CHAPITRE XI
Le Combat d'Oropous
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Il n'est rien que la mort fatale, qui puisse nous séparer de notre amour.
(Apollon los de Rhodes. Ar^onauliqua, 1. III, v. 1150.)
^S/j^^^ 1 NSI qu'il en avait averti le polémarque, Y^/^^^ Démosthènes demanda à l'Assemblée .-é:^^^^ du Peuple de frapper un coup décisif et de délivrer enfin l' Attique des soldats que Philippe y avait envoyés sous main.
Les paroles énergiques de leur orateur favori eurent raison de l'indifférence et de l'inertie des Athéniens ; une expédition fut décrétée et le commandement en fut confié au Milésien Hippo-
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cynos, un des plus célèbres lieutenants de Chabrias. On plaça sous ses ordres deux cents hoplites et cinq cents peltastes : forces que l'on jugeait plus que suffisantes pour vaincre la bande hétérogène commandée par Glaucos.
Celui-ci n'ignorait pas les mesures prises contre lui; il se rapprocha du petit golfe d'Oropous où la flotte macédonienne devait procéder au rembarquement des pézétaires et des Acarnaniens.
Ceci se passait vers le milieu de Pyanepsion; l'arrivée des trières était attendue pour la fin du mois : commencement de l'hiver. D'autre part, il était à craindre que l'approche de la mauvaise saison ne poussât les Athéniens à agir avec plus de vigueur.
Glaucos aurait voulu refuser le combat non seulement parce qu'il craignait pour Théa, qui prétendait ne pas se séparer de lui et refusait de chercher un refuge à Tanagre, à Délion, ou même dans la ville d'Oropous qui, à cette époque, appartenait encore à la Béotie, mais aussi parce qu'il n'avait qu'une médiocre confiance dans la valeur d'une partie de sa troupe.
Les Macédoniens se trouvaient dans une de ces profondes et étroites vallées qui descendent du Parnès, vers le détroit d'Euripe et le golfe de Marathon. Large de deux stades, longue de plus de vingt, elle s'élevait aride et rocailleuse vers l'intérieur du pays. Les montagnes qui l'enca-
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draient étaient couvertes de figuiers nains et de cèdres rabougris, dont la brise d'automne emportait déjà les feuillages jaunis. De grosses roches grises, aux cassures nettes et régulières, jonchaient le sol, obstruant le lit d'un torrent qui, à peu près sec à cette époque de l'année, allait, mince filet d'eau, se perdre dans des marécages au bord de la mer.
C'était dans ces marécages que les Macédoniens étaient campés; devant eux, ils avaient les flots du détroit, à droite et à gauche des montagnes escarpées; ils ne pouvaient donc se dérober à la lutte. Aussi, la terreur les saisit lorsque, en haut de la vallée, ils aperçurent les lignes sombres de l'armée athénienne. Dès le soir, la plupart des transfuges grecs abandonnèrent le camp et cherchèrent un refuge dans les villes voisines. Leur lâcheté ne les sauva point; les habitants les massacrèrent sans pitié.
Il ne restait à Glaucos qu'un moyen de salut : la victoire; mais le combat se présentait à lui dans les conditions les plus défavorables. Les soldats d'Hippocynos avaient pour eux, non seulement l'avantage du terrrain, — la pente de la vallée rendait leur élan irrésistible, — mais encore celui du nombre : Glaucos n'ayant plus autour de lui que deux cent cinquante pézétaires, une centaine de Scythes et d'Acarnaniens et quelques Grecs qui lui étaient restés fidèles. Les Macédo-
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niens n'avaient pas même eu le loisir de fortifier leur camp; leurs huttes de branchages se dressaient autour delà tente de Glaucos, suivant le caprice de chacun.
Les deux troupes étaient arrivées en présence le quatrième jour de la troisième décade de Pyanepsion; le cinquième étant réputé néfaste', le combat fut remis au lendemain.
