‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 35 sur 44 · HORACE BARRE · texte numérisé non relu

HORACE BARRE

Horace Barré.

Le plus imposant cle nos hommes forts est sans contredit Horace Barré. Plus grand que Cyr, il est moins obèse et mieux proportionné. Kn le voyant dans la rue ou sur la sceno, vous avez Fini pression immédiate d'être en présence de quelqu'un dont la puissance musculaire est exceptionnelle. Tour vous

donner une idée de sa splendide charpente, j'ai recueilli ses mensurations, et les voici :

Stature: o pieds^ lli/, pouces.

Cou: 21 pouces.

Poitrine : 53 pouces.

Biceps droit: 20 pouces.

Avant-bras: I714 pouces.

Mollet: 22 pouces.

Poids en forme: 275 livres.

Horace Barré est né à Saint-Henri de Montréal, le 26 mars 1872, il n'a donc que trente-sept ans, autrement dit, il est dans la plénitude de sa vigueur

physique, et s'il se rencontrait un imprésario pour le produire en Europe, il acquerrait vite la célébrité.

Barré a toujours été fort. A quatorze ans, il travaillait déjà aux usines du chemin de fer du Grand Tronc, près du pont Victoria. Il faisait partie d'une équipe dont un nommé Taillon était le contremaître. Quoique tout jeune, il exécutait' les travaux d'un homme robuste et même, parfois, il accomplissait des exploits qui auraient fait honneur à plus d'un fort-à-bras. C'est ainsi que des témoins l'ont vu soulever seul, par le milieu, un rail de trente-deux ])ieds, pesant 675 li^Tes.

Ses camarades d'alors racontent volontiers qu'un jour, le contremaître Taillon envoya le jeune Horace avec un manœuvre charroyer des dormants en lorry, sorte de wagonnet plat, sur lequel on place vingtcinq dormants. Le tout fomie un poids énonne, et

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deux hoi^mes ordinaires poussent le wagonnet sans trop de facilité. Les deux ouvriers étaient à l'œu\Te lorsqu'ils entendirent le sifflet d'une locomotive ! Le compagnon de Barré, tout excité, ne songea pas aux conséquences et prit la fuite. Plus maître de lui, Barré voulut au moins essayer d'éviter une catastrophe. Confiant dans sa force, il se met Tépaule sous le bord du wagonnet, fait un effort inouï, et renverse le lourd véhicule dans le fossé. La voie était à peine libre qu'un train spécial passa à toute vitesse. Que de voyageurs, ce jour-là, durent la vie, sans Favoir jamais su, à cet enfant héroïque et, . . . musculeux.

A cette époque, Louis Cyr tenait une hôtellerie et un gymnase, à Sainte-Cunégonde de Montréal. Sympathique aux forts, il voulut voir l'enfant prodige et l'aider à se développer. Bientôt, Barré parut sur les planches, dans les représentations périodiques qui se donnaient dans ce local, et j'eus l'occasion de lui voir faire ses premières prouesses, lesquelles n'étaient pas à dédaigner.

Depuis, Barré n'a pas cessé de faire des poids. Il parut un peu partout, mais ce n'est qu'en 1895 qu'il arrivât à la grande notoriété, en faisant une tournée avec la troupe de vaudeville " Flying Jordan ". L'année suivante, il fit partie de la " Sheridan City Sports Burlesque Company " et, enpSO?! il produisit, avec Louis Cyr, un numéro extraordinaire dans le cirque des Ringling Bros, puis dans le cirque llobertson. Ce numéro se composait de phisicurs exercices, entre autres, les suivants:

LES ATHLETES r'AXADTENS

Barré dévoloppait à deux iiiain> uno Itarro à deux sphères creuses, contenant un lioinmc chacune. Cyr

ffOfcA«BA«»fe

dévissait à droite une barre à sphères, contenant deux dames ; ensemble, les deux colosses enlevaient de terre, d'une main chacun, une plate-forme sur la- (luelle douze liommes étaient assis, puis, sur leurs

D'après une affiche.

épaules, ils soulevaient une plus grande plate-forme sur laquelle on avait placé trente spectateurs. Leur

numéro fit fureur. Passant à New- York, cette mêiuo année, Bari'é fut iuvlté par AUua a vîsi|fOr s^p p^yninase situé dans le plus rielie quartier de la métropole américaine. Notre ( oui patriote ne mano|ua pas d'ac- *cepter cette gracie usr in\ itation, car AUua est iTn pei-sonnagc dans le monde ""ITc' Tai IiI'h isine. ÇTë&L même un des grands maîtres de la culinri- t^h^'sigue s! en vogu<' aujourdlmi. On sait qu'en inventant^ au comnieneeinent du XlAe siècle, Uli ijyt^lëhie de gymnastique sans agrès qui a régénère la rticië BUëfïïïfee, l'immortel Ling désiraîrsïïrtoUt créer une mêfïT(Tde d'exercices hygiéniques. Attila a VA11 1 u a,l']er p^us lom. l*i-enant pour base les mouvements trouvés par Xing, il codifia un système d'entraîneuient avec poids iég^ers* (jui permet, à tous, d'atteindre un plus giaiid et im plus beau développement musculaire^, il j. |/<'^s" HATT\ svstèmes ont du jton et c'est à eux que l'on doit le «éveil contenip()rain de l'éducation piiys"îqïTê' I .«Mirs^ auteurs ont donc droit à la reconnaissance des hvgîénistes et des admirateurs de la beauté plastique.

Mais je reviens à Barré. Attila ne voulut pas le laisser partir sans lui faire exécuter quelques exploits et notre compatriote se prêta à la fantaisie du maître. Il épaula des deux mains et dévissa 278 livres à droite, puis il se