‹ AthènesChapitre 60 sur 84 · AT H I-: NES · texte numérisé non relu

AT H I-: NES

dualité se fond dans la généralité des t^pes idéalisés A peine la pensée de la mort semble-.t-elle les voiler d'un crêpe de deuil infiniment léger et ténu. Cette tristesse apaisée ne se traduit sur aucun visage en particulier : elle est éparse sur l'ensemble ; elle flotte comme une atmosphère que l'on respire sans la voir. .Malgré le calme des traits qui les garde de tout

accablement pathétique, une émotion contenue se dégage de ces scènes mi-conventionnelles et mi-réelles . C'est, exprimé par des gestes sobres, des groupements et des attitudes appropriés, le sentiment de la solidarité humaine, et de l'affection profonde qui unit les membres de la famille, parents, maîtres et esclaves. Une poignée de main qui s'attarde, un long regard chargé de regret, une tète pensive de vieillard, une silhouette de parente voilée, au second plan une petite figure d'esclave tristement blottie dans un coin, voilà toute la mise en scène de ces drames de résignation muette, plus éloquents dans leur discrétion que les désespoirs les plus tumultueux.

L'invincible confiance de l'âme grecque. jjIus forte que la mort, son attachement obstiné à cette existence terrestre, qu'elle concevait si belle et si lumineuse, lui faisaient une loi de représenter la mort sans pessimisme, sous les traits les plus harmonieux de la vie. Jusque dans la tombe, le doux rajonnement de cette vie épandait sa sérénité sur le repos des êtres chers et leur versait, comme une apaisante libation, au lieu des regrets exaspérants, la tendresse consolatrice d'un marbre familial.

C'était encore un trait de l'esjjrit grec que cette habitude de déposer les morts, non pas dans l'isolement d'un enclos lugubre, mais au seuil

Monument de Korallion. au Céramique.

i,A villp: basse

de leurs villes, sur le bord des routes où les bruits incessants de la vie retentissaient en échos atténués jusqu'au fond des tombes. Le passant joyeux ou le cortège de fête qui traversait le champ des morts n'avait pas à prendre l'attitude de circonstance que commande l'effroi funèbre des nécropoles modernes. Les tombes ne faisaient que ]irolonger hors des murs les habitations des vivants : elles étaient ellesmêmes des symboles de maisons ; le mort y poursuivait un semblant de vie entretenue par d'ingénieux simulacres et par des offrandes propices à l'illusion.

Toutefois, il est incontestable que l'humanité figurée sur les stèles du Céramique ne rend pas la même note d'optimisme triomphant que les marbres du Parthénon et de l'Erechtheion. Nous retrouvons sur les admirables monuments de Korallion . de Démétria et Pamphilé, de Dexiléos, le jeune cavalier tué devant Corinlhe en 394, et surtout dans l'exquise Hégéso, femme de Proxénos, les sœurs et les frères des canéphores et des éphèbes de Phidias, des Antigone, des Alceste, des Oreste de Sophocle

et d'Euripide. C'est bien la même lignée humaine, telle que le génie des grands maîtres du V siècle l'avait fixée. Mais ici, dans ces images d'outretombe, leur optimisme robuste ne résonne plus qu'en sourdine. Il y a entre l'expression de l'art triomphal qui exalte la vie dans toute sa force et sa floraison spontanée et celle de l'art funéraire qui n'en traduit que l'illusion consolatrice, la même différence qu'entre la pleine lumière et son reflet.

Stèle d'Hcgéso, au Céramique.

§5. — ].A XOLVELLE-ATHÈXES D'HADRIEN. L'oEYMI'IEIOX ET L'ILISSOS

Les Romains avaient aéré la vieille Athènes en a- aménageant les vastes espaces de leurs péristyles. Mais la ville, tout autour, n'en restait pas moins très tassée dans son enceinte. Hadrien n'était pas homme à renouveler les procédés dédilité incendiaire d'un Xéron. Il préféra, au

L'.irc d Hadrien icôté Uuest , lUlynipicion. le Mont .\rdettos. iH\ mette.

lieu de détruire, créer en dehors des murs de Thémistocle une Athènes nouvelle plus confortable

Pour cela, il lui suffit d'incorporer à la ville le faubourg- d'Agrylé. en reportant plus à l'Est le tracé de l'enceinte. Ce quartier suburbain était alors, comme aujourd'hui, le Passy et l'Auteuil d'Athènes. Il occupait le terrain qui descend en pente douce du L3'cabette vers l'Ilissos. Cet amphithéâtre naturel regarde une toile de fond, composée de plans larges et colorés, cernés de lignes pures. L'air y accourt librement du coin de golfe qui miroite au loin, entre le socle de l'Acropole et la masse de l'Hymette : par delà l'Ilissos. les coteaux d'Agrai. jadis giboyeux et touffus, y déploient la féerie d'une polychromie changeante. C'était un

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