‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 30 sur 44 · SA JEUNESSE · texte numérisé non relu

SA JEUNESSE

Louis Cyr.

Le dix octobre 18G3, naissait, à Saiut-Cvprien de Napierville, iin enfant dont les exploits mùseulaires devaient attirer l'attention du monde (>ntier. Cet

LES ATHLÈTES C VXADIEXS 193

i-iifanl Mvail nom Louis Cyr (1), et il était iils (rinini- Mcs ciiitivaU'urs. Son père était d'une force hicii ordinaire^ mais sa mère possédait une robustesse peu commune, même chez un représentant du sexe masculin.

Cyr grandit dans la région que Grenache avait le plus fréquentée et où ses moindres exploits étaient journellement cités ainsi que ceux des nombTeux hercules des environs de Saint-Hyacinthe. Frappé de ces propos, et hanté de l'idée qu'il avait hérité des qualités physiques de sa mère, il commença, dès son enfance, à rêver gloire et fortune, et à s'habituer à manier des poids lourds. Il avait une douzaine d'années au plus lorsqu'il se fabriqua une sorte d'haltère avec une barre de fer et deux bûches de bois. Tous les jours il s'exerçait avec cet agrès primitif, et lorsqu'il s'apercevait qu'il le soulevait facilement, il enfonçait des clous et des fiches dans les bûches pour les alourdir. Sa force surliumaine est donc autant le résultat d'un entraînement tenace et patient que l'effet de l'hérédité.

Cyr avait quinze ans quand sa famille émigra aux Etats-Unis, vers 1877, et ce déplacement servit beaucoup son ambition comme on va voir. Il passait, un jour, dans une rue de Lowell, Mass., lorsqu'il vit une foule occupée à regarder des forts-à-bras qui tâ-

(1) Je crois devoir signaler que Louis est un prénom qui lui il été donné par ses parents, on ne sait pourquoi, car dans l'acte de baptême il n'en est pas question, comme le témoigne l'extrait officiel suivant: "Le onze octobre mil huit cent soixante- trois, nous, soussigné, curé de Saint Cyprien, avons baptisé Cyprien-Xoé. né hier, du légitime mariage de Pierre Cyr, cultivateur, et de Philomène Berger, de cette paroisse. Le parrain a été Léon Berger ; la marraine Euphrosine Gérard, qui n'ont su signer. Le père a signé avec nous. (Signé) Pierre Cyr ; Frs ]Morrison, Ptre. Curé. Vraie copie, Saint-Cyprien, 11 septembre 1907, Tassé, Ptre.

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cliaiont de soulever une grosse pièee de bois. (1 ) Qnel- (ju^un avait parié que jx'rsonne ne pouvait mettre cette bilJe sur son épaule et pareourii- ensuite une distance de vingt-cinq pieds. Plusieurs essayaient sans réussir. Cyr se présenta et, au grand ébahi ssement du public, qui n'en pouvait croire ses yeux, il accomplit le tour de force du premier coup. C'était un beau succès pour un adolescent de seize ans, aussi les sportsmen présents l'engagèrent-ils à fréquente ile gymnase de Lowell.

Peu après, il donna une perfonnance dans un ba-" zar au profit d'une œuvre de charité et les journaux vantèrent beaucoup ces premiers essais.

Cyr se maria à dix-neuf ans et commença presqu'aussitôt à s'exhiber dans les centres canadiensfrançais des Etats-Unis. Vers 1883, il entreprit une tournée dans la province du Nouveau-Brunswick, qui eut quelque retentissement, surtout par Taventure suivante. A Moncton, petite ville industrielle située à la tête de la navigation sur la rivière Petitcodiac, il reçut de la part du capitaine Beers, un défi qui intéressa toute la population. Le marin, un géant de six pieds et demi, réellement fort, s'était fait une spécialité d'enlever, sur ses épaules, une ancre de navire pesant 700 livres et il paria $50 que le jeune Cyr était incapable de faire ce tour de force. N"otre compatriote accepta le pari avec empressement, et au jour convenu, sur le pont du navire mouillé devant la ville, en présence des centaines de spectateurs accourus de partout, Cyr souleva l'ancre tel que spécifié, puis il invita en plus, l'énorme capitaine à monter sur ses épaules et portant l'ancre et le marin, il fit le tour du pont. Cette prouesse provoqua beaucoup d'enthousiasme, et Beers pi-oclama partout (|ue Cyr était un phénomène.

