SITES ET MONUMENTS DES ENVIRONS DATIIÉNES
XI" siècle. L'intérieur en est tapissé de restes de mosaïques aux riches couleurs, que domine du fond de la coupole une figure douloureusement sublime du Christ Pantocrator (p. 186). Plus loin, c'est un sanctuaire d'Aphrodite, au pied d'un roc percé de niches votives. A la sortie du défilé, devant la baie où Salamine émerge d'une nappe d'argent, on passe près des lacs sacrés des Rhcitoi. on traverse la vaste glèbe de Thria, dans l'amphithéâtre des montagnes du Cithéron et du Parnès. On arrive à
Monastère de Daphni.
Lefsina. devant rAcro])()k'qui garde les ruines du sanctuaire des Grandes Déesses d'Eleusis
\'oiri le lieu du mystère, jadis fermé aux regards indiscrets i)ar une double enceinte. ( )n y pénètre par deux Propjdées de marbre p 183 l.a \'()ie sacrée, hirgement dallée, longe la falaise où se creusent l'antre de l'Iuion, bouclu' des Enfers, et les entailles où s'engageaient dans le roc, comme de pseudo-cavernes, les temples d'Hécate et de Koré- Perséphone. Puis, c'est le Tclcstérion, ou salle d'initiation, elle aussi aux deux tiers creusée dans le rocher (p. 187). Avec ses trois côtés de gradins taillés dans la colline, son portique en façade sur le quatrième côté, ce vaste hall à deux étages soutenus par une forêt de colonnes servait de salle d'enseignement et de tliéàtre sacré. On y représentait le tlrame mystique de la Passion de Déméter après le rajU de sa fille ]iar
Pluton. puis la réapparition de la jeune déesse après un séjour de six mois aux Enfers. Dans l'obscurité de ce mégaron. sombre comme une crypte. Thiérophante dévoilait aux initiés massés sur les gradins les épreuves de l'àme cherchant sa voie vers le séjour des Bienheureux. Un simulacre de voyage, à la lueur des torches, révélait la topographie de la région souterraine, et enseignait les formules magiques qui permettaient d'en éluder les pièges et de parvenir aux Champs-Elysées. Aujourd'hui la clarté radieuse inonde le palais infernal où l'humanité, rivée à la terre, vint pendant plus de 'quinze siècles chercher à tâtons, dans la nuit, le secret de sa destinée et les certitudes d'un au-delà sépulcral. Hardiment, vers le bleu du ciel, pointe et flamboie, au faîte de la roche, le campanile immaculé de la Panaghia, emblème d'autres espérances spirituelles, échappées des vieux antres plutoniens, comme une vapeur terrestre qu'aurait attiréé\e vide de l'inaccessible lumière.
Si l'on veut savourer les joies de l'atmosphère attique, s'enivrer de son pur et subtil éther, dans l'isolement d un piédestal dénudé, il faut gravir le L^cabette ou rH3'mette.
La splendeur abstraite de la roche désertique, exposée comme une gemme aux jeux de la lumière, se fond avec son enveloppe de clarté vibrante et colorée : jouissance olympienne, épurée de 'tout agrément matériel, comme si l'esprit divinisé prenait contact avec l'impondérable
De là, vous redescendez sur la terre: l'àme de l'antiquité vous guette à tous les détours du chemin. Dans les gros bourgs de la plaine, à 31énidi. à Liopési, les paysans court-vètus d'une tunique blanche et d'une cape en poils de chèvre, secs et nerveux, vous figurent les rustres d Acharnes et de Péanée. et aussi la vigoureuse et sobre anatomie des stèles attiques A les voir s'escrimer sur la terre avare, on pense à ce dialogue qu'Aristote rapporte entre un laboureur de l'Hymette et Pisistrate. Le
Eglise de Daphni ; le Clirist de la coupole
rustre grattait son champ et n'y remuait que des cailloux : « Que tires-tu de là. lui demande Pisi strate. — Rien que maux et peines, répondit le Ijonhumme. Et encore faul-il que Pisistrate prélève là-dessus sa dime ! » .Mais, à Képhisia. sous les platanes centenaires qui ombragent la source dite du Céphisc. parmi les \illas enfouies sous les exprès, les palmiers, les peupliers et les magnolias, ce sont de plus épicuriennes évocations : c'est là qu'Hérode Atticus tenait avec ses amis ces doctes
Ek'Ubis. Le Tckstciiiin et la baie Jl- Salaniinc.
propos dont Auludellc composa le bouquet de ses Xi///s Attic/lics. De Képhisia à .Marallion, on passe ])ar le pays de Thespis. A Ikaria. aujourd'hui Dioiiyso, le dieu du vin n'est ])as encore oublié. Après les vendanges, ce ne sont que visions dionysiaques de Lénéennes et d'Anthestéries. Sur la route, se déroule la longue théorie des chariots où le vin nouveau gonfle et secoue d'étranges convulsions les outres énormes, jKintelantes comme des bœufs immolés. A ,^larathon même aujourd'hui Miirathoiuï . hi hixiiriance des vignobles déploie une mer de verdure tlans 1 immense plaine, entre le croissant des montagnes et la plage vaseuse. Près du rivage, un tertre émerge : c'est le Sôros. tumulus où furent ensevelis les 192 hoplites atliéniens tués pendant la mêlée. Le soir, le silence
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impressionnant de cette solitude historique fait comprendre la légende, rapportée par Pausanias : « La nuit, dit-il, on entend à ^larathon des hennissements de chevaux et comme un fracas de bataille. » Avant le Wagram du poète moderne, les Grecs avaient déjà senti Tàme du champ de bataille.
