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Se promener avec trois hommes suspendus à sa chevelure

G. — Lever un poêle ordinaire d'un bras.

7. — Ponter sur les pieds et les mains et se faire placer sur la poitrine une enclume sur laquelle deux hommes frappaient à tour de bras avec de lourds marteaux. Ou bien, encore, étant dans la même position, supporter un groupe d'hommes échafaudés les uns sur les autres.

Grenache a aussi exécuté ce tour en se plaçant la tête sur une chaise et les pieds sur une autre.

Tout intéressants que soient ces exercices, je dois ajouter qu'aucun d'eux ne suffirait pour étayer la réputation de Grenache, auprès des connaisseurs, parce qu'ils font partie de ce qu'on nomme l'athlétisme théâtral et peuvent être accomplis par des athlètes de second ordre. Les exploits suivants sont une meilleure preuve de sa force phénoménale.

Des citoyens- encore vivants de Sainte-Hélène ont vu Grenache manœuvrer seul, à la place de quatre hommes, une bille de merisier mesurant 18 pieds de longueur par 2 pieds de diamètre et pesant 2,000 livres. D'autres ont été témoins qu'il arracha un jour ime souche que plusieurs cultivateurs avaient en vain essayé de déplacer.

Quelques-uns attestent même qu'il souleva un cheval, puis une tonne de mélasse. Enfin, M. Régis Roy m'apprend qu'un jour, à Bytown, un Ecossais, nommé McDonald, voulut se mesurer avec Grenache.

C^était dans Tauberge de M. Bcaiicliamp, rue Sussex, près de la rue Saint- l^atri ce. A ces avances. Grenache répondit : " Avant de m'essayer avec toi, il faut que je voie si tu me conviens ! ^\ L'athlète, alors, se baissa, mit le dos de sa main sur le plancher et demanda à son interlocuteur de se "placer debout, très droit et rigide sur sa main ouverte. Lentement, ensuite. Grenache leva TEcossais au bout de son bras, le balança avec aise, puis le jeta à terre. Mc- Donald, en reprenant son assiette, s'offrit de payer la imite et ne parla plus de match. Une 'autre fois, dans la boutique de Thomas Brûlé, forgeron, à Bytown, il prit un quart de lard rempli de fer, Téleva au bout de ses bras et fit le tour de la pièce.

Grenache ne paraît ])as avoir été combatif ; on rapporte cependant que dans une circonstance, au cours de l'élection de l'hon. J. B. Guèvremont au (Jonseil législatif, en 1858, il tint tête vaillamment à plusieurs " bullies " de Sorel qui voulaient épeurer les électeurs. Une autre fois, il lui arriva l'aventure suivante, raconte un auteur qui signe Z. L. :

" Grenache était à l'hôtel Villeneuve, à Montréal, et causait tranquillement avec des amis.

Un fort-à-bras, de deuxième classe, bagoulard, ta- ]3ageur, demandait à se battre : venez dans la cour. Messieurs, dix ])iastres contre une, c'est bon à gagner, dix piastres en cinq minutes. Personne ne répondait.

— Vous, Monsieur, s'adressant à Grenache, vous êtes bien pris ; si ce n'est j^as un peloton de laine que vous avez à la place du cœur, avancez donc dans la cour. Et le polisson lui passa la main sous le nez.

Grenache était trop Canadien pour faire cas de ce (pi'un polisson lui disait.

LES A'IIILÈTES ('AXAJJ1EN> 12*J

Le fort-à-bras rocoinmenga sou jeu.

Grenache, alors, lui dit traiiquiliemeiil, mais je ne me suis jamais battu, moi î

— Alors, je vais ni'attacher une main derrière le dos, dit le fanfaron.

— Accepté, dit Grenache, mais donnons-nous la main pour montrer que nous sommes amis.

Le fanfaron présenta sa main à Grenache qui la saisit et la tira avec tant de force que mon gars vint tomber à genoux à ses pieds.

.Le Samson canadien, comme les Américains l'appelaient, lui passe les deux mains en arrière du dos, lui enlace les poignets dans ses doigts de fer; de SP.H deux jambes, étreint celles du matamore, puis le place sur ses genoux, lui met la main droite autour du cou en lui penchant la tête sur sa poitrine comme fait une mère qui veut endormir son bébé, et commence à chanter en le dodinant : '* Fais dodo le bébé à sa mère, fais dodo, tu boiras du lolo ''.

Le fanfaron voulut faire un effort pour se dégager; on entendit alors comme un craquement d'os et toute résistance fut finie.

Grenache ne voulut pas prolonger longtemps Thumiliation et la torture du malheureux; il le lâcha et lui demanda poliment excuse ".

Le fanfaron en avait assez, car il décampa presto.