La veille du jour décisif, chacun se retira très tôt dans ses quartiers, pour chercher dans le sommeil la force de résister aux fatigues de la lutte.
La tente du polémarque était divisée en deux parties; dans la première, il recevait les visiteurs et réunissait ses officiers; dans la seconde, il passait, près de Théa, les trop rapides instants durant lesquels il lui était permis d'oublier les soucis de sa charge. C'était le sanctuaire de leurs amours et d'ordinaire, les deux amants s'efforçaient de rapprocher l'heure où ils pouvaient enfin se donner l'un à l'autre. Mais ce soir-là, le front entre les mains, courbé sous ses réflexions amères, Glaucos ne songeait pas à celle qui l'attendait et il demeurait assis sur le seuil de sa tente, les yeux fixés sur une silencieuse étoile dont le pâle sourire éclairait l'horizon.
Certes, s'il avait été seul, il eût vu venir le combat sans appréhension. La mission que le roi lui avait confiée était remphe. Durant tout l'été.
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Athènes avait tremblé au voisinage de ses soldats ; le commerce de la ville avec Thèbes et la Béotie avait été anéanti; les campagnes de la plupart des dèmes ruraux avaient été ravagées; on parlait même, en prévision de la famine, de la nécessité d'ouvrir au peuple les grands silos qui se trouvaient près du Rocher Sacré.
Mais en cas de défaite, que deviendrait Théa?. . Les vainqueurs n'épargneraient ni sa vie, ni son honneur. Peut-être la reconduiraientils à Athènes, où l'attendait le châtiment des adultères?...
Les angoisses du polémarque étaient d'autant plus vives, qu'il ignorait les dispositions des lois de Solon contre cette catégorie de criminels. Le souvenir des différentes peines qu'il avait vu infliger lui passait par l'esprit, et dans cette foule de flétrissures et de supplices, il se demandait quel était celui que l'on réservait à Théa.
Les Locriens crevaient les yeux aux deux complices; à Cymé, on les attachait à un âne qui les promenait, nus, par la ville; à Lépreum, la femme était traitée en courtisane ; à Cortyne, les coupables étaient livrés aux insultes de la populace; en Pisidie, on les attachait par les pieds et on les traînait sur le pavement des rues; à Ténédos, ils mouraient parla hache; en Lydie, par le poison; à Syracuse, par la corde ; à Tyr, parla croix.
Et, au loin, sur les côtes blanches de l'Eubée,
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la silencieuse étoile souriait aux douloureuses pensées du polémarque.
Soudain, le long de son cou, il sentit, très doucement, glisser la lente caresse de deux bras nus, un front ardent se posa contre sa joue et, harmonieuse comme une chanson d'amour, une voix lui demanda :
« A quoi songes-tu, mon bien-aimé?
— J'ai peur, dit-il, j'ai peur! Les Dieux seuls savent ce que demain va nous apporter, mais si nous sommes vaincus, — et, hélas ! je n'ose espérer qu'il en puisse être autrement! — que deviendras-tu, ma pauvre amie ? »
Elle lui ferma la bouche avec sa petite main fine, et s'asseyant sur les genoux du guerrier, elle lui dit :
« Nous devons mourir ensemble, tu le sais bien. La prophantide l'a lu dans le livre éternel, et je sens à mon cœur qu'elle ne s'est pas trompée! Qu'importe donc l'heure où la fin viendra? qu'importe!... Oh! n'est-ce pas que ce doit être doux, quand on s'est longtemps aimé, quand on a épuisé la coupe des ivresses, de s'en aller ainsi, à deux, dans cette nuit dernière? Même après toutes les autres, elle doit garder des voluptés nouvelles... et c'est alors qu'on peut vraiment dire : « A jamais! »
Elle se serrait contre lui, frileuse sous la brise nocturne dont la fraîche caresse passait douce-
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ment sur sa demi-nudité; les boucles de sa chevelure jouaient sur les lèvres du guerrier, et le nautonier dont la trière eût longé en ce moment la côte sinueuse de l'Attique eût cru, à les, voir enlacés dans leur pure et radieuse beauté, qu'Aphrodite et Apollon étaient venus s'aimer sur la terre.
