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LES DEMANGE

Lorsque les Canadiens-Français, trop à l'étroit dans leurs anciennes paroisses, voulurent s'introduire dans les cantons de l'Est, et particulièrement dans le comté de Drummond, ils eurent à se heurter contre l'outrecuidance des colons anglais qui considéraient cette partie de notre province comme la leur. Aussi, il y a soixante ans écoulés, les " townships " furent-ils le théâtre de bien des conflits de race. Heureusement, nos pères n'étaient pas hommes " à se laisser manger la laine sur le dos ", et plusieurs d'entre nos hardis pionniers surent mettre leurs concitoyens à leur place. Au nombre de ces braves qui luttèrent vaillamment, par le poing, pour faire respecter notre nationalité, l'auteur do L'Avenir, M. J. C. Saint-Amant, cite Antoine et Charles Boisvert, Zéphirin Martel, et surtout les quatre Démange: Pierre, Antoine, Edouard et Dominique.

Voici un petit fait bien connu sur Pierre Démange :

'' Il n'y a pas bien des années, il y avait des courses à l'hippodrome dte l'Avenir, sur la terre du père Bluteau, appartenant aujourd'hui à M. J. B. Lecomte.

La gardien de la barrière vit arriver M. William Montgomery, appelé "Western Bill Montgomery ", un géant de six pieds de haut, bâti en colosse, fort comme un Samson et aimant à profiter de sa force.

Western Bill entra sans payer.

Le gardien s'inclina et avertit le connétable de circonstance, M. Pierre Démange.

144 LES ATIILKTES CANADIENS

Il l'cncontra ^I. Montgomerv et lui exposa poliment les règlements de la société, qui demandaient 25 cents d'entrée.

— Je ne paie point, répondit Montgomerv.

— Si vous n'avez pas d'argent, c'est très bien, ré- })ondit M. Démange.

— J'ai de l'argent, mais je ne paie pas.

En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Western Bill était en dehors de l'hippodrome où il rentrait philosophiquement quelques minutes plus tard, en nayant cette fois-ci ".

Mais des quatre Démange le plus fameux fut sans contredit Dominique. Fils de Jean-lSTicolas Démange, ancien soldat français, il fut baptisé à Saint- Pierre de Wickham, le 16 mars 1834, et il est décédé le 9 avril 1871.

Pour donner une idée de son agilité et de sa crAnerie, laissez-moi vous citer deux anecdotes cueillies dans l'ouvrage mentionné ci-dessus :

" Un jour Bill Cross arrive en fête, il faivsait un tapage d'enfer: la figure bouleversée, les manches de chemise relevées jusqu'aux épaules, il faisait appel à tout le monde et personne n'osait relever le gant.

Cette journée-là, Dominique Démange couvrait en bardeaux la maison actuellement occupée par M. Sévère Doré.

En arrivant là, Bill Cross jette un cri d'anpel. Dominique Démange provoqué saute en bas de la maison et rebondit comme une balle de caoutchouc.

— WJiat do you want, M. Cross, dit Démange. mettant la main sur l'épaule du provocateur.

— 7 want to treai you, répond Cross en reconnaissant l'homme auquel il avait affaire ".

L'aspert de Dominique avait suffi pour lui rendre la raison et mettre fin a ses fanfaronnades.

"TTn autre jour, à Lennoxvîlle, devant cin<i cents hommes, Dominique offrit une partie de pugilat au meilleur boxeur de la foule.

Personne ne répondit, bien que, pour nargner les mineurs de l'endroit. M. Démange appelât les Durliam hoys à ime ronde de danse dont tout autre était exclu "."

•••x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x FRANÇOIS MERCIER

François Mercier.

Il y a plus (le trente ans, étant écolier et .izraïul comme ça, je me trouvais, par liasard, chez MM. les notaires Barthélémy et Kémi Bernier, qui demeuraient dans la maison portant le numéro 831 de l'ancienne rue Saint-Joseph, loi'squ'arriva un monsieur de haute stature, Tair résolu et imposant.

T^a conversation (iiii s'ens^aî^ea entre les hôtes et le

visiteur m'apprit que j'étais en présence de François Mercier, déjà célèbre par ses voyages dans la partie la plus reculée du Xord-Ouest américain. Il avait à son actif assez d'aventures pour en prêter à un personnage de Jules Verne. Je me fis si petit qu'on oublia ma présence et que je pus contempler longuement ce personnage qui pour moi était l'égal d'un être fabuleux.