L'antiquité, on la retrouve au Laurion. ressuscitée autour des laveries. puits et galeries d'autrefois dans l'aclivité industrielle qui exploite les déchets des anciens, et, à défaut de plomb argentifère, déterre le zinc et la calamine. Ce qu'était jadis Thorikos. le port du Laurion dont un
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Paysans du P.irnès.
beau théâtre atteste l'antique prospérité, Ergastiria l'est de nos jours. Au Pentélique aussi et à l'Hj'mette. l'industrie moderne n a fait que prendre la succession de l'antiquité. C'est encore des belles carrières du Pentélique qu'Athènes tire le marbre de ses monuments, de ses maisons et même de ses trottoirs : le marbre cristallin, luxe chez nous, y est une matière commune Au pied même des carrières antiques, c'est ce marbre qui fait l'agTément du joli couvent moderne de Mendéli. abrité sous les peupliers et les platanes. Le Pentélique est comme un bloc de marbre vêtu d'arbousiers, de lentisques et de myrtes, où butinent les abeilles classiques, chassées de rH3-mette par son aridité. Jusqu'à mille mètres d'altitude, les trouées blanches des carrières antiques et modernes se détachent sur les flancs sombres. A IHymette, les carrières de Kara sont encore exploitées, mais ce que la montagne offre de plus attrayant dans
SITKS lîT MOXl'.MF.XTS DES KWIKOXS l)' AT H K X ES 189
sa nudité, c'est l'oasis de Kaisariani, avec sa source pure et son é^-lise byzantine décorée de motifs antiques.
Il ne faut |ia^ nun jilus oublier la Ijarriére des montagnes qui, d'Eleusis au cap Sounion. enclôt l'Attiiiue La beauté sauvage des gorges du Parnès, aux roches surplombantes, aux versants giboyeux hérissés de sapins, de chênes et tle châtaigniers, en fait une petite Suisse à trois heures d'Athènes. La vie sylvestre et ])astorale des bûcherons et des bergers d'autref(jis se continue aux environs de Khasia et sur toute cette
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Couvent et cirrières du Pentélique.
Diacrie houleuse et ingrate, qui est restée le domaine des moulons, des chèvres et des lièvres parfumés de thym . Là même, l'archéologie ne perd pas ses droits. Les ruines des forteresses frontières s'échelonnent sur les défilés d'Altique en 15éotie : Kleuthères, Phylé, Décélie, Rhamnonte et Sounion montrent encore, en des sites admirables, de belles fortifications. Décélie (auj. ïatoï), transformée par le roi (ieorges I" en un domaine sylvestre aux ombrages profonds et aux essences variées, offre un modèle de ce qu'une méthode intelligente peut faire pour reboiser la Grèce (p. 192^ La solitaire Rhamnonte, avec ses deux temples de Xémésis et de Tluniis. dresse son Acropole de marbre, enfouie sous un maquis fou, au bord eiu golfe bleu de l'Euripe, en face des claires montagnes de l'Eubée, dans un décor d'une splendeur souverainement grecque. Plus loin encore, aux
Phylc .Vue pdic de l'intérieur).
confins de la Béotie, près d'Oropos, un ravin désert abrite les ruines du sanctuaire d'Amphiaraos, le devin guérisseur, avec son temple, son
théâtre au proscénion presque intact, sa source miraculeuse et ses portiques d'incubation.
Sounion enfin, vedette marine (le l'Attique au débouché de l'Euripe et de la mer de .Alyrto, forteresse et sanctuaire, dresse son cap hautain à l'entrée du golfe Saronique Les matelots d'Athènes le saluaient à leur retour comme la première apparition de la patrie : « Que ne suis-je, — chantent les matelots salaminiens d'Ajax, — aux lieux où le promontoire élève sa cime boisée sur la mer qui le baigne? Oue ne suis-je au pied de la pointe de Sounion. pour adresser notre salut à la sainte Athènes ? ' » En effet, le cap offrait un abri aux navigateurs dans la crique qu'il protège. Les Athéniens y avaient installé une station de croiseurs, avec une cale pour deux trières Au sommet, la forteresse entourait un temple de Poséidon, que Périclès fit rebâtir en marbre vers 437. Aujourd'hui, la blanche et svelte colonnade annonce au loin le cap Coloniur/s et l'Attique par une radieuse vision d'art grec.
Et c'est pour elle, sans doute, que le poète écrivait ce vers évocateur :
Le temple est en ruine au haut du promiuitoire. Xon moins que la campagne, rAtticjue maritime est pleine du passé.
Cap Sounion.