Est-ce au cours d'un voyage professionnel aux Etats-Unis que Grenache succoml)a aux offres brillantes que lui firent les racoleurs des années nordistes, au début de la guerre de sécession, je serais tenté de le croire. Toujours est-il qu'en 1862, je constate qu'il est engagé dans l'armée américaine et que, par une ironie du soi't. la mort ne le laissa pas même se rendre sur le champ de bataille. Le 21 oc-

tobre, veille du départ des troupes dont il faisait partie, il y eut grande illinnination à Boston. Se trouvant sur un navire en rade, il grimpa dans la mâture à la suite des matelots pour juger du spectacle très joli qui se déroulait à l'horizon. Un faux mouvement lui fit perdre l'équilibre et le malheureux athlète s'écrasa sur le pont. La mort probablement ne fut pas instantanée et il dut languir de nombreux jours dans un hôpital, car autrement on ne pourrait expliquer pourquoi il ne fut inhumé que le 9 février suivant (1863), dans le cimetière de Sainte-Hélène.

Ce superbe hercule n'était âgé que de 35 ans. Il uvait six pieds de taille et pesait 200 livres en forme. Une figure aux traits réguliers, de grands yeux bleus, au regard doux et ferme, une longue chevelure blonde qui flottait sur ses épaules et lui donnait un air de Samson biblique, voiLà ce dont on se rappelle de sa ])liysionomie. La résistance de sa cage thoracique et la puissance de ses muscles abdominaux étaient tellement au-dessus de l'ordinaire qu'il en était étonné lui-même et qu'il croyait réellement avoir " double poitrine " suivant le témoignage de ses parents. Etre charpenté ])our soulever des masses énormes, se sentir assez sain et vigoureux ])our exister un siècle et mourir inopinément, à la fleur de •'âge, par suite d'un accident banal, imagine-t-on destinée plus mélancolique?

Grenache a passé comme un météore dans le ciel de l'athlétisme. Du jour au lendemain sa renommée fut immense. Après avoir ébloui se^ contemporains, il a disparu soudain en ne laissant de son passage qu'un sillon Inmineux.

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" Peu crhomineSj raconte le regretté chevalier D roi et, dans Zouaviana, ont eu une existence aussi

Joseph Taillefer.

tounnentée, aussi variée que Joseph Taillefer. Bâti comme l'Hercule Farnèse, fort comme qnatre hommes ordinaires, notre ami était d'une donceur de ca-

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ractère remarquable, rien ne lui répugnait comme d'exhiber sa force musculaire. Cependant, dans certaines occasions, il n'hésitait jDoint à faire respecter son drapeau ou son uniforme. Son aventure de Marseille est encore présente à la mémoire de tous ".

Les Zouaves Canadiens, dont Taillefer avait le commandement, se rendirent de New-York à Paris, puis de là à Marseille où ils devaient prendre le navire qui les transportait à un port peu éloigné de Rome.

" Au moment de rembar(|uement, à Marseille, du détachement des Zouaves Pontificaux pour Civita- Yecchia, le 10 mars 1868, un grou])o de Marseillais s'approcha de la tête de ligne, où MM. Georges Hughes et Charles de Cazes montaient une garde (Flionneur auprès de leur cher drapeau. Ces Marseillais sifflèrent et insultèrent ce drapeau offert aux Zouaves par les dames de Montréal.

" Le commandant Taillefer, entendant ces huées, bondit vers les insulteurs. Allongeant le bras pardessus le premier rang de ces gueux, il saisit à pleine main, par la veste et le gilet, le plus fort d'entre ces hommes et l'enlevant à bras tendu au-dessus des autres, il Fécrasa au pied du drapeau, en lui criant de sa voix de tonnerre: "A genoux, misérable! Fais amende honorable à ce drapeau, si tu tiens à ta peau ! Cet homme, un Italien assure-t-on, à moitié étranglé, balbutia des " pardona ! pardona ! Excellenza ! '■ Taillefer, Tenlevant de nouveau comme une plume, le rejeta parmi les siens, en en culbutant trois ou quatre par Fenvoi de ce projectile d'un nouveau genre. Ceci se passait en pleine ville, où grouillait une foule hostile au mouvement des Zouaves Pontificaux. Mais ce déploiement tout spontané d'un acte de force herculéenne, provoqua des applaudissements, même dans ce groii|H' ])()rté ('oiinne partout, d'ailleurs, à admirer le courage, l'béroïsnu^ (^t la grande force musculaire ",

Joseph Taillefer qui avait, en plus, le prénom de Noël, parce qu'il fut baptisé le '^5 décembre 1828, semble être l'aîné des enfants de Joseph Taillefer et de Marie-Angélique Desomiiers. Le père Taillefer était sellier et il habita longtemps cette partie de Montréal qui est devenue la paroisse Saint-Joseph.

Joseph-Xoël, ses études classiques teraiinées, se crut appelé au saint ministère et il endossa la soutane, qu'il quitta ensuite pour étudier le droit. A trente-cinq ans, le 5 septembre 1864, il était reçu avocat. .

La tradition veut qu'il ait demeuré à Sainte-Martine et qu'il ait pris une part active dans les luttes électorales d'alors.