(( Tu sais, reprit-elle au bout d'un instant avec une décision mutine, comme si elle eût pris tout à coup son parti après une longue hésitation : on n'est jamais certain de sortir sans blessures de toutes ces affreuses batailles; le plus brave peut être atteint par la flèche du Cretois ou par la balle de l'Acarnanien; j'ai vu à Athènes une statue de Thuké-Polémique, avec un bandeau sur les yeux. Si tu voulais... »
Elle s'arrêta embarrassée, une rougeur au front, un tremblement dans la voix.
a Tous tes désirs sont des ordres pour moi, parle... que désires-tu? »
Elle hésitait.
« Tu ne voudras pas y croire peut-être... cela va te paraître enfantin... L'hiéreus des Dieux- Ancêtres m'a enseigné les propriétés surnaturelles des choses... si tu refusais, je serais si triste!... il paraît qu'on est invulnérable. J'ai eu tant de mal à me les procurer!... Mais tu n'auras pas confiance, et c'est la confiance qu'il faut. Si tu refusais, je serais si triste. »
Elle avait des larmes dans les yeux.
« Voyons, dit Glaucos, que désires-tu? »
Elle tira de son cou une chaîne d'or, à laquelle était suspendu un petit sac de lin, teinté de rose :
(( Tu le porteras sur ta cuirasse, durant le combat?
— Qp'y a-t-il là dedans?... »
Elle était pourpre, comme les fleurs que Cythérée fit naître du sang de son cher Adonis :
« Les oreilles de deux rats mâle et femelle^... Tu ne ris pas ? Oh ! je suis heureuse ! Les hommes sont souvent si incrédules! C'est un prêtre très savant qui m'a dit que cela rendait invulnérable... Tu les porteras, dis?... je serai plus tranquille.
Ils ne parlèrent plus. Leurs lèvres s'étaient jointes. Et du haut des cimes de l'Eubée, la silencieuse étoile les enveloppait de son sourire.
Le lendemain, dès que le jour parut, les auspices étant favorables, le petite armée d'Athènes descendit vers les Macédoniens, aux accents traînants du Péan. Elle formait une ligne de deux cents hommes de front sur trois de profondeur; les hoplites au centre, les peltastes aux aifes. C'était l'ordre de bataille que Xénophon leur avait enseigné et qui les avait rendus invincibles dans les guerres contre les peuples indisciplinés de la Thrace et de la Bythinie. Accoutumés aux
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combats individuels, ces Barbares ne présentaient aucune résistance à un front homogène et uni.
Tant que les Macédoniens employèrent la même stratégie, c'est-à-dire jusque sous le règne de Philippe, leurs luttes avec les armées grecques présentèrent des alternatives de succès et de revers. Mais avec le fils d'Amyntas, les choses avaient changé. Les longues lignes athéniennes ne purent résister aux masses profondes de quinze hommes de la phalange macédonienne, et les troupes de la République s'accoutumèrent à fuir devant leurs ennemis.
Cependant, par un entêtement inexplicable, l'ancienne tactique n'avait pas été modifiée; le front étendu que comportait l'ordre du héros des Dix Mille, se présentait toujours au choc irrésistible des soldats de Philippe; la force de l'usage était plus puissante que la force des choses.
