‹ AthènesChapitre 63 sur 84 · LA \ILLE BYZANTINE, FRANQUE HT TURQUE · texte numérisé non relu

LA \ILLE BYZANTINE, FRANQUE HT TURQUE

Saint Paul avait fondé à Athènes, en 5;, après Jésus-Christ, une petite communauté chrétienne dont saint Den\ s l'Aréopagite aurait été le ])remier évèque. Mai.s à Athènes le paganisme était trop invétéré et trop gh)rieux pour ne pas inspirer un certain respect même aux chrétiens. Constantin et ses successeurs traitèrent avec ménagement la ville d'Athéna ; Théodose I" laissa aux Grecs le droit de suivre leur culte traditionnel. Théodose II par ses édits de 426 et <le 439 prescrivait la destruction des temples païens ; mais, pour la Grèce, il admit une transaction : les temples seraient seulement désaffectés et convertis en églises. C'est alors que commença la spoliation systématique des trésors d'Athènes au profit de Constantinople. Déjà, en 395. un gouverneur d'Achaïe, sous Arcadius.

avait enlevé au Portique Pœcile les tableaux de Polygnote A leur tour. peut-être en 432. la « Promachos », la « Lemnia », la « Parthénos » de Phidias, prirent le chemin de Byzance.

C'est Justinien qui porta le coup de grâce à l'atticisme, en 529. par la fermeture des écoles philosophiques d"Athènes. qu'il obligea à se transformer en écoles chrétiennes privées. Il organisa le culte chrétien et l'Eglise d'Athènes, conformément aux décrets inappliqués de Théodose II. Les églises furent installées dans les temples ; le Parthénon fut converti en cathédrale épiscopale par les patriarches alexandrins Apellos et Eulogios. Jusqu'en 733, l'évèque « autocéphale » d'Athènes resta soumis à l'autorité suprême du pape romain avant de passer sous celle du patriarche de Constantinople. En 857, l'évèché d'Athènes fut érigé en archevêché et le Parthénon en église métropolitaine.

Les grands souvenirs du passé pa'ien contribuaient au prestige de la nouvelle église de l'Acropole. Par un phénomène de transsubstantiation renouvelé de la mythologie grecque ', la personnalité divine abolie survécut dans celle qui l'absorbait, en lui imposant son nom comme épithète. Athéna Parthénos devint la Vierge Mère de Dieu Athénienne Mcter Théoii Athéna ia ou Atliéniotissa). Mais il y a plus. L'attribut caractéristique des figures d'Athéna était le Gorgoneion. posé sur l'égide comme symbole de la puissance foudro3'ante de la Pallas guerrière De là. le surnom populaire de Gorgopis' donné à x\théna ellemême Les Byzantins, accouplant cette épithète avec celle de épckoos (secourable', en tirèrent le composé Gorgoépikoos ou. en abrégé, Gorgopiko (Qui exauce vite) ' : ils en firent un cjualificatif de la Panaghia athénienne.

La transformation du Parthénon en » grande église d'Athènes » n'alla pas sans bouleverser tout l'intérieur du temple. L'entrée ou « Grande Porte » fut reportée à l'ouest, avec l'opistodome comme exo-narthex ; la chambre du Parthénon devint le narthex, pourvu d'un grand bénitier. Il fut mis en communication par trois portes avec l'ancienne cella, devenue le << catholikon » et décorée de fresques. Les colonnades intérieures furent changées en galeries à arcades, dont le premier étage, desservi par des escaliers latéraux, servait de « gynécée » ou tribune des femmes. Le plafond fut remplacé par une voûte. L'ancien pronaos fut converti en une

1. Voy. l'exemple de Poseidon-Frechthée et d'Athéna-Pandrosos, p. 32-33.

2. Euripide. Hi-lèiie. v. 1315. — Cf. Pala;phatos. De incredib., 32.

3. L'adverbe gorgôs, dans la basse grécité. signifie : à la manière de la Gorgone, rapidement.

LA VILLE liVZAXTIXK. F R A X Q U E ET TURQUE

abside close, décorée d'une grande Madone en mosaïque, qui entourait l'autel, abrité sous un dais de marbre. Les périst)'les extérieurs furent en partie fermés par des murs bas emplissant les entre-colonnements.

