‹ Athénienne, AthènesChapitre 22 sur 51 · LES NOCES DE POSIDIOS I · texte numérisé non relu

LES NOCES DE POSIDIOS I

dèle nourrice, chargée de la dévêtir et de lui donner les derniers conseils.

Dans un coin, Posidios s'effaçait, essayant de se faire oublier.

Au dehors, près de la porte aux verrous d'argent, un chœur d'éphèbes couronnés de roses disait aux échos de la nuit la chanson nuptiale, l'ode des amoureuses ivresses, l'épithalame :

« O vieillard généreux, ô blanche jeune fille, vous qu'Hyménée a joints par ses liens si doux, regardez! Tout sourit, tout embaume, tout brille ! La belle nuit d'amour que les Dieux font pour vous !

« C'est pour vous que l'Érèbe a tendu de ses voiles l'azur étincelant qu'inondait le grand jour, et que la nuit, avec des sourires d'étoiles, cache vos fronts pâlis par le désir d'amour!

c( C'est pour vous que la brise a parfumé son aile aux grands rosiers en fleurs des jardins d'Éleusis; c'est pour vous que le chant lointain des flots se mêle aux chansons de nos chœurs à votre porte assis !

« Tout vous enivre, 6 doux amants, tout vous fait fête; tout s'émeut, tout s'unit à votre volupté; doux amants, c'est pour vous que chante le poète; doux amants, c'est pour vous que sourit la Beauté!

« O vous qui ranimez en votre ardente étreinte l'amour : ce feu sacré, ce flambeau radieux qu'ai-

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luma le Titan, et dont la flamme sainte donne aux pâles humains l'éternité des Dieux,

« O doux amants, soyez bénis! Que la Déesse répande à pleines mains, sur vous, ses dons charmants! Que votre être en un être aimable et beau renaisse! Que votre nom vive à jamais, — ô doux amants! »

La voix claire du choriphée s'élevait seule, disant les strophes enflammées, sur un rythme très lent; le chœur tout entier répétait les dernières paroles du chanteur, et, dans la nuit, de grands mots passaient, évoquant les Dieux, l'Amour, les baisers et les éternelles renaissances de la vie.

Silencieuse comme une prêtresse qui sacrifie un objet bien-aimé, Matrith dégrafa les lourds colliers de saphir et les bracelets d'or qui ornaient le cou et les bras de sa maîtresse; elle lui ôta le péplos étincelantde broderies; elle dénoua l'anadème de lin qui retenait les longs cheveux de la vierge et, comme un ondoyant manteau, ils cachèrent aux yeux ardents de Posidios les seins harmonieux que la légère tunique laissait voir.

Alors, après avoir souhaité aux deux époux la protection d'Aphrodite et de Héra, qui président aux légitimes amours, la fidèle Nubienne se retira.

Les chanteurs s'étaient tus.

Théa était seule en face de Posidios.

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Perdue dans l'amertume de ses pensées, elle demeura affaissée sur le siège où elle avait reçu les derniers soins de Matrith, et, entre ses longs cils, sur ses joues pâles et diaphanes, le regard farouche de ses grands yeux baissés jetait une lueur sombre, douloureusement étrange. Immobile, sans un tressaillement, les mains croisées sur les genoux, les cheveux épars, — comme sont ceux des pleureuses qui précèdent les convois funéraires, — elle était semblable aux tristes images de la Niobé, victime de la haine des Dieux.

Posidios, lui aussi, demeurait immobile, méditant de caressantes paroles que sa gorge serrée ne voulait pas laisser sortir. Sur l'ivoire jaunâtre et luisant de ses tempes creuses, deux grosses veines violâtres s'entre-croisaient; ses paupières rouges et bouffies faisaient sous ses sourcils épais et trop noirs deux globes hideux qui, par moment, remuaient avec lenteur; ses mains secouées de tressaillements nerveux froissaient sa tunique sur les genoux; sa bouche était contractée en un rictus qui, d'un côté, découvrait la gencive supérieure; ses lèvres fines, brûlées par une fièvre intense, s'ouvraient en des balbutiements et en des sourires.

Avec une invincible angoisse, Théa songeait que sans doute il allait vouloir l'embrasser, cet homme aux joues pendantes et aux chairs mortes

SOUS le fard sinistre. Elle songeait que ces lèvres flétries allaient se poser sur ses lèvres.

Elle n'ignorait pas, la pauvre enfant, le doux secret que les mères révèlent aux jeunes épousées, le soir de leurs noces; on ne lui avait pas fait une trompeuse chimère de la vie, de l'amour, de l'union des êtres. Devant le lit nuptial, la prêtresse de Dèmèter-Thesmophore venait de lui lire le TîâTfioç 6cg;j.c; : le code des devoirs conjugaux; elle connaissait le danger qui la menaçait et un immense désespoir lui gonflait le cœur, à la pensée qu'elle allait appartenir toute à cet être odieux qui était son époux.

Pour augmenter son trouble, il y avait encore cette chambre, oii tout parlait de ces mystères d'amour si répugnants et si terrifiants pour elle : elle avait peur de cette large couche, dont les coussins de pourpre et les tapis aux couleurs ardentes avaient un flamboiement de luxure; elle avait peur de ces satyres de bronze qui faisaient des gestes obscènes, avec des ricanements impurs; la lumière crue et brutale des quatre lampadaires la faisait frissonner comme si les yeux d'une foule se fussent rassasiés de sa nudité; et puis, ce qui l'épouvantait surtout, c'était, en haut, cette femme impudique qui étalait sa chair prostituée.

Posidios, cependant, avait fini par dominer son trouble; à voir ainsi près de lui la pure enfant

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