‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 28 sur 44 · AFFICHE · texte numérisé non relu

AFFICHE

DAVID MICHATJD

MirnAVD.

Plusieurs de nos compatriotes qui s^v connaissent

n'était que canonmer, c est vrai, mais qut nier !

Pesant 208 livres, et mesurant près de six pieds; avec une tête bien modelée, ponctuée de deux yeux bleus tranquilles; avec des muscles superbes, saillant à la moindre contraction, aux bras, aux épaules, à la poitrine, au dos, aux jambes ; avec une carrure bien proportionnée à sa taille, Michaud avait l'apparence d'une statue classique. S'il avait ménagé sa santé et développé sa force scientifiquement, avec régularité, à la Sandow ou à la Hackenschmidt, il aurait sans doute atteint les sommets de la renommée, car le peu qu'il a laissé voir de sa puissance physique laisse supposer qu'il avait en lui l'étoffe d'un recordman de premier ordre.

Que de prouesses étonnantes n'a-t-il pas accomplies à la citadelle de Québec, nous disait récemment un des plus hauts officiers de la milice canadienne, il y en aurait pour remplir un volume, mais voilà, on ne songe pas dans le moment à les noter. Ce n'est que plus tard, dans le recul des années, qu'on comprend la valeur historique de ces faits insignifiants, mais tout est oublié.

David Michaud naquit à Kamouraska, le 15 juillet 1856. Il fut d'abord agriculteur, comme son père, mais, à vingt-deux ans, il se crut la vocation militaire et s'enrôla dans la Batterie B. Il servit de 1878 à 1883, s'exhiba ensuite pendant quelques années, s'enrôla de nouveau en 1887, et dit un adieu définitif à la milice en 1890. Durant son deuxième terme il faisait partie de la compagnie du capitaine Oscar C. Pelletier^ aujourd'hui lientenant-colonel d'état-major, de qui je tiens plusieurs renseignements intéressants.

Aucun homme, paraît-il, n'avait une plus sincère admiration pour Michaud que le général Strange, ce sympathique soldat saxon, dont l'amitié pour les

Canadiens-Français s'est manifestée de bien des manières. Ce qui émerveillait surtout le général anglais, c'était Taisance sans égale avec laquelle le Canadien maniait sa lourde carabine. Celle-ci ne semblait qu'un manche à balai dans les mains du colosse. Aussi, il fallait voir Michaud présenter les armes à un supérieur lorsqu'il était en faction à la porte de la citadelle. Ce spectacle avait tout particulièrement le don d'enthousiasmer le général et souvent, il retourna sur ses pas pour franchir le seuil de l'enceinte de nouveau en disant au factionnaire : " Give me another one, Michaud ". Le général Strange continuait alors sa route en murmurant: ^'^Vhat a man"!

Un des exploits qui valurent à Michaud les plus chaudes félicitations fut celui-ci: Il y avait concours entre la Batterie A et la Batterie B. Entre autres exercices, il s'agissait de démonter et de remonter un canon dans le plus court espace de temps possible. Au moment où l'équipe de la Batterie B se préparait à replacer le canon on s'aperçut que l'affût n'était pas en bonne position. Que faire? Le temps nécessaire pour corriger cette erreur était si long que cela signifiait la défaite de la Batterie B. Mais Michaud était là. Il prend sa course, soulève seul l'arrière-partie de l'affût et le retourne. Et malgré ce contretemps son équipe fut victorieuse. On juge de l'effet que produisit im tel effort musculaire. Cet exploit est d'autant plus surprenant que Michaud avait accompli, là, une tâche qu'on confie d'ordinaire à deux hommes munis d'anspects, car un affût pèse 1568 livres.

A la Citadelle, la force de Michaud était si bien admise qu'on diminuait toujours le nombre d'hommes lorsqu'il faisait partie d'une équipe. Ainsi pour manœuvrer un canon de 6,496 livres on emploie 19 hommes, avec Michaud présent. 18 homme? travail-

laieiit à l'aise. Dans la manœuvre avec palan, sur les remparts, il était reconnu qu'il valait quatre hommes.

A l'encontre des autres athlètes, loin d'augmenter en force avec l'âge viril, Michaud déclina. Ses amis ■déclarent qu'il était plus fort avant 30 ans qu'après. Les quatre années qu'il passa dans l'athlétisme professionnel ou théâtral, entre 1883 et 1887, furent désastreuses pour lui: il gaspilla le trésor de force qu'il possédait.

Le 25 août 1884, dans la salle de l'Institut Canadien, à Montréal, Michaud rencontra Gus. Lambert dans un match aux poids et en lutte. Michaud fut vainqueur dans le premier cas, mais vaincu dans le second. Il convient d'ajouter qu'il connaissait très peu la lutte.