C'est à l'issu de cette tournée que G us. Lambert

(1) D'autres rapportent que (•'.'•tait un fiU en pior

re

LKS A'I'IILÈTES CANADIENS Wo

invita Cyr à venir résider à Montréal. Ensemble, il se produisirent dans les milieux sportifs, puis, le 17 mars 1885. un match était arrangé, à Québec, avec David Michaud pour le championnat de force d'Amérique. Les exercices imposés furent les suivants : dévisser un haltère d'une main ; jeter une l)arre à sphère des deux bras et enlever un fardeau sur les épaules. Cyr fut vainqueur par 390 livres.

Un mois après son retour dans la métropole, Cyr obtint un engagement dans le corps de police de Sainte-Cunégonde qu'on venait justement de réorganiser. Faute d'une direction énergique et d'agents de police compétents, Sainte-Cunégonde, municipalité alors indépendante de Montréal, était impuissante à réprimer les désordres qui se commettaient chaque jour dans ses limites. L'endroit avait même acquis une triste réputation et les paisibles citoyens voulaient tenter l'impossible pour faire cesser cet état de chose, si préjudiciable à leurs intérêts.

M. Joseph Page avait été nommé chef, et comme Cyr arrivait avec une réputation extraordinaire, il fut enrôlé immédiatement. Ses camarades étaient David Young. surnommé l'homme à la mâchoire de fer, Charles Proulx. Joseph Beau soleil et Nelson Yermette.

Jamais je n'oublierai le spectacle qu'offrirent les rues de Sainte-Cunégonde lorsque Louis Cyr fit ses premières rondes dans la petite ville. On avait éveillé la curiosité des citoyens en racontant des faits étonnants sur ce policier, et chacun avait hâte de contempler l'athlète sans pareil qui devait ramener la tranquillité dans la banlieue tapageuse-

Cyr n'avait que 22 ans. Sa jeunesse jointe à un air de mansuétude qu'accentuaient des yeux bleus, et une ronde ilgure resplendissante de santé, ne lui donnaient pas une apparence bien terrible, mais il se singularisait par une belle taille, un poids de 240 livres et une longue chevelure blonde, flottant sur

SOS massives épaules. Très tôt, il donna des ])reuves de sa superbe puissance musculaire.

Un jour, rue Notre-Dame, entre les rues Vinet et Dominion, un tombereau lourdement chargé vint en collision avec une autre voiture. Une roue du tombereau quitta Pessieu et le pesant véhicule s'écrasa. Eien n'était brisé, mais pour remettre Fessieu en place, il fallait décharger le toml)ereau, et la perspective de cette longue besogne enrageait le charretier. Quelle tempête d'injures ! Quel vacarme ! Toutes les expressions pittoresques du vocaliulaire défilaient pour l'amusement des badauds. Voyant un rassemblement, le policeman Cyr s'approcha. Mis au courant de Tincident, il voulut raccommoder les choses. Il ordonne au charretier malheureux de relever sa roue et de la mettre en position, puis saisissant le côté du véhicule qui touchait au sol, il le souleva à la hauteur du moyeu. Tout fut réparé en un clin-d'œil.

Parfois il n'appelait pas la voiture de patrouille pour transporter ses prisonniers. Il les cueillait sous SCS l)ras et les portait au poste, comme des paquets de chiffon, deux à la fois.

