‹ Athénienne, AthènesChapitre 5 sur 51 · PRÉFACE DE LA DIXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA DIXIÈME ÉDITION

C'est une erreur commune et d'autant plus haïssable, de s'imaginer que les sujets ne doivent pas erre discutés et que l'artiste, parce qu Une doit compte à personne de sa fantaisie, mérite autant d'admiration pour avoir heureusement peint une hotte de navets que pour avoir réussi à fixer sur la toile une physionomie humaine. Sans doute, libre à lui de choisir tel sujet plutôt que tel autre, et il proportionnera, s'il est sage, son effort à la mesure de ses forces; mais le critique, lorsqu'il comparera les œuvres, aura le devoir de tenir compte de la difficulté à vaincre, et je n'hésite pas à dire qu'entre une bonne nature morte et un médiocre tableau d'histoire je préfère le second, qui me semble d'un artiste supérieur.

Vemème, ressusciter un peuple avec ses costumes, ses mœurs, les manifestations habituelles de ses sentiments, faire sortir de la poussière les objets qui lui étaient familiers, les monuments par lesquels il avait manifesté son génie, le faire revivre devant nous avec

les expressions les plus caractéristiques de sa langue, est une œuvre d'un art plus haut et plus difficile que celle qui nous fera savoir comment la petite cM'"" X... a été amenée à tromper son mari. Certes on peut faire un chef-d'œuvre sur le second sujet, — même on commence à ne plus les compter dans notre littérature, les variations toutes plus remarquables les unes que les autres sur cette éternelle histoire, — 772^/^ le travail du poète, qui comme Gautier pour zMemphis, Flaubert pour Carthage, Lytton pour Tompéi, Chateaubriand pour la Home de Dioclétien, Hugo pour le Taris de Louis XI, fait revivre devant l'imagination les glorieuses mortes du passé, me semble, comme inspiration, infiniment plus estimable.

Il ne faudrait cependant pas conclure de ce qui précède que la partie la plus intéressante du roman historique c'est le cadre dans lequel est placé le tableau, et s'imaginer que le travail d'érudition est plus important que le travail d'imagination. 'Bien au contraire. Trop souvent, les peintres d'histoire, préoccupés des mille détails du vêtement, du mobilier, du décor, de l'accessoire, oublient la physionomie humaine qui, dans l'œuvre, doit être le principe de vie et la source d'intérêt. Ils font de la nature morte. Ils oublient que la pire critique que l'on puisse faire d'un détail, c'est de répéter le « non erat hic locus » du poète latin. Écrire un roman pour les érudits c'est

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