Maintes fois, après cette époque, j'ai rencontré François Mercier, et toujours j'ai éprouvé ce sentiment de respect et d'admiration que les fervents du muscle ressentent en la présence d'un athlète, dans l'acception noble du mot.

François Mercier est né à Saint-Paul l'Ermite, vers 1S38. Son* père, un brave cultivateur, fut le chef d'une famille nombreuse : parmi laquelle on remarque François, Moïse. Félix, Eugène et Joseph, tous hommes solides, entreprenants et hardis, puis deux filles qui embrassèrent l'état religieux.

C'est à 18 ans que François partit pour l'Ouest américain, décidé, sinon à faire fortune, du moins, à voir du nouveau. Il se rendit à Saint-Paul, Minnesota, puis à Saint-Louis, Missouri, et là, s'enrôla, pour trois ans, dans une compagnie américaine qui devait pacifier la région comprise entre les Montagnes Eocheuses et les rives du Mississipi.

Ce territoire était habité " par des tribus belliqueuses et barbares : les Pieds-Xoirs, les Sioux, les Assiniboines, etc. Il suffisait d'être en bons termes avec l'une de ces tribus pour s'attirer la haine des autres. S'éloigner seul ou en petit nombre des divers forts où les escouades séjournaient était une imprudence souvent funeste ; on courait le risque de ne pas revenir ou de rentrer au fort sans chevelure ".

FraïK^ois Mci-cier faillit plusieurs fois toinlxd- sous k's coups des sauvages^ luais sa bonne étoile le protégeait. En voici un exemple:

- "' Les Sioux, allant un jour en guerre, eurent la pensée de faire le siège du Fort Union ; ils étaient cinq à six cents guerriers à cheval. Il y avait huit hommes dans le fort : Mercier et ses compagnons, tous décidés à vendre chèrement leur vie. Us laissèrent approcher les pirates de la prairie,* et lorsqu'ils furent assez près, ils ajustèrent leurs carabines. Huit balles partirent et huit hommes tombèrent. Les Sioux, épouvantés, s'enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux ".

Son engagement terminé il passa au Canada. En 18()8, après un séjour de deux ans- parmi les siens, il se dirigea vers San Francisco avec Tintention d'y exploiter l'industrie de la carosserie dans laquelle ses frères Félix et Joseph avaient du succès, à Montréal. Mais sa passion des aventures n'était pas encore éteinte et la vie sédentaire lui souriait peu.

Une expédition s'organisait pour le détroit de Behring et la presqu'île de l'Alaska que les Etats-Unis avaient achetée des Eusses, deux ans auparavant; il en fit partie avec son frère Moïse, Ephrem Gravel, de Saint-Martin; Michel Jjabergc, de Chateauguay ; Napoléon Robert, de Saint-Césaire et doux Américains : M. Smith et James Bern qui avaient formé la société: The Pioneer American Fur Co.

" Cette expédition avait quitté San Fvancisco, le 15 avril 1869, et elle arriva à destination le 21 juin suivant. Là, Mercier et ses compagnons construisirent un bateau qu'on appela "La Canadienne" et dont ils se servirent ])our s'aventurer sur la rivière Vukon ".

LES ATIILKTKS CANADIENS 149

Ou a cru, peudaut lougteuips, (jue Fraueois ^Icicier avait été le preuiier Canadieu à péuétrcr daus K- Yukon et l'Alaska. 11 couvient de rétablir les faits. Cet honneur revient à ^lichel Laberge qui, dès 1865, lit partie de l'expédition de la •• Western Union Telegraph. ", organisée sous les ordres du capitaine Charles S. Buckley, et qui erplora la région du Yukon. Ce Laberge, qui revint vivre à Châteauguay dès 1875, a même laissé son nom à un lac et à une rivière du lointain territoire.

Quelques années plus tard *' François Mercier allait en Europe et donnait à Paris, devant la Société de Géographie, une conférence qui eut du retentissement. Il fit alors la connaissance du célèbre géographe Elisée Eeclus qu^il intéressa vivement par ses récits et qui devint l'un de ses meilleurs amis.

'' Ce fut à la demande de l'illustre écrivain qu'il fut chargé, par la Société de Géographie de Paris,, de faire la traversée du détroit de Behring pour aller atterrir en Sibérie. Il se fit accompagner par les sauvages de l'Alaska et put accomplir avec succès sa mission. On conclut de ce fait la vraisemblance de l'hypothèse formulée depuis longtemps que les Indiens d'Amérique avaient dû émigrer de TAsie à des périodes reculées et s'en venir en Amérique par le détroit de Behring....

