‹ Athénienne, AthènesChapitre 19 sur 51 · LES NOCES DE POSIDIOS I · texte numérisé non relu

LES NOCES DE POSIDIOS I

dait pourquoi on s'acharnait ainsi à la faire souffrir.

Elle demeurait enfermée dans sa chambre virginale, les cheveux épars, les yeux vides, perdus dans les ardentes profondeurs du ciel bleu. Parfois, — lorsque la brise lui apportait de la fête lointaine quelque joyeux fragment d'ode amoureuse, — de grosses larmes roulaient au bord de sa paupière et son sein se soulevait sous des sanglots avec peine comprimés.

Le matin du troisième jour, lorsque les femmes du palais vinrent pour la dernière fois assister à la toilette de leur maîtresse et la baigner de l'eau deCallirhoéjThéa se laissa habiller passivement, sans mot dire, la tête basse, les bras pendants, immobile, inerte. Elle ne prêta aucune attention aux riches vêtements et aux bijoux précieux dont Aklaiôn avait voulu qu'elle fût parée en ce grand jour; on eût dit une statue insensible, et, telles que les arréphores au saint jour des Panathénées, la fidèle Matrith et les autres suivantes ornaient la Parthénis nouvelle.

Blanche, sous le long crocotos safrané, la jeune fille se présenta à son fiancé et aux nombreux parents qui composaient le cortège nuptial, semblable à ces infortunées qu'on embarquait sur la trière aux voiles noires qui devait revenir sans

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elles des rives fatales de la Crète. Dévorant ses larmes, elle concentrait sa douleur en elle-même et s'ertorçait de paraître calme et résignée, afin de ne pas irriter son père.

Ni les acclamations de la foule qui se pressait dans les rues, ni la pompe des sacrifices dans le temple d'Athéna-Polias, rien ne put l'arrachera sa feinte impassibilité. Seulement, quand Thiérophante appela la déesse à témoin de la toi conjugale, quand il prononça la formule rituelle qui donnait au vieillard la jeune fille, comme une terre — ce ï-" »:;-« -x.^civ -!>. pour lui faire prOii'uij\' des enfants ! — la nouvelle épouse eut au fond du cœur un immense cri, une protestation désespérée et muette :

Non! les Dieux ne devaient pas bénir cette union; ils ne devaient pas accepter ces victimes: elle ne voulait pas être la femme de cet homme qu'elle haïssait et qu'elle méprisait. Quoi! toutes les grâces de sa beauté, tous les trésors d'amour de sa passion, toutes les pudeurs de son innocence, tous les étonnements de sa virginité, tout cela allait être jeté en pâture à la luxure blasée d'un débauché! Quoi! elle devrait faire de cet être impur le centre de tous les désirs de son corps et de tous les sentiments de son àme! Quoi! elle lui consacrerait sa jeunesse — ces jours de vie ardente — si rapides à s'engloutir dans le gouffre éternel du passé!

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