Après un ou deux stades de marche, les Athéniens se virent, tout à coup, assaillis par une grêle de pierres et de balles de plomb. A moins de cent pas devant eux, les Acarnaniens se retiraient lentement, en faisant tournoyer leurs frondes. Les projectiles passaient dans les airs, avec des sifflements de vipère, et venaient, dans un crépitement continu, se heurter aux cuirasses et aux boucliers. Plusieurs peltastes furent atteints à la tête. Les uns, aveuglés par le sang, allaient se laver dans l'eau claire du petit ruisseau ; tandis
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que d'autres, frappés à la tempe, trébuchaient comme des hommes ivres, se penchaient en avant en étendant les bras, puis s'allongeaient la face contre terre, morts. Des caractères en relief sur les balles mettaient une marque sanglante sur la lividité de leurs visages : aeem : « reçois ceci! » une politesse ironique du vainqueur au vaincu ; le mot d'un ami faisant un présent à son ami : aehâi : « reçois ceci! » Et — cette suprême insulte au front, le crâne fracassé, les yeux hors de l'orbite, le corps convulsé par les dernières souffrances — ils restaient étendus, grotesques et effrayants.
Cependant les archers scythes s'étaient joints aux Âcarnaniens. Ainsi ils étaient plus de cent qui reculaient lentement, laissant approcher les Athéniens, dans les rangs desquels leurs coups faisaient à chaque instant de nouveaux vides.
Les plus exposés étaient les peltastes que les longues flèches empoisonnées clouaient souvent au sol, percés de part en part.
Au bas de la vallée, encore éloignés de plus de douze stades, on distinguait les trois cents phalangites macédoniens, étroitement groupés, en files aussi profondes que larges, formant un rectangle presque carré ; ils avaient l'air d'être un minime détachement, laissé à la garde des bagages et du camp.
L'impatience gagnait les Athéniens; allaientils se laisser décimer, sans pouvoir se défendre?
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Que ne couraient-ils à ces audacieux qui venaient les harceler, comme la guêpe harcèle le taureau ? Favorisés par la pente du terrain, ils jetteraient facilement à la mer cette poignée d'hommes dépourvus d'armes défensives.
Hippocynos, qui n'en était pas à sa première bataille, regardait avec inquiétude le petit détachement dont les cuirasses d'airain étincelaient au bas de la vallée.
La plupart des peltastes athéniens qui sortaient à peine des péripoles, ne comprenaient rien à la défiante lenteur avec laquelle on les faisait marcher; avec une violence croissante, un cri s'élevait parmi eux.
« En avant! En avant! »
Les décadarques et les lochages se joignirent à leurs hommes; et comme Hippocynos se taisait, réfléchissant, la petite armée s'ébranla au pas de course sans attendre le commandement de son stratège.
Les Acarnaniens et les Scythes laissèrent approcher leurs adversaires ; puis, soudain, après une dernière volée de flèches et de balles, ils firent volte-face et se mirent à fuir, suivis de près par les Athéniens qui poussaient des cris de victoire.
La vallée était longue, et à certains endroits, elle descendait en pente assez rapide.
Le désordre se mit bientôt dans les rangs des poursuivants : les peltastes, armés seulement du
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casque et d'un léger bouclier, laissaient derrière eux les hoplites, entièrement vêtus de bronze, les plus jeunes devançaient les plus âgés, et emporté malgré lui par l'élan de sa petite armée. Hyppocynos la suivait, maitrisant avec peine son cheval au large cou de taureau.
Devant eux. légers et rapides, les archers et les trondeurs fuyaient. Un œil exercé eût pu remarquer que, dans leur désordre apparent, ils semblaient obéir à une direction donnée: ils s'étaient divisés en deux groupes presque égaux, qui fuyaient devant chacune des ailes de la petite armée d'Hippocynos, laissant ainsi le centre à découvert.
En arrivant au bas de la côte, au moment oîi les Athéniens, hors d'haleine, croyaient n'avoir plus qu'à massacrer leurs ennemis, ils se trouvèrent arrêtés par la phalange macédonienne dont le choc subit divisa leur front en deux parties. Sans leur laisser le temps de se reconnaître, elle se trouva au milieu d'eux, hérissée de tous côtés de longues sarisses, qui se levaient et s'abaissaient d'un mouvement régulier.