Il avait rassemblé au ])oste ses poids et ses haltères, et chaque jour il travaillait. Son haltère de deux cents livres qu'il enlevait d'une main excitait beaucoup la curiosité, et nombre de gens venaient assister à. ses exercices. Une fois, un spectateur lui demanda s'il tirait bien au poignet. Cyr lui répondit qu'il n'avait jamais essayé. Le spectateur lui ]n-oposa alors un pari. Cyr accepta et triompha aisément, mais son adversaire plein de i)rétentions, ne voulut pas s'avouer vaincu et il insulta gravement le formidable athlète. Irrité, Cyr em])()igna le grossier personnage et le lança dans la casorni» dc^s ]iom])es à incendie, avec une tclh' force <|uc les assistants redoutèrent un niallicui'. On trouva l'individu engagé

SOUS un dévidoir d'où on eut mille peines à le sortir. L'affaire n'eut pas de suites, mais Cyr fut admonesté et prié de ne plus se faire justice lui-même.

Depuis son entrée dans la police, les roughs de Sainte-Cunégonde s'étaient tenus cois, mais ils guettaient une occasion de se débarrasser de ce gêneur. Le 23 septembre 1885, Cyr, Young, Proulx et Yermette revenaient au poste, vers midi, lorsque cinq intrépides desperadoes leur lancèrent des pierres. Cyr et Proulx foncèrent sur les assaillants, mais ils furent blessés tous deux. Le premier reçut une pierre à la tempe gauche et le second fut mis hors de combat d'un coup de hache au front. Cyr réussit toutefois à capturer le chef de la bande et deux autres furent arrêtés, quelques heures plus tard, par les agents de police de Saint-Henri. Ces trois redoutables roughs furent condamnés à sept ans de pénitencier.

L^n mois après, Cyr passait rue Bonaventure, aujourd'hui Saint-Jacques, tout à coup une hache lancée on ne sait d'oii ni par qui, l'effleura presque et s'enfonça devant lui dans le trottoir. Jugeant qu'il était inutile de rester plus longtemps parmi des gens qui attentaient à, sa vie lâchement, il retourna au poste, enleva son costume et offrit sa démission, laquelle fut acceptée le 10 novembre 1885.

Lors de son départ les citoyens lui présentèrent une médaille d'or.

Les RECORDS de Louis Cyr

Quelques mois après avoir abandonné l'uniforme de gardien de la paix, Cyr voulut imiter Gus. Lambert et devenir propriétaire d'une hôtellerie sportive. Comme il n'en existait pas à l'ouest de Montréal, il décida de s'installer dans Sainte-Cunégonde, théâtre de ses récentes aventures.

Deux années durant, on put le voir courtiser la

fortune au moyen d'un cabaret et d'un gymnase qui eurent une grande vogue de curiosité, mais Cyr se fatigua de ce genre de vie! Il n'était pas dans son élément derrière un comptoir de bar. D'ailleurs, un secret pressentiment l'avertissait qu'il ne réaliserait pas ainsi les grandes ambitions qu'il avait formées depuis longtemps. Il céda donc son hôtellerie et commença une série de tournées qui le menèrent rapidement à la plus grande notoriété et lui valurent, avec tous les lauriers qu'un athlète puisse rêver, une très belle aisance.

Je ne le suivrai pas dans ses voyages; je me contenterai de noter, seulement, la longue suite d'exploits prodigieux et sans exemple qu'il accomplit dans cette période glorieuse de son existence.

En 1888, le premier octobre, au cours d'une exliibition, à Berthierville, P. Q., notre compatriote établit son premier record en soulevant une plate-forme chargée de 3,536 livres de fer en gueuse. Pour exécuter ce genre d'exercice, dans lequel il a toujours excellé par plusieurs centaines de livres sur tous ses concurrents, Cyr se plaçait simplement sous la plateforme dans une attitude penchée, les mains appuyées sur un tabouret. Il n'a jamais employé d'autres accessoires.

Cette même année, lors de son passage à Ti-oy et à Cohoes, N'.-Y., les Canadiens-Français de ces villes lui présentèrent une médaille.

Le 2 novembre 1889, à Saint-Henri de Montréal, il épaula d'ime main, à droite, en plusieurs temps, 265 livres et poussa cet énorme poids perpendiculairement au-dessus de sa tête.

Avant cet exploit, la" société Saint- Jean-Baptiste lui avait présenté une superbe ceinture.

Le 21 noveml)re 1890, A Montréal, il jette à bout de bras, au-dessus de sa tête, un haltère de 109 livres, vingt-sept fois consécutivement.

