LES NOCES DE POSIDIOS III
qui était sa femme, une fièvre de bestialité l'avait saisi; peu à peu sa crainte se dissipait, pour faire place à son désir.
Elle songeait à ce bonheur que jamais, sans doute, elle ne connaîtrait : au doux bonheur d'aimer. Un sourire rose montait à sa joue. Oh! ses caresses à lui qui était jeune, et beau, et brave, et fort comme Achille ou comme Apollon! Oh! les nuits passées à ses côtés, entre ses bras, à se murmurer des paroles d'amour dans des baisers ! Oh! être sa femme, la moitié de son être, la joie de sa vie!... Mais non! tout cela était impossible, tout cela était insensé! Il était là, près d'elle, son époux, son amant. C'étaient ces ruines hideuses ces restes abjects que lui avaient laissés les courtisanes !
Posidios enfin avait pris son parti; il s'était levé et, cachant une flamme impure sous sa paupière flétrie, il s'était approché de Théa et lui parlait :
« Viens, mon amie; déjà le chant du coq a annoncé la prochaine aurore; tu dois avoir besoin de repos... »
Elle ne répondit point et, en apparence, elle demeura impassible. En réalité, la terreur l'étouffait; elle se sentait incapable d'articuler une parole.
L'aréopagite prit cet anéantissement pour de la résignation; il crut que la jeune fille ne lui op*
poserait qu'une résistance passive; agenouillé devant elle, il lui entoura la taille de ses bras.
Alors elle se redressa, repoussant le vieillard avec tant de violence qu'il fut presque renversé :
« Que me voulez-vous! cria-t-elle.
— Toi, dit-il, c'est toi que je veux. Je t'aime. Écoute, tu ne sais rien de l'amour, du plaisir; viens, je t'apprendrai les jouissances suprêmes. »
Et comme elle reculait, ne comprenant pas — n'osant pas comprendre! — les paroles que, de sa bouche tremblante, il lui bavait :
« N'es-tu pas ma femme? Ton père et les Dieux ne t'ont-ils pas donnée à moi? Laisse-moi... je te rendrai heureuse et enviée? Tu auras des quadriges aux harnais écincelants; tu auras des esclaves d'Ionie et de Crète; tu auras des tuniques brodées, des colliers d'or, des miroirs d'argent, des khélonies au moyen desquels on peut connaître l'avenir, des diamants qui chassent la mélancolie, des agates qui détournent les tempêtes. Tu auras tout ce que tu désireras. Viens! ma femme! »
Hors de lui, il lui faisait ces mêmes promesses par lesquelles il était habitué à séduire les hétaïres avides.
« Que me voulez- vous? » répéta-t-elle, à demi morte de terreur; et ses jambes refusant de la porter, elle tomba sur le pavement, comme une chose inerte.