LA MALÉDICTION DE LA PROPHANTIDE I
bares graviront les degrés de l'Acropole, les voûtes des Propylées retentiront de leurs cris farouches et du dos sonore de leurs creux boucliers ils heurteront les portes saintes du Parthénon!
c( Hélas! Cène sont point les avertissements qui t'ont manqué! On a vu le sang couler des statues d'Aristogeiton et deHarmodios; les fêtes d'Eleusis ont été interrompues par la colère du Dieu des Eaux et, demain, tes femmes pleureront la fleur de tes guerriers moissonnés aux bords du Thermodon!
« Regardez! Regardez! la voyez-vous passer, là-bas! funèbre, sur les montagnes bleues delà Thessalie, la lente théorie des deuils et des douleurs d'Athènes? Où vont toutes ces Erinyes aux longs voiles noirs? Où court Ares, secouant sa chevelure sanglante et poussant ses coursiers furieux? »
Glacés d'effroi, les soldats écoutaient,
c( C'est une folle, dit Théa frissonnante à l'oreille du polémarque... Pardonne-lui! Rends-lui la liberté!
— Femme, dit Glaucos, nous ne faisons la guerre qu'aux hommes; poursuis ton chemin, tu ne seras pas inquiétée.
— Malheur! Malheur! — et sa voix haletait, sonore et brisée, avec les éclats d'une trompette d'airain. — Pourquoi ces flamboiements au front du Lykabette? Du cap Sunion jusqu'à l'Acro-
iy4 ATHÉNIENNE
Corinthe, tous se demandent: D'où viennent ces nuages ensanglantés qui se traînent sur les lumineux rayonnements de ton ciel ! Athènes ! Athènes î Est-ce donc ainsi qu'une grande cité doit finir? Penses-tu apaiser les Dieux par ce monstrueux sacrifice? Ah! continu a-t-elle, avec un sourire qui grinçait, Eros est plus puissant qu'Apollon! Eros est le plus puissant des Dieux... J'ai eu tort de vous maudire, amants néfastes! car vos souffrances seront des voluptés! Vous mourrez ensemble, en même temps, dans les mêmes tortures ; les mêmes frissons de douleur passeront dans vos chairs étroitement unies! Vos hoquets d'agonie s'étoufferont dans de sanglants baisers!... J'ai eu tort de vous maudire; Eros est plus puissant qu'Apollon! »
Épuisée, elle se tut; son front livide était couvert de sueur; et avec un immense effroi dans la fixité de ses prunelles, elle suivait en silence la lutte de la lumière pâlissante et de l'ombre bleue des hautes cimes.