La magnificence de cette église excitait l'admiration du métropolite Michel Akominatos '1180-1205' qui en a décrit la splendeur Sous le

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Eglise de la Panaghia Gorgoépiko, dite " Ancienne Métropole

dallage des péristyles, on a retrouvé plusieurs des caveaux où furent enterrés évèques et archevêques. A diverses reprises, le Parthénon reçut des marques de la faveur impériale : Constance II, partant contre les Lombards, le visita en 662 ; Basile II le Bulgaroctone y fit ses dévotions en 1069 et l'enrichit de présents

La même transformation fut infligée à l'Erechlheion, converti en église de la Théotokos (Mère de Dieu}. Au XI 1' siècle, les Propylées furent aménagés en palais archiépiscopal, avec chapelle des saints ïaxiarques, Michel et Gabriel. Dans la ville basse, les autres temples

antiques avaient de même été désaiFectés : dès le vi" et le vu" siècle. TAsklépieion était consacré aux saints Anarg-yres Cosmas et Damien et le « Théseion » à saint Georges. D'autre part, du VllT au xii'' siècle, d'innombrables églises de style b^^zantin s'élevèrent un peu partout, souvent sur les ruines des sanctuaires pa'iens. C'étaient pour la plupart des fondations pieuses de familles riches. On a même voulu en attribuer quelques-unes à l'impératrice Irène (775-802) qui était athénienne. Celles qui subsistent sont de charmants souvenirs de l'art byzantin. Leur petitesse enfantine et leur poussiéreuse vétusté, exagérées par le voisinage des bâtisses toutes neuves, les font ressembler à de minuscules bibelots d'antiquaire égarés dans la rue. Ce sont surtout des raisons d'économie qui expliquent l'exiguïté de ces oratoires.

Ils forment une famille assez homogène '. Leurs caractéristiques sont les mêmes : un plan cruciforme, une ordonnance pyramidante que couronne une petite coupole posée sur un tambour octogonal à trompes d'angles, une décoration pittoresque. La plupart datent du milieu du XII° siècle. La plus charmante sans contredit et l'une des plus anciennes, c'est le bijou connu sous le nom de Petite ou Ancienne Métropole. pour la distinguer de sa voisine, la Grande ^Métropole moderne. Mais il n'y a eu. jusqu'à l'arrivée des Francs, d'autre Métropole que le Parthénon : tout au plus pourrait-on reconnaître dans la petite église un oratoire privé des archevêques. Elle était consacrée à la Panaghia Gorgoépiko. Comme les archéologues la croyaient située sur l'emplacement du temple d'Ilithye, déesse de la délivrance, on lui a aussi, depuis 1863. attribué, par une analogie un peu risquée, le nom d'Haghios Eleuthérios.

En son genre, cette mignonne chapelle suggère, par la finesse de ses proportions, les mêmes impressions que le petit temple de la A^ictoire Aptère. Elle a 7 mètres de façade sur 1 1 mètres de longueur et 6 mètres de hauteur: la coupole ne dépasse pas 12 mètres de haut. Le plan en croix grecque s'accuse extérieurement par la saillie des toits de la nef et du transept, terminés en frontons. Au centre, se dresse la fine coupole, festonnée par les arceaux surélevés de son tambour octogonal, aux arêtes ornées de colonnettes, le tout coiffé d'une toiture côtelée. Les fenêtres étroites et hautes sont remplies par des panneaux de pierre translucide \ phcngitès} percés de trous ronds où s'enchâssaient des disques de verre. Tous les murs sont construits en matériaux de remploi, empruntés à des monuments antiques : de gros blocs de marbre équarris remplacent la

I. Michel et Struck. At]i€iiischc Mittcil iiiigcn Jcs K. arch. Iiistit.. 1906. — Diehl. Manuel d'art by\antiii. p. 438.

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