Dans ce premier instant de confusion, les peltastes athéniens se laissèrent massacrer, sans même essayer de se détendre. Qu'eussent-ils fait d'ailleurs, avec leurs glaives courts et leurs petits boucliers, contre ces adversaires couverts de bronze? Ils demeuraient immobiles, stupéfaits, et
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comme la faulx du moissonneur fait tomber les épis des campagnes, ils disparaissaient un à un, sous l'irrésistible mouvement de leurs ennemis.
Dès qu'elle avait été au milieu des Athéniens, la phalange, jusques alors resserrée en un groupe compact et peu étendu, semblait soudain avoir décuplé de volume. Les pézctaires qui la composaient s'étaient portés en avant, sur toutes les faces du carré; ce qui ne les empêcha pas de rester unis et de former une masse compacte et inébranlable. On eût dit que cette dilatation, en tendant toutes les parties de ce grand corps, n'avait fait que lui donner sa forme réelle.
Tels ces dragons terribles qui peuplent les mornes déserts de la Libye. Repliés sur euxmêmes pour ne pas effrayer leurs victimes, ils les laissent approcher sans leur inspirer de défiance. A les voir, on croirait se trouver en présence de la peau flasque et ridée d'un animal mort; cela forme un monceau incolore, sans mouvement et sans vie. Tout à coup, une tête formidable jaillit de ces repUs informes; le corps démesurément se gonfle; sous la peau livide, on voit courir les venins mortels; le monstre devient si énorme, qu'il semble sortir du sol et être un produit surnaturel de ces sables formés de la poussière des morts.
Avec la même promptitude qu'ils avaient mise à s'avancer, les phalangites reculèrent lorsqu'ils
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ne purent plus atteindre d'ennemis; puis, sans se désunir, ils s'élancèrent vers un point de la vallée où se trouvait un autre groupe d'Athéniens, Là ils recommencèrent leur terrible mouvement, et sous leur élan les hommes tombaient, irrésistiblement emportés.
De leur côté, les Acarnaniens et les Scythes, embusqués sur le penchant des montagnes, faisaient pleuvoir une grêle de projectiles sur leurs adversaires rompus et dispersés.
Affolés par le sentiment de leur impuissance, ceux-ci ne songeaient plus à combattre; ils se faisaient tuer, sans essayer de résistance. Quelquesuns, afin de ne pas mourir sans vengeance, s'efforçaient de se glisser sous les sarisses; mais les phalangites des rangées postérieures tenaient abaissée la pointe de leurs armes, formant ainsi jusques au sol une infranchissable muraille.
A deux stades de là, Hippocynos, entouré de la plupart de ses hopHtes, assistait au massacre de ses peltastes; il comprenait que toute tentative pour les secourir était inutile et n'eût servi qu'à rendre le désastre plus complet. Il fit donc sonner la retraite, et tandis que les restes de l'armée athénienne s'éloignaient à la hâte, laissant derrière eux la plainte mélancolique de leurs clairons de rappel, les Macédoniens vainqueurs entonnaient un hymne de reconnaissance aux Dieux qui les avaient protégés.
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Deux jours après ce combat qui consterna les Athéniens et fournit à Démosthènes l'occasion d'une de ses plus véhémentes harangues, les voiles blanches des trières de Philippe apparurent derrière le promontoire de Délion.
Après avoir dressé un trophée et offert un sacrifice à Zeus-Tropaïouhkos, Glaucos et ses soldats s'embarquèrent aux acclamations des matelots.
Bientôt, au son des flûtes qui rythmaient la cadence des rameurs, la petite flotte vogua vers le golfe Thermaïque, ayant pour elle les vents favorables.
Sur le promontoire voisin, le soleil couchant enveloppait de sa triomphale splendeur un petit temple d'Aphroditè-Kypris, et du haut des acrotères de marbre, la blanche statue de la déesse semblait sourire à Glaucos et Théa qui voguaient enlacés sur l'azur de leurs rêves.