'' Ce fut aussi sur les instances de Mercier que le Pape envoya dans l'extrême Xord canadien Mgr Clut et Mgr Sagers. chargés tous deux de l'évangélisation des tribus indiennes. Il reçut, d'ailleurs, du Vatican, pour les services qu'il rendit aux missionnaires et l'intérêt qu'il manifesta constamment pour la religion catholique dans ces lointaines régions, une très haute distinction.

"De l'Alaska, il avait rapporté une précieuse collection de fossiles qu'il vendit au gouvernement canadien '\

♦ ii^ *

Le 12 avril 1884, les amis de M. Mercier lui présentèrent une adresse et une superbe médaille d'or à l'occasion de son départ de Montréal pour l'Alaska. 11 s'éloignait alors pour trois ans, et ce devait être son dernier voyage. A cette réunion, on remarquait les honorables J. L. Beaudrv, maire de Montréal, et J. R. Thibaudeau, sénateur ; MM. L. 0. David, avocat; H. Paradis, chef de police; H. Beaugrand, journaliste; G. R. Fabre, Dr A. C. A. Ricard, J.-B. Durocher, J. Rolland, G. Boivin, Louis Fréchette, Z. Chapleau, libraire, etc.

M. L. 0. David lut l'adresse et M. H. Beaugrand présenta la médaille d'or portant à l'avers les traditionnelles raquettes du trappeur et au revers, l'inscription: Présentée 'par ses amis, Montréal, 12 avril

"Doux et brave, grand et bien fait, liabile à la chasse, infatigable à la course, d'une force et d'une agilité remarquables", tel fut Mercier.

'T)ans un exercice au tir qui eut lieu à San Francisco, en 1869, il envoya trois balles dans le mémo trou, coup sur coup, à une distance de' trois cents verges ".

" Patient et paisible comme beaucoup d'hommes forts, il était, comme eux, terrible lorsqu'on le poussait à bout.

" On Ta vu, obligé de se défendre contre plusieurs hommes, en prendre un au bout de ses bras et le lancer, après l'avoir fait tournoyer au-dessus de sa tête, à plusieurs pas; inutile de dire que les autres ne

risquèrent plus à tenter l'épreuve. Quelques autres exploits de cette nature suffirent à assurer sa tranquillité ".

François Mercier personnifiait admirablement le trappeur, le coureur des bois et le découvreur; il a eu le courage, l'adresse, la vigueur, l'endurance, le jugement prompt et ferme, toutes qualités utiles à ceux qui sont continuellement exposés à mille dangers et qui ne doivent compter que sur eux pour en sortir avec honneur.

Il est un illustre émule de ces vaillants français qui ont parcouru l'Amérique du Xord depuis la Baie d'Hudson jusqu'au golfe du Mexique, et depuis le Labrador jusqu'à la Californie. En 1884, " il s'était avancé plus loin que tout autre explorateur sur les glaces de l'Alaska", et il éleva un fort qui porta son nom sur les bords de cette rivière Yukon devenue fameuse dès qu'on apprit que ses flots roulaient sur un lit d'or.

Ce compatriote est mort à Montréal, le 3 janvier 1906, après avoir acquis une fortune dans la fourrure.

Son frère, Moïse Mercier, qui fut son compagnon durant de longues années, lui a survécu, et il a voulu couronner dignement sa carrière en donnant une marque de dévouement à son pays.

Vers 1895, le premier, il s'établit k Sainte-Véronique, dans le nord de la province, lorsque le canton Turgeon fut ouvert à la colonisation et. aujourd'hui, à cet endroit, s'élève une riche et prospère paroisse dont il était maire en 1907.

aUELaUES ACROBATES CANADIENS-FRANÇAIS

Il est probable que Tacrobatie a l'ait son apparition au milieu de nous avec le Jardin Guilbault, une institution d'un genre tout spécial et dont la vogue, méritée d'ailleurs, fut grande, surtout entre 1842 et 1870, c'est-à-dire pendant (juc- Montréal hébergeait une nombreuse garnison de soldats anglais et qu'elle avait très peu d'endroits publics pour distraire et intéresser la foule.

Le propriétaire de ce jardin, M. J. E. Guilbault, fut un véritable Barnum qui s'ingénia, avec succès, à exhiber tout ce qui devait faire naître et satisfaire la curiosité.

