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UN NOTAIRE ATHLETE

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Un iiotairo éniinent qui dans sa virilité a été acrobate, lialtéropliile et pugiliste, tel est le personnage extraordinaire que je vais présenter.

Durant un quart de siècle, ce compatriote fut

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rânic dirigeante d"iiiic des études les plus connues de la métropole canadienne. Son intelligence brillante, ses grandes connaissances légales, et son urbanité en faisaient un notaire très écouté et très estimé.

A ses qualités intellectuelles, il réunissait une vigueur de muscles des plus remarquables, et on pourrait citer quantité de traits probants. Tous les montréalais âgés de cinquante ans et plus, par exemple, vous diront que le défunt notaire Amable Arcliambault était un leveur de poids lourds comme il s'en rencontre peu ; que sur la barre fixe, il faisait le soleil en artiste, que chez Fancien épicier Desmarteau, rue Sainte-Marie, il a été vu parfois soulevant des barils que plusieurs commis déplaçaient difficilement ; nombreux sont témoins qu'il cassait une grosse corde sans plus d'effort qu'on en fait d'ordinaire pour casser une ficelle ; qu'il tirait au crochet comme pas un ; qu'il porta seul, rue du Champ-de- Mars, le gros bout d'une poutre, Cjuand deux ouvriers avaient peine à soulever l'autre bout ; enfin, qu'il s'empara d'un policeman, le mit sous son bras comme un vulgaire paquet et le déposa contre une bornefontaine, trois rues plus loin. Ces faits suffiraient pour vous donner une idée de la solidité de ses muscles, mais laissez-moi vous dire quelques anecdotes typiques!

M. Archambault naquit tout probablement vers 1830, à Saint-Hyacinthe ; il fut admis à la pratique du notariat le 15 octobre 1851. Voulant compléter ses connaissances commerciales, il partit pour les Etats-Unis . et s'engagea dans un magasin. Archambault était bâti en colosse, et comme il ne détestait pas faire montre de sa force, à l'occasion, il acquit bientôt de la réputation. Un jour, dans le magasin où il était employé, entra un individu frêle d'apparence et de stature médiocre. Il paraissait quel-

l-iO LIW ATlluVl'KS CANADIENS

([uc [)vu (iiwvvhù, l'L apivs avoir dciiiaiHic divers articles au patron, il se mit à discuter les prix, à dire des balivernes, tant et si bien que le marchand le (piitta pour aller prier Archambault de le mettre à la porte. Confiant dans sa puissance musculaire, notre Canadien vint ordonner au turbulent de déguerpir, mais Fautre ne Tentendit pas ainsi, et (juand il vit qu' Archambault voulait l'empoigner, il se campa en boxeur et. . . une surprise se produisit. Le petit homme fit des merveilles, xivec une agilité et une adresse étonnantes, il talocha notre gros compatriote jusqu'à lui faire demander grâce. Lorsque ce bizarre client jugea que son adversaire en avait assez, il arrêta le combat et prit la parole:

— • Veuillez nr excuser, monsieur, si je me suis permis de vous malmener. Ayant appris que vous étiez Fun des hommes les plus forts de la localité, et que vous prisiez la force plus que la boxe, j'ai voulu savoir ce que vous pourriez faire contre moi qui nai cpie la moitié de votre carrure. J'ai maintenant riionneur de vous informer que je me nomme M. X . . . et que je suis professeur de pugilat. J'ouvre aujourd'hui même un gymnase dans cette ville et si vous croyez que je puis vous enseigner quelque chose, je serai heureux de vous compter au nombre de mes élèves.

La leçon était trop convaincante pour y résister. Archambault s'inscrivit immédiatement, et voilà comment il fit connaissance avec les haltères, la boxe et même l'acrobatie.

Cette histoire, M. Archambault la racontait luimême, et il ne se rappelait jamais sans attendrissement ce professeur qui recrutait ses disciples d'une façon plutôt originale.

La science de la boxe, qu'il avait acquise aux Etats-Unis, lui servit, plus tard, à Saint-Grégoire-le- (irand. Une querelle étant survenue au sujet de la

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eonimissioii scolaire entre lui et un noniiiié Auzias.... ([ui avait la réputalion d'être un " bully ". il fallut en venir aux mains. En un rien de temps le notaire démantibula si bien le " bully " que celui-ci fit arrêter son adversaire. M. Archambault subit son procès à Saint-Hyacinthe, mais plus heureux que Fhonorable Laterrière. il fut acquitté parce qu'il avait été provoqué. Comme il allait s'éloigner du tribunal, il se passa une scène typique. Xe pouvant croire tout ce qu'on avait dit au sujet de la force avec laquelle Archambault poussait un coup de poing, le ]uge le rappela pour lui demander de donner un échantillon de son savoir-faire. Pour satisfaire la justice de son pays, le notaire Archambault s'empara d'un tisonnier déposé près du gros poêle qui ornait la salle, à cette époque, et le ploya en deux en le rabattant brusquement sur son bras gauche tendu. Le juge se déclara convaincu, mais il l'aurait été davantage s'il avait été témoin, comme un vieux notaire de cette ville, du coup de poing que M. Archambault donna dans un mur, un jour. La violence du coup fut telle que plâtre, mortier et lattes furent enfoncés. On remarqua même, au fond de l'ouverture, que les lattes étaient coupées, comme si elles avaient été frappées par un instrument tranchant.

Un avocat, bien connu de Montréal, ne fait aucune difficulté d'attester que M. Archambault le prit, une fois, par la ceinture et l'envoya passer par-dessus sa tête avec autant d'aisance qu'il aurait fait d'une plume !

M. Archambault pratiqua d'abord sa profession à Xicolet. à Saint-Louis de Gonzague et à Saint-Grégoire, puis, en ISTO, vint fonder une étude à Montréal.

Tl pst, décédé dans nolrr vi1Io, le 19 ocfohre 190G, âgé de 76 ans.

Citoyen honorable, intègre et respecté, il s'est éteint entouré de l'affection des siens et regretté par tous ses clients et amis.

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