- En 1885, le 17 mars, on lui fit rencontrer Louis Cyr, à Québec. Le match était pour le titre de champion d'Amérique et il avait lieu dans la salle Jacques-Cartier. Cyr avait alors 23 ans et Michaud 29. Ce dernier ne répondit pas aux espérances de ses. admirateurs et Cyr l'emporta par 390 livres sur le total.

Tout de même, Michaud fit une belle performance, car il dévissa 228 livres du bras droit et souleva 3,200 livres sur le dos.

Au cours des exhibitions qu'il donna dans la province, Michaud attirait surtout l'attention par des exercices qui ne sont pas du domaine de la force pure et simple; par exemple, il cassait des cailloux avec son poing et se faisait briser une pierre sur la poitrine. Ces tours qui émerveillent toujours le public sont accomplis coinmnnément en Europe, même par des femmes. Cela ne diminue en rien la force réelle que Michaud possédait, mais n'ajoute rien non plus à son mérite.

Pour tout le monde, durant sa grande popularité, David Michaud ne porta pas d'autre nom que " Baby Michaud ". D'où lui vint ce prénom bizarre ? Etaitce un sobriquet d'enfance ou une innocente plaisanterie ayant rapport, par contraste, à sa taille superbe, ou bien le dut-il à son attitude pacifique ? Personne ne le sait, peut-être, mais ce qu'on n'ignore pas c'est qu'il était d'un caractère doux et bon, si bon et si doux même que ses amis s'irritaient, parfois, de le voir attendre trop longtemps pour se fâcher. Ce fait n'est pas nouveau, la douceur et la force voyagent souvent de compagnie.

De 1890 à 1905, je perds la trace de Michaud. Que devint-il,- que fit-il ? Y a-t-il intérêt à le savoir. Peut-être que non.

Au mois d'août 1905, le Soleil informait ses lecteurs que " Baby Michaud " venait de mourir à Vancouver, et à ce propos il ajoutait :

" La mort de ce Samson canadien, survenue, diton, soudainement, nous rappelle une anecdote piquante de sa vie, qui obtint un riche succès dans le temps.

Michaud, on s'en souvient, était un militaire de profession.

Un jour, après avoir terminé son service dans la garnison de Québec, il lui prit fantaisie de s'enrôler, comme volontaire, au camp de plaisance qui se tenait à Saint-Joseph de Lévis, c'était un sujet précieux, car il dépassait, de toute la tête, les plus grands pious-pious de tous les régiments; mais, la difficulté était de trouver un uniforme dans les arsenaux de Sa Majesté qui pût convenir à la taille du géant. Tout alla bien jusqu'à l'inspection, mais le général allait venir, il fallait, coûte que coûte, entrer dans la plus

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vaste tunique rouge du régiment; le gros drap d'alors ne prêtait guère à l'extension comme nos serges d'aujourd'hui, et ce fut, on le conçoit, avec des difficultés inouïes, qu'il put entrer dans l'uniforme. Les épaules basses, la poitrine rentrée, le dos- rond, il tâchait de dissimuler sa colossale stature pour échapper à l'œil scrutateur de l'officier inspecteur, quand ce dernier l'aperçut et le fit sortir des rancis.

SHno;Ié coinnu' un clicNal de course, Micliaud n'en menait pas large.

— Est-ce ])icn là, lui cria le général (rini ion rogne, l'attitude (\\w votre ca])itaine vous a enseigné de tenir dans les rangs?

Allons, cambrez-vous, m\\\v tonnerres !

— Pardon, mon général, peux pas, lit Micliaud,

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essayant de se redresser, mais reprenant son attitude chien de fusil^ en sentant tout craquer.

— Tonnerre de tonnerre ! cria le général, perdant patience.

Mais Féclair avait jailli en même temps que le tonnerre et, comme un nuage trop gonflé qui crève, son enveloppe trop légère, la tunique en gros drap rouge laissa apparaître deux énormes fentes, pareilles à des cratères de volcans et, dans les ouvertures, une peau velue faisant irruption.

Le général abasourdi piqua des deux avec emportement, passant comme une trombe devant les régiments en ligne, pendant que le tambour battait aux champs, et que Michaud, la tête haute, cette fois, dominant tout, réintégrait les rangs, fier d'avoir fait à lui seul les frais de l'inspection '^

Pauvre Michaud, mort obscurément, à 49 ans, à l'autre bout du Canada! la nature Tavait pourtant doué d'une santé et d'une puissance qui auraient pu lui rapporter honneur et richesse. Hélas ! il ne sut pas résister aux attraits des plaisirs qui s'offrent en si grande abondance aux hommes extraordinaires.

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