Son jardin participait à la fois du musée, du parc et du cirque. Ici on voyait des végétaux rares, des collections de minéraux; là, des animaux aquatiques ou terrestres, normaux ou phénoménaux, domestiques ou sauvages, doux ou féroces, et en si grand nombre que M. Guilljault ])oiivait se vanter d'avoir la plus considérable ménagerie d'Amérique; plus loin, existaient des jeux de quilles, des jeux de palets, un fil tendu, des balançoires, des appareils do gymnase; plus loin encore, une promenade ombragée, frécjuentée par les amoureux qui n'avaient besoin que d'être en tète à tète pour goûter le bonheur.

Vers 18r)o, M. Guill)ault ajouta à son Jardin un édifice de 200 pieds de longueur par GO de largeur dans lequel il donnait. Tété, des bals, des concerts, ou des représentations acrol)ati<|ues et qu'il transformait, l'hiver, en un patinoîr spacieux. Le Jardin était ouvert tous les jours et le prix d'entrée en fut d'abord fixé h 15 sous ]-)uis, à 25 cents.

Qnols sont les montréalais d'autrefois qui n'ont pas vu le Jardin Guilbault? Plus que le Parc Sohmer ou le Parc Dominion, peut-être, il constitua, pour Montréal, une attraction dont la renommée s'étendait jusqu'aux provinces voisines, et si les citadins ne manquaient pas d'y aller pour dissiper leur ennui, les étrangers se faisaient un devoir de francliir sa barrière, s'ils avaient la prétention de visiter la métropole en détail.

En 1842 le Jardin Guilbault se trouvait sur le Coteau Saint-Louis; en 1849, il était au coin des rues A^itré et Côté; en 1851, il déménagea à la Côte des Xeiges; à partir de 1852 il occupa un terrain su- ])erbe, rue Sherbrooke, entre les rues Manee et Saint- Laurent (1) ; puis devant la marée montante des habitations nouvelles, il se retira jusqu'à, la rue Guilbault, entre les rues Saint-L^rbain et Saint-Laurent ; enfin, en 1870, M. Guilbault se transporta au Saultau-Eécollet, où il tenta de créer un jardin d'acclimatation qu'il abandonna définitivement vers 1875. (2).

Après la disparition de ce fameux lieu d'amusement on vit naître les Bonds à vélocipèdes ou vélodromes, sortes d'amphithéâtres dans lesquels existaient une arène pour les acrobates et une piste pour les courses vélocipédiques avec ces lourds appareils en bois qui ont précédé le bicycle en fer, à grande roue, puis la .bicyclette (3).

Certains de ces amphithéâtres étaient recouverts

( 1 iCoiicnrremnient au Jarrliii Guilbault. on fonda, à ppttc époque, rue Sherbrooke, près de la rue Bleury, le \'ictoria Oarden qui ne fut pas très en f veur.

(2) Après avoir amusé le public pendant un tiers de siècle, !Nr. Guilbault est mort pauvre et oublié, il n'y a pas très longtemps, âgé, de 82 ans.

(o) Les meilleurs vélocipédi^tes du temps furent ^VSl. Paquette, Favreau, Roy, Beauchamp, etc.

d'une tente, d'autres n'avaient pour toiture que le grand firmament.

Le premier vélodrome de quelque importance dut être le Rond St-Jacques, situé rue Amherst, entre les rues Mignonne (De Montigny) et Ontario. 11 avait pour propriétaires MM. J. B. Deslongchamps, Crevier, Eoy et Robert, Plus tard, un autre vélodrome fut créé par M. P. Meunier dans le village, maintenant le quartier Saint-Jean-Baptiste, entre les rues Saint-Urbain et Saint-Laurent, près de l'avenue des Pins; un troisième, propriété de M. L. Bousquet, prit place au coin de la rue Cherrier et de la rue Amherst; un quatrième, érigé par M. Beaudoin, occupa l'encoignure des rues William et Napoléon, à Sainte-Cunégonde. Celui-ci eut une existence éphémère, car après quelques représentations, les gradins s'effondrèrent, un dimanche après-midi, entraînant avec eux des centaines de spectateurs. Ceux-ci s'en tirèrent sans trop de dommages, mais l'incident avait causé une telle panique et de si nombreux commentaires que la municipalité refusa au propriétaire le permis de reconstruire. (1).

