I06 ATHÉNIENNE
La chambre conjugale où l'aréopagite introduisit Théa était située au premier et unique étage de son palais; elle était encore ornée ainsi que l'avait voulu la dernière passion de l'aréopagite, la courtisane Béroë, une Milésienne impudique qui était parvenue à ranimer les sens blasés du vieillard. Les murs étaient revêtus d'un porphyre rose du Liban. Des tapis de Sidon, aux couleurs très vives, recouvraient le pavement polychrome. Les fenêtres étaient closes d'un dioptre transparent, où brillaient des paillettes d'or qui donnaient un éclat joyeux à la clarté du jour le plus morose. Suivant la mode assyrienne, le lit, en bois de citronnier des Baléares, occupait le milieu de l'appartement, aux quatre coins duquel des statuettes de bronze, couvertes de lames d'or, supportaient des flambeaux de cire blanche.
Au plafond, Apelles, jeune et encore inconnu à cette époque, avait peint une théorie d'Amours environnant la divine Cythérée. Béroë avait voulu que l'on donnât ses traits à la Déesse et l'artiste l'avait représentée en Anadyomène, étalant orgueilleusement l'impudique splendeur de sa nudité.
En entrant dans cette chambre, où d'enivrants parfums brûlaient dans des cassolettes de Tyr, Théa sentit grandir encore l'angoisse qui, depuis le matin, l'étoufTait; elle se laissa tomber sur un siège et s'abandonna aux soins de Matrith, sa fi-