LE MUSÉE DE L'ACROPOLE
On a dissimulé, dans un repli de terrain, au nord-est de l'Acropole, un petit musée modeste d'apparence, mais riche en trésors d'un prix inestimable. Là sont réunies les trouvailles des fouilles récentes, à l'exception des bronzes et des vases, adjoints aux collections du Musée national. C'est toute l'histoire de l'Acropole qu'illustrent ces précieuses archives iconographiques. On y suit la marche de l'idéal attique depuis ses premières manifestations plastiques, antérieures de plus d'un siècle à son essor littéraire.
La longue période d'archaïsme qui prépara l'avènement du grand stvle s'v déroule en une suite d'œuvres saisissantes. Elles nous reconstituent du même coup l'aspect étrange des monuments de l'Acropole avant Phidias et le Parthénon. Par elles, se sont révélés les précurseurs lointains ou immédiats de Phidias, non moins précieux à connaître pour l'histoire de la sculpture classique, que les primitifs Jean ou Nicolas de Pise pour l'histoire de la sculpture moderne. C'est aussi une société inconnue, celle de l'.Vthènes de Pisistrate, dont les élégances revivent à nos yeux éblouis et charmés. C'est enfin l'instructive évolution du type d'Athéna à travers les âges, qui nous montre l'élargissement progressif d'une conception religieuse, d'abord naïvement naturiste dans l'idole assise de l'âge patriarcal, puis guerrière dans le Palladion de la cité aristocratique, enfin largement compréhensive dans l'idéale personnification de l'Athènes du V siècle.
La première famille des sculptures de l'Acropole se compose des œuvres en pierre tendre ipôros). poh^chromé. Elle s'étend de la fin du
io8 ATHENES
VU" siècle au milieu du Vi''. Sa technique à pans coupés, à modelé plat, continue les procédés de la sculpture primitive sur bois. La grossièreté de la matière est dissimulée par un bariolage souvent violent et inhabile à mesurer ses effets, parce que l'art enfantin s'émerveille tout d'abord de l'éclat qui tire les yeux et le prend pour la beauté. C'est de cette série que relèvent les frontons et les figures d'animaux dont il a déjà été question '.
Salie des Korai au Musée de IWcropoIe. Au fond, au milieu, la statue d'Anténor).
Dans le deuxième quart du VI" siècle, la statuaire attique s'attaque au marbre indigène (de 1 Hymette et du Pentélique), d'abord taillé par les mêmes procédés et avec les mêmes outils que la pierre tendre : tel ce Moschopliore (porteur de veau), figure votive offerte entre 575 et 550 par un certain Rhombospour perpétuer le souvenir de ses sacrifices àAthéna. La facture en est encore rigide et sommaire; des champs lisses y sont ménagés pour la peinture, chargée de rendre la complication des cheveux, de la barbe, de la draperie (p. iio', Telle aussi la lignée des statues de