Tous ces lieux d'amusements réclamaient des acrobates. Où les trouver? Les relations avec les Etats- Unis n'étaient pas aussi faciles qu'aujourd'hui ; les agences d'engagements ne devaient pas être bien or-

(1) A ces vélodromes succédèrent le Parc Sohmer, coin des rues Notre-Dame et Panet, que dirifïèrent longtemps MM.Lavigneet Lajoie.etle Parc Royal. <lont les propriétaires furent MM. J.-B. Deslongchamps, F. Poirier et J. Bessetto. Ce dernier Parc longeait la rue Mont-Ro^-al et s'étendait de la rue St-André K la ruo Dnfferin. Tl avait une piste pour course îl bicvolotte. et une piste pour courses de chevaux ; et c'est Ifl qu'on inaugura des courses le soir, ft la lumière électrique.

ganisées; d'ailleurs, il semblait peu possible de payer la forte somme aux artistes américains. Il fallait donc avoir recours aux talents locaux, s'il y en avait. Heureusement, la demande appelle l'offre. Dès qu'on sut que des acrobates pouvaient toucher un salaire, il se forma des artistes.

Les uns apprirent leur métier au gymnase de M. J. E. Guilbault ; d'autres travaillèrent à domicile ; d'autres, enfin, fréquentèrent diverses écoles de gymnastique, dont une fut fameuse; celle de M. Barnjum. Quel était cet homme? Frederick S. Barnjum, selon quelques-uns, était un ancien soldat anglais ; d'après de vieux documents, je constate qu'il s'établit à Montréal vers 1858 et qu'il s'intitulait artiste. Artiste en quoi? peut-être en acrobatie. En tout cas, on le voit, durant l'année 1863, avec un groupe de jeunes Anglais du meilleur monde, fonder le Montréal Gymnastic Club dont il fut immédiatement le secrétaire et l'instructeur. Ce g\'mnase contribua l)eaucoup à la propagation de la g>Tnnastique, aux agrès et à la formation de nos athlètes, et Barnjum qui adoptait déjà le titre de professeur de " culture physique " devait être un excellent éducateur, car il a laissé un grand nombre d'adeptes et de disciples qui lui ont fait honneur. Ce gymnase se trouvait au Xo 19 de la rue Université, tout près de l'Institut Fraser, et il exista jusqu'en 1889.

Fn autre g^innase, qui porta le nom de Montréal Gi/n7nasiuw, fut fondé en 1868 et fut englobé par la M. A. A. A. Vers la même époque, un boxeur africain, Wm. Eichardson, avait aussi une académie de boxe et de g;\innastique dans l'édifice Xordheimer. et il y organisait des séances de boxe et d'acrobatie.

Parmi les acrobates qui ont brillé durant cette période, on cite Louis Durand. ISTed Saucier, très bel 6 ' ]

LES ATnLETP:S CANADIENS

athlète, devenu machiniste de théâtre et parti pour la Nouvelle-Orléans, croit-on; les frères Guilbault, fils du propriétaire du Jardin Guilbault (l'un de ces frères, nommé Georges, trouva la mort, sous les yeux de son père, en exécutant son numéro) ; Alphonse Brault qui succomba à la tuberculose, en Italie, après avoir joué aux Etats-Unis, en Australie et en Europe; Ignace Brault, frère du précédent, mort des suites d'un accident dans un ascenseur du Monument

Albert Lahaie

National, il y a peu d'années; Albert Lahaie, trapéziste, qui se tua, au cours d'une performance, à Minneapolis, Minn. ; les Leroux; Jos. Bourré, Albert Tourville, les frères Trudeau, Théodore Bélanger, Pierre Del orme, Jos. Deslauriers, etc.. mais entre tous ces artistes, aucun, peut-être, à l'exception de Louis Durand dont je ])arlc spécialement à la tin de cet article, n'eut une plus grande renommée à Montréal que les Leroux, parce qu'ils furent des artistes consciencieux, et parce que de frère en frère, de cousin en cousin, ils occupèrent l'attention du public pendant une (luinzaine d'années.

Ces Ijcroux portent les prénoms de Alphonse, Wilbrod et Charles, trois frères, puis Anthime et Ferdinand, deux frères aussi, mais cousins des précédents. Ils étaient si favorablement connus que d'autres acrobates prirent leur nom pour bénéficier de leur popularité. A titre documentaire, J^ai réuni quelques notes sur ces athlètes dont les générations actuelles ont à peine entendu parler.

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