LA MALÉDICTION DE LA PROPHANTIDE
Le Lacédémonien était trop rapproché pour que Glaucos pût se servir de son glaive. Saisissant Kébrion par la gorge, il le jeta plutôt qu'il ne le repoussa loin de lui, et tandis que l'ancien périèque cherchait à reprendre son équilibre, le fidèle pézétaire, brandissant à deux mains la longue sarisse, l'enfonça d'un coup sec entre les épaules du misérable.
Atteint au cœur, Kébrion tomba pour ne plus se relever.
Il y eut un instant de confusion horrible. Chacun regardait son voisin pour régler sa conduite sur la sienne. Les pézétaires applaudissaient; quelques Grecs, trop compromis pour reculer, poussaient des cris de mort.
Dédaigneux, Glaucos, les bras croisés sur la poitrine, regardait la foule tumultueuse.
Enfin le silence se fit, et soudain, terrible, le polémarque cria :
(( Êpimakos!...
— Me voici! répondit avec effronterie une espèce de géant, roux et hirsute, qui s'était distingué comme un des plus chauds partisans de Kébrion.
— Qu'on le tue! » dit Glaucos impassible. Stupéfait, l'autre crut avoir mal entendu.
Un pézétaire qui se trouvait derrière lui lui fendit le crâne d'un coup de son glaive. Un frémissement courut parmi les soldats.
lyO ATHÉNIENNE
c( Cariostès! » reprit Glaucos.
Il y eut un instant de silence.
Enfin d'une voix qui tremblait, Cariostès répondit :
« Me voici.
— Qu'on le tue! » répéta Glaucos.
Ce furent les plus compromis qui, voulant faire preuve de zèle, se pressèrent autour du misérable pour lui porter les premiers coups.
Trois fois la voix du polémarque s'éleva jetant un nom; trois fois ceux qu'il avait désignés furent impitoyablement immolés par leurs amis de la veille.
Alors, après avoir promené sur les soldats un regard qui les fit trembler, Glaucos dit d'une voix brève :
« Que chacun regagne son poste : les Acarnaniens, les Scythes, les Grecs, dans leurs quartiers respectifs; les Macédoniens en ordre de bataille, à l'entrée de la vallée.
Tous obéirent sans un murmure et tandis qu'ils s'éloignaient la tête basse, le soleil versant des flots de flamme sur les roches brûlantes du cirque, soulevait une vapeur vitrée qui ondoyait au ras du sol et faisait comme un linceul splendide aux cadavres maudits abandonnés sans sépulture.
Quand Êpitadeon eut appris au polémarque les circonstances qui avaient occasionné la révolte, Glaucos, après s'être empressé d'aller chercher