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Lé •') décembre suivant, à Xew-York, il soulève d'un doigt, un poids de 490 livres.

Le 2S juin 1891, à Montréal, il appuie un baril de ciment pesant 314 livres contre son genou et le charge sur son épaule droite d'un bras.

Le 20 septembre, même année, au Parc Soîimer de Montréal, il résiste contre quatre chevaux pesant 1,000 livres chacun et tirant sur lui en sens inverse, deux à gauche et deux à droite.

C'est à la fin de cette année que Eichard K. Fox, le sportsman millionnaire et l'éditeur fameux de la Police Gazette, prit Louis Cyr sous sa direction et offrit une bourse de $1,000 et plus à quiconque pourrait lever les mêmes poids que son favori. Xe trouvant personne pour faire un match en Amérique, Fox et Cyr traversèrent l'Atlantique. D'immenses affiches annoncèrent l'arrivée de l'athlète canadienfrançais dans la capitale de l'empire britannique et du monde sportif.

Un grand nombre de célébrités athlétiques se trouvaient à Londres dans le moment. Pour prouver sa supériorité sans conteste immédiatement, Cyr offrit d'établir, le même soir, sept records nouveaux- Cet événement eut un succès colossal. Aussi, le 19 janvier 1892, l'Aquarium Hall de Londres était-elle bondée de spectateurs. Quinze mille personnes avaient trouvé place dans l'immense salle pour être témoins d'un fait qui ne s'était jamais vu et qui ne Se verra peut-être plus.

Afin de donner toute la garantie possible, un jury d'hommes forts fut chargé de peser les poids en présence des représentants des clubs athlétiques de Londres, et notre compatriote commença son étonnante performance.

1 — Haltère de 27314- livres, épaulé de la main droite, avec arrêt sur la cuisse, puis dévissé.

2 — Barre de 301 livres, enlevée de terre à deux

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mains, épaulée d'un seul mouvement, correctement, et jetée au-dessus de la tête.

3 — A la volée d'une main, à droite, puis à gauche, 174 livres.

4 — Haltère de 1041/4 livres tenu à bras tendu, puis ramené à l'épaule.

5 ~ Baril de ciment pesant 314 livres, chargé sur l'épaule d'une main, sans l'aide des genoux.

6 — Poids de 551 livres soulevé par un doigt.

7 — Plate-forme chargée de 3655 livres, soulevée avec le dos.

La réussite de tous ces exercices provoqua un enthousiasme délirant et à l'issue de la performance les spectateurs firent à l'hercule une ovation qu'il ne peut se rappeler sans émotion. Notre compatriote séjourna vingt semaines à Londres. Chaque soir, M. Fox offrait sa bourse de $1,000 à qui pourrait faire mieux que Cyr, et $100 à celui qui pourrait soulever d'un main l'haltère que Cyr dévissait à chaque représentation.

Pour ces représentations, Cyr se servait d'un haltère de 250 livres seulement, mais la tige avait 1% pouce de -diamètre, soit environ 51/4 pouces de circonférence. Or, il paraît, que pour ceux qui ne sont pas habitués à saisir une tige de ce diamètre, cela équivalait presque à soulever 800 livres. Dans toute la carrière de Cyr, un seul homme a pu gagner la récompense offerte et cet homme est un Canadien- Français nommé Thérien. Il demeurait alors dans l'Etat du Michigan et avait la réputation d'être le champion de cette partie du pays. (1)

A Londres, Cyr fut bientôt en relation avec tous les sportsmen les plus distingués. On l'admirait non

(1) M, Thérien est iiuiintenant citoyen de Lachute. et il doit avoir 40 ans aujourd'lmi. Entre autres exploits il soulevait seul un rail par le milieu et chargeait un baril de ciment sur un express.

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seuloment pour sa l'orce exceptionnelle, mais encore l»arce qu'il était un causeur agréable, maniant l'anglais aussi facilement que le français. Si mes renseignements sont exacts, Cyr parut successivement à l'Alhambra, sous le patronage du Trince de (lalles, au Westminster Eoyal Aquarium, au Tivoli, au South London Crystal Talace et au Trocadero. Après Londres, où il séjourna cinq mois, il parut dans la plupart des villes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande; il poussa même une pointe jusqu'en Alleniagne. Son grand regret, c'est de n'avoir pu se faire connaître en France, mais son imprésario n'avait pas compris la patrie de nos aïeux dans son itinéraire et il ne voulut pas revenir sur sa décision. Cyr resta vingt-trois mois, outre- Atlantique.