En tout cas, on prétend, dans le comté de C'hâteauguay, qu'il avait la réputation d'être aussi bon orateur que robuste gaillard et les anciens disent qu'une fois, en face de l'église de Châteauguay, il P Vappeï à Baptiste Eufiange. un hidh/ qui avait reçu mission d'interrompre son discours et de créer du tumulte.

Piufiange préféra ne pas se frotter au musculeux avocat et il dut, en conséquence, se tenir coi.

"Après la bataille de Mentana, le 3 novembre 1867, Taillefer fut un des premiers à s'offrir pour voler à la défense du Saint-Siège. Ancien officier dans les milices canadiennes, il fut charge du commandement du premier détachement des zouaves canadiens, qui, au nombre de 135. partirent, le 18 février 1868, pour Eome. Il fut fait sergent quatre mois après son arrivée dans la ville aux sept collines, sous-lieutenant en 1869, et fut présent au siège et à la prise de Eome, le 20 septembre 18T0 ''.

Eevenu au Canada, Joseph Taillefer a été tour à tour fonctionnaire à Ottawa, officier dans le corjis expéditionnaire à la Eivière Eouge. puis député à hi rimnibre d'Assemblée du Manitoba.

134 LES ATHLÈTES L'AXADIEXS

En février 1873, il .épousa, à Fort Garrv, où il était officier de la garnison, mademoiselle Jane Mac- Dermott, fille du plus riche cito3'en du Manitoba, à cette époque, et de. ce mariage naquirent un fils et deux, filles. Il est mort à Whitewood (Qu'Appelle), \c premier juin 1897, âgé de près de 69 ans.

LES DEUX TETU

David Têtu.

Charles Têtu était, il y a près d'un demi-siècle, un des marchands les plus actifs et les plus entreprenants de Test de notre province, mais si son souvenir existe encore, il le doit plutôt à sa réputation de chasseur incomparable. Grand et fort "autant qu'un grenadier ou qu'un highlander écossais, raconte un écrivain anonyme, cet habile commerçant

loG LES ATliLKTKS CANAiniîNS

maiiiîni avec la niêiiic facilité (ju'une plurno, lui fnsil dont le caUbre était tel qu'un sou entrait clans Touverture du canon ".

Son fils, David Têtu, né à la Rivière-Ouelle en 1829, hérita do la force de son père et de sa passion pour la chasse, mais il y ajouta celle des aventures. Ce vaillant compatriote qui a, tour à tour, été trappeur, gardien de fort sur l'Ile cVAnticosti, inventeur et interprète, s'est surtout rendu fameux par la part qu'il a prise dans l'évasion de ces prisonniers politiques qui portent dans l'histoire le nom de Kaiders de Saint-Alban. Cet épisode a fait même le sujet d'un livre d'une lecture très attachante, et c'est de cet ouvrage que nous extra3'0ns la page suivante :

" David Têtu avait toutes les qualités physiques et intellectuelles qui ont fait, dans le passé, les meilleurs coureurs de bois. Une taille superbe, six pieds au moins, avec charpente osseuse et larges épaules, recouvertes de muscles de fer. Il avait des iDoignets et des jarrets d'acier.

" Il n'a jamais connu son égal pour les marches et les fatigues. Pendant qu'il était gardien d'un, des phares de l'Ile d'x\nticosti, il trouvait tout naturel d'aller veiller chez le voisin qui ne demeurait qu'à trente milles de chez lui. Ce n'est pas loin, disaitil- simplement, le bord de la mer est tout d'un beau sable fin et dur.

" En raquettes, il a toujours fait céder tous les compagnons de voyage qu'il a rencontrés.

" A ses étonnantes forces physiques, David joignait une aménité de caractère et de figure non moins étonnante. Personne n'a jamais réussi à le faire fâcher, quoi qu'on ait essayé plus d'une fois d'y parvenir. Son visage était le reflet de cette imperturbable tranquillité d'Ame. Cette sérénité rayonnait sur cbacun de ses traits à la fois réguliers et arrondis, et ])articulièremout dans ses yeux gris l)leuatre.

Li:?; A'nir.KTi:!^ caxadikn'S 1''»'^

(loiii |p regard, (ruiic iloiiceiir infiiiio.sc jHU'dait, nliis volontiers dans les lointains liorizons f|ii'halntait sa pensée qu'autour de lui. Quand il vous parlait, on aurait dit que son esprit voyageait dans les forêts ou sur les eaux et qu'il avait de la peine à le ramener à la conversation du moment.

" On reconnait bien, à ces quelques traits, les habitudes des coureurs des bois ; mais ce qui rendait David supérieur à ses devanciers, c'est qu'il était doué d'un vrai génie d'invention ''.

Et à Tappui de cette assertion, l'auteur de" David Têtu et les Eaiders de Saint- Alban " cite toute ime liste d'inventions concernant la pêche et la navigation qui dénotent l'esprit cultivé, ingénieux et observateur que possédait ce beau ts'pe de Canadien aussi habile marin que voyageur intrépide, aussi amateur de l'étude que friand de liberté, aussi doux de caractère que puissant de musculature

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