‹ Athénienne, AthènesChapitre 4 sur 51 · PRÉFACE DE LA DIXIÈME ÉDITION IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA DIXIÈME ÉDITION IX

d'appeler le grand public. La splendeur du style, la profondeur de l'érudition, le génie qui reconstruit une ville détruite et ressuscite un peuple mort sont perdus pour le lecteur qu une longue éducation n'a point préparé à apprécier ce genre d'art. Ces lecteurs, presque toutes les femmes et la grande majorité des hommes, ne peuvent s'intéresser qu'au cas passionnel, à la fiction romanesque. Tour avoir négligé ce coté de son œuvre, Gustave Flaubert non seulement la vit accueillir avec une indifférence quelle ne méritait pas, mais encore il accrédita l'erreur qu'un savant seul, un savant d'une mémoire et d'une érudition toute germanique, peut entreprendre et mener à bonne fin un travail de ce genre. T)e nos jours, la critique d'un roman historique se réduit ordinairement à ces quelques lignes qui finissent par devenir monotones : (.c X..., œuvre savante et estimable — l'érudition de l'auteur est remarquable — représente un travail considérable. Ce livre intéressera les lettrés. »

L'auteur, à qui l'on n'a pas ménagé les éloges de cette espèce, croit humblement qu'il ne les a mérités en aucune façon. Il a appris le grec, un peu en traduisant les vers passionnés d'Euripide, beaucoup en causant avec les filles aux prunelles pleines de chaudes lueurs, qui promènent, le soir, leurs sonores babils mêlés d'éclats de rire autour des colonnes mélancoliques de l' Olympien. Il connaît surtout les mots

tendres et caressants que les amants se disent tout bas, ' et pour détromper ceux qui croiraient que le plaisir qu'il éprouve à les murmurer en grec est le plaisir d'un pédant, il dira sans doute quelque jour une histoire vraie et vécue; il dira comment savent aimer ces ailes passionnées, ces amantes sensuelles que brûle l'ardent soleil de la terre de Télops. c4h! oui, Je les ai bien étudiées, les brunes cAthéniennes. zMon travail de documentation a été aussi long qu'approfondi, et il ne se doutait pas à quel point Je méritais ses éloges, l'éminent critique qui écrivait : « On ne peut trop louer la consciencieuse érudition de ce Jeune savant! »

L'auteur — mesure de prudence que le lecteur voudra bien excuser — a tenu à placer les quelques remarques qui vont suivre sur l'importance qu'il convient d'accorder à l'étude de la passion dans le roman historique et sur la façon dont cette étude doit être présentée pour intéresser a la fois les diverses catégories de lecteurs, en tète d'une œuvre qui ne peut en aucune façon être considérée comme une tentative de réalisation de ses théories. Il a écrit et publié Athénienne à vingt ans, et à cet âge on s' enthousiasme plus qu'on ne raisonne. Il dit sincèrement et sans plus tarder que le roman historique, tel qu'il le rêve, reste à faire.

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