De retour en Amérique, en 1894, le roi des hommes forts fit une tournée triomphale au Canada et aux Etats-Unis. A Toronto, il re^ut une magnifique canne; à Montréal, les citoyens lui offrirent une médaille évaluée à $400 :(1) bref, il ne compte plus les trophées et les souvenirs qui lui furent présentés.

Mais Cyr n'avait pas fini d'établir des records. Le 27 mai 1895, à Boston, il enleva avec son dos une plate-forme sur laquelle se tenaient 18 hommes. corpulents dont le poids total s'élevait à 4,300 livres.

Le 7 mai 1896, à Chicago, dans la salle Saint- Louis, en présence de mille spectateurs, Louis Cyr s'adjugea une autre série de records dont l'authenticité est soutenue par une déclaration faite devant le notaire L. Lévy, par MM. les abbés Bourassa et Ouimet, MM. les docteurs F. A. Magnv et L. J. Demers, MM. W. Marchessault et John Murphy. Voici ces records :

l La volée à droite et à gauche, 188i/> livres.

(1) Ce fut le ^Nlaire J. McShane qui hii remit cette médaille, au Tare Koyal, en présence d'une foule considérable.

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2 — Dévissé à gauche, épaiiloment d'une inaiu, 158 1/> livres.

3 — Bras tendu à droite, 131^/4. J/haltère fut maiijtenu 5 secondes puis ramené lentement à l'él)aule.

4 — Bras tendu double (dit croix de fer), 971/4 livres à droite et 88 livres à gauche.

5 — Jeté à droite, 36 fois successivement, 102Vi> livres.

6 — Soulevé d\m doigt, 5521/2 livres.

7 — Soulevé des deux bras, 189714 livres. (1)

8 — Soulevé d'une main, 987 livres.

9 — Baril de sable et eau, de 433 livres, chargé sur l'épaule du bras droit, sans l'aide des genoux.

10. — Résister pendant 55 secondes contre quatre chevaux pesant 1200 livres chacun.

11 — Jeté à deux bras, 347 livres.

Quelques-uns de ces records ont été mis en doute par des professionnels, cependant, comme tous ceux que nous avons cités, ils ont été reproduits dans le Clipper Annual de 1897 et ils n'ont jamais été attaqués publiquement.

Vers 1897, on publia, aux Etats-Unis qu'un nommé Patrick McCarthy de Saint-Louis, Mo., venait de s'adjuger deux records stupéfiants. Cet hercule inconnu avait, disait-on, enlevé avec son dos, 6,370 livres; ensuite après s'être mis im fardeau de 2,700 livres sur les épaules, il avait monté un escalier de huit marches. Ces performances dépassaient tellement les bornes de la vraisemblance <<ue Cyr s'en émut et voulut démontrer leur fausseté immédiatement. Il se rendit à Saint-Louis, bien résolu à provoquer le recordman américain, mais après plusieurs jours de recherches. Cyr revint liredouille. ])ers()nne

(1) Le record de J. W. Keniiody, olianipion df la Police. Gazette, ébiit de 1200 livres.

LES ATHLETES CANADIENS

n'ayant pu lui fournir le plus mince renseignement sur le leveur de poids fantastiques qui. n'a existé — tous les athlètes s'accordent à le dire — que dans l'imagination de quelque farceur yankee.

La famille C'yr

Pierre Cyr.

Il est certain que Louis Cyr tient sa puissance prodigieuse de sa mère. Celle-ci se nommait Pliilomène Berger dit Yéronneau et elle était issue d'une famille renommée pour sa force. Elle mesurait 5

piods, 10 ponces de haut, et bien qu'elle fût plutôt uiaigre, elle pesait 245 livres. C'est vous dire que sa charpente osseuse et ses muscles étaient extraordinaires. Beaucoup plus vigoureuse que son mari, elle prenait souvent sa place lorsqu'il fallait soulever un fardeau. Ainsi, quand le père Cyr arrivait du village avec un baril de farine, c'était sa femme qui ])renait le baril dans ses bras et le montait au grenier. Plusieurs fois, on la vit déplacer, en les saisissant par les brancards, des charrettes à foin, très lourdes.

Pendant que son mari était aubergiste à Sainte- Cunégonde, ce qui eut lieu, je crois, après que Louis eut cédé son l-Otellerie, il arriva, un soir, que cinq ou six individus voulurent faire du train. Le père Cyr essaya de les apaiser, mais ils ne voulurent rien entendre; ils menaçaient même de lui faire un mauvais parti lorsque la mère Cyr s'avança. La terrible femme n'y alla pas de main morte. Elle empoigna les tapageurs au hasard et, en une minute tous étaient dehors, ébahis d'avoir été si promptement expulsés d'un endroit où ils se croyaient maîtres.

Le frère de Louis, Pierre Cyr, qui demeure maintenant à Saint-Hughes, est aussi un athlète remarquable pour son poids qui est de 154 livres. Vers 1885, au Parc Sohmer, il prit part à un championnat de force, catégorie des poids moyens, et il sortit vainqueur entre des concurrents tels que Poitevin, Miller, Robillard, Simard et Kegimbal.

Sa fille Eosanna promet de soutenir l'honneur du nom. A 13 ans, elle a soulevé d'un doigt 185 livres, d'une main 325 livres, et, des deux mains 565 livres. Elle jette 72 livres à droite. Appréciant son travail, un journal américain disait en 1906 :

" Enfant très modeste, bien éduquée, on ne la croirait pas capable, bien qu'elle soit d'un physique robuste, de lever des ])oids qui feraient l'orgueil d'hommes dans la force de l'âge.

LES ATHLÈTES CANADIEXR 20..

"Pour développer la soui^lesse des muscles elle a 1-habitude de prendre des exercices tous les jours au moven de deul haltères de 28 livres, un dans chaque main, qu'elle lève au-dessus de sa tête, plusieurs fois de suite, sans éprouver le moindre ettort .

Madame Hélirt, de Sainte-Hélène de Bagot, sœur de Louis et de Pierre, possède une force exceptionnelle. Un seul fait le démontrera: elle enlevé avec facilité un sac de sel de 2.50 livres et le porte dans

ses bras. , -r • r>( -PoU Aa

Emiliana, fille unique de Louis Cyr, a tait de l'athlétisme théâtral avec son père et «a mère entre Fâ^e de six ans et de neuf ans. Elle obtenait alois un ioli succès. Son numéro se composait des exercices suivants: soulevé d^m doigt, 125 livres ; soulevé, des deux mains, 450 livres: jeté a droite, 60 Ime.. \ neuf ans, elle dit adieu à la carrière pour entrer au couvent, puis ses études terminées, elle a épouse M le docteur Aumond. On dit qu'elle a conserve sa* vigueur et qu'elle pourrait encore au30urdhui, acconTplir des exploits qui étonneraient.

LES MENSURATIONS DE LoUIS CyR

M Cvr a toujours été un type de colosse niassif. A quinze ans, il pesait 100 livres, à vi^ngt 240 livres dans sa plus grande vigueur et pendant qu il était en forme, 285 livres: plus tard, son poids s éleva a 365 livres. ' Au reste, voici quelles étaient ses mensurations, il y a une dizaine d'années :

Taille: 5 pieds, lOi/, pouces.

Cou: 23 pouces.

Poitrine: 58yo pouces.

Biceps droit: 221/2 pouces.

Biceps gauche: 19^4 pouces.

Avant-bras: ISy^ pouces.

Abdomen: 54 pouces.

Cuisse: 28^4 pouces. •

Mollet: 23 pouces.

20C} LES AÏIU.ÈTKS CANADIEXS

Son poids énorme n'étomiora personne lorsqu'on saura qu'il mangeait comme Pantagruel. Sa nourriture consistait surtout en lard salé, en soupe aux pois, en œufs, en crêpes et en pain. Dans un seul repas, il engloutissait deux ou trois assiettées de de soupe, trois ou quatre livres de viande, etc., et il faisait quatre repas par jour. Il croyait, avec tout le monde, que plus l'on force, plus il faut d'aliments, mais comme cela n'est vrai que dans une certaine mesure, il s'aperçut, sur le tard, que ce régime minait sa santé et Fafîaiblissait. Il y a cinq ou six ans, il retrancha la viande et le pain de ses menus, réduisit son alimentation et adopta un régime de lait et de légumes qui lui fit du bien. Cependant, en 1906, l'obésité avait reparu et il eut une attaque d'hydropisie qui mit ses jours en danger. Son gendre, M. le docteur Aumond, le soumit alors à un traitement qui l'a ramené à la vie. Actuellement (1907), M. Cyr paraît bien portant et tous ses parents, ses amis et ses admirateurs font des vœux pour qu'il se conserve de longues années encore.

M. Cyr ^ de la prédilection pour la pipe, mais il ne fait aucun usage de liqueurs alcooliques depuis l'âge de 23 ans. Auparavant, il avait ])ris un ven-e de temps à autre.

LES RENCONTRES DE LoTTS CyR

Durant les vingt-huit ans (|u'il a été dans l'arène, Louis Cyr a renconti'é quantité d'adversaires, et parmi les plus connus, je mentionnerai David Michaud, Dan Sullivan, Sébastien Miller, W. Johnson, le suédois, Eonaldo et Hector Décarie. Sauf dans le match avec ce dernier, toutes ces rencontres se sont faites à l'addition du nombre de livres et Cyr a toujours triomphé; son soulevé avec le dos lui assurant aisément la victoire. Avec Hector Décarie, il accepta un nouveau* mode d'addition. Cyr et Décarie

LEn AJliLKTJ> ( ANADIKNS 207

exécutaient quatre exercices chacun, et lorsque l'un des adversaires ne pouvait faire Texercice de l'autre, celui-ci comptait un point. Il arriva ce que plusieurs avaient prévu. Décarie ne put exécuter les exercices de Cyr, et Cyr ne put exécuter les exercices de Décarie. Chacun des concurrents compta quatre points et le match fut déclaré nul. Si Ton eut procédé par l'addition des livre^^. le résultat eut été celuici : Cyr 3545 livres y compris le soulevé du dos, et Décarie, 129T1/2 livres en lui accordant 755 livres ])our un dévissé de 15] livres fait cinq fois consécutivement.

Quatre mille personnes furent témoins de cette rencontre qui ne parut pas donner satisfaction.

COXCLUSIOX

Connue il n'y a que les médiocrités (|ui ne sont ))as discutées, Louis Cyr. par sa prééminence dans le monde athlétique, devait, inévitablement, mériter l'honneur de la critique et celle-ci ne lui a pas été ménagée. Tous les hommes à système l'ont attaqué. Les uns lui ont reproché sa lourdeur et ses formes enveloppées; les autres, son entraînement exclusif aux gros poids ; celui-ci, sa nourriture : celui-là, sa façon de lever les poids, que sais-je enfin.

Vue seule chose lui est restée: c'est qu'il a hol et bien été "1-e champion à peu près incontesté de la force humaine " (1) et ce titre suffit à sa gloire.

Eetiré dans sa magnifique demeure de Saint-Jean de Matha. oii il coule une existence agréable et aisée.

( l ) Le mot est de G. Strehly ; on le trouvera dans ini article intitulé V Esthétique de la gymnastique paru dans VEducation phi/sique de Paris, année 1902 et reproduit dans La Culture Physique de Paris, année 1906. M. Strehly qui était un athlète et nn écrivain français très renseigné est mort en novembre 1906.

208 LES ATHLETES CANADIENS

au sein de sa famille, le Eoi des poids lourds suit toujours avec intérêt les événements sportifs du monde entier. Son rêve serait de voir un Canadien- Français lui succéder, car il croit en bon patriote, (]ue sa race est supérieure physiquement aux autres. Souhaitons que ce rêve devienne une réalité.

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