LA MALÉDICTION DE LA PROPHANTIDE I7I
Théa et de rassurer la jeune fille, ordonna d'amener la prisonnière devant lui.
C'était une femme très grande et si maigre que ses longs voiles noirs, bordés de pourpre, tombaient autour de ses membres sans rien accuser de leurs formes; ses cheveux blancs, débordant sous le voile qui les recouvrait, flottaient sur ses vêtements sombres; une couronne de laurier entourait son front; deux yeux clairs, brillant d'un éclat sauvage, illuminaient sa figure terreuse; son nez mince, d'une courbe aquiline exagérée, était semblable à un bec d'oiseau de proie; sa bouche, sans lèvres, avait une taciturnité effrayante : on devinait que tout ce qui sortait de son rictus menaçant devait être terrible et sacré.
Le regard que cette femme leur lança fit frémir les deux amants; instinctivement Théa se serra contre Glaucos, et autour d'eux la foule despézétaires, saisie d'un effroi superstitieux, contemplait la créature étrange dont les yeux avaient lu dans le livre fatal de Khronos.
(c Polémarque, dit-elle d'une voix stridente, je suis une des prophantides de Delphes; le Dieu te punira d'avoir laissé tes soldats attenter en moi à sa majesté sainte. Toi et celle que tu aimes, avant que cette année ait accompli son cours, vous mourrez ; votre mort sera terrible ; le supplice de chacun de vous sera encore augmenté par la douleur de voir souffrir l'autre.
— Tu mens, femme! interrompit Glaucos, dont la colère s'allumait aux menaces lancées contre Théa. Les amantes d'Apollon ne sortent pas de l'enceinte sacrée du temple. L'inspiration les abandonne quand le souffle du Parnasse ne passe plus sur leur front. Tu n'es qu'un imposteur! Les prophantides ne vont point par les routes, les cheveux au vent, comme des courtisanes ou comme des bacchantes, porter les oracles du Dieu; elles attendent que les envoyés des peuples et des rois viennent s'agenouiller près du trépied de la Pythie. »
Sans l'écouter, elle continuait :
« Malheur! Malheur! Une force inconnue me pousse; j'ai quitté les lauriers de Delphes pour les platanes du Kéramique. Athènes, triste cité, vers qui la clémence des Dieux m'envoie, je vais t'avertir une dernière fois des châtiments qui te menacent ; je vais te rappeler les présages néfastes des derniers temps; devant la splendeur de tes murailles, je vais crier : Malheur! Malheur!
« Depuis longtemps livrée aux plaisirs, enivrée de l'orgueil de ta force et de ta beauté, tu as oublié qu'il est des Dieux! Tu as oublié ta protectrice, la divine Pallas-Athènè ! Tu as négligé le culte d'Apollon, le Seigneur aux doux yeux! Voici venir l'heure des châtiments... Bientôt tu seras l'esclave d'un roi! Bientôt tu seras la courtisane des courtisanes-^! Bientôt des hordes bar-