sicj'one. Argos. La tyrannie de Pisistrate et de ses fils (560-510) fut loin d'être préjudiciable aux intérêts matériels et édilitaires des Athéniens. Intelligents, cultivés, jaloux d'éclipser les autres tyrans de la Grèce par leurs fondations et leurs libéralités, ils provoquèrent à Athènes le premier éveil de l'art et du génie attique. Ce fut comme l'éclosion d'un l)outon jirintanier avant la pleine floraison du V siècle.
Le moment était venu où, après les siècles de trouljle et d'obscurité qui suivirent l'invasion dorienne, le génie grec prenait conscience de luimême. L'Ionie, héritière des vieilles civilî.sations Cretoise, mycénienne et orientale, était alors le foyer d'où rayonnaient la poésie, l'art, la .science, la philo.sophie. (iuidés jiar un sens éclairé des besoins de leur peuple, Pisistrate et ses fils ouvrirent largement Athènes à l'influence éducatrice de rionie. On doit à Pisistrate la première édition critique îles poèmes homériques, qu'il fit recueillir, mettre en ordre et publier par une commission de savants; le texte ainsi établi faisait foi pour les récitations poétiques du concours des Panalhénées etau>si dans les écoles où les enfants apprenaient Homère par cœur. Des .sculpteurs et décorateurs ioniens attirés à Athènes travaillèrent à l'embellissement de la ville. L'art ionien régna en maître dans ces édicules de tuf enluminé qui, au cours du xi" siècle, se dressèrent sur l'Acropole. Pour sa sécurité, le tyran résidait dans la citadelle, dont il fit aménager l'entrée, avec une rampe carrossable et un Propylée. 11 réserva une place d'honneur à la déesse protectrice, Athéna Polias II lui consacra, dès le début de son gouvernement personnel, un grand temple qu'on appela Hékcitonipciion (temple de 100 pieds). Autour de ce sanctuaire, se multiplièrent les coquettes offrandes de statues de femmes, en marbre polychrome. Il se forma ainsi près de la déesse comme une cour de jeunes adoratrices, parées de toutes les élégances à la mode.
La ville basse ne fut pas négligée. Vers 530, Pisistrate commen(,-a sur les bords de l'ilissos la construction d'un nouveau Pythion temple d'Apollon Pythien), puis celle d'un Olympuion (temple de Zeus olympien) en tuf. qui devait être un des édifices les plus colossaux de l'époque :
mais il ne put qu'en ébaucher 1 infrastructure. Pour divertir le peuple, il institua de nouvelles fêtes et rehaussa léclat des anciennes. Il organisa les Dionj-sies urbaines ou Grandes DionA'sies ; aux anciens concours de cantates dansées ou dith^'rambes il ajouta les premières représentations dramatiques : c'est en 534 que Thespis présenta, sur un théâtre en bois, au Céramique, le premier des drames attiques. Il introduisit à Athènes un nouveau dieu, le Dionysos béotien d'Eleuthères, bourgade située au pied du Cithéron. (Jn y adorait une vieille statue en bois ; celle-ci fut apportée à Athènes par un nommé Pégasos et d'abord déposée dans un petit sanctuaire du parc suburbain consacré au héros Akadémos. Pisistrate la fit transporter au pied de l'Acropole, dans un petit temple qu'il édifia tout exprès, auprès d'une orchestra consacrée par lui aux danses et aux représentations dionysiaques. Il élargit le programme des Panathénées en ajoutant des récitations des poèmes homériques et des concours musicaux aux jeux gymniques. Il embellit le parc du héros Akadémos et aménagea les pistes ombragées du gymnase du Lycée. Joignant l'utile à l'agréable, il dota Athènes d'un aqueduc d'eau potable, et d'une fontaine monumentale à neuf bouches iEnnéncroitnos) <le^lméekrera\)\dicer l'ancienne source Kallirrlioc. Son fils Hipparque entoura la ville basse d'une enceinte fortifiée : ce fut la première enceinte urbaine d'Athènes. Il fit agrandir et orner de marbre l'Hékatompédon de l'Acropole.
Cette vigoureuse impulsion mettait Athènes de pair avec les plus brillantes cités de la Grèce propre, alors régies par des t3'rans, telles que Sic3"one, Corinthe et 31ég"are. Le grand effort du siècle de Pisistrate avait, en somme, fait l'apprentissage du goût attique. Il l'avait débarrassé des derniers restes de la barbarie primitive, mais il le laissait trop inféodé à l'autorité des maîtres ioniens. Il manquait encore à Tatticisme cette forte personnalité et cette culture générale, fruit de la maturité, qui sait dégager des formules un peu étroites d'une école locale un art largement humain.
Mais l'âme attique. si richement douée, contenait déjà toutes les virtualités. Leur essor ne dépendait plus que des événements qui élargiraient les horizons et favoriseraient l'accroissement de la conscience nationale. Or, un merveilleux concours de circonstances, les unes préparées, les autres fortuites, survint à point pour hâter la moisson. Ce fut d'abord l'avènement définitif de la démocratie après le renversement des tyrans, en 510. Depuis Selon, les aspirations démocratiques des Athéniens avaient été sans cesse contrariées. L'aristocratie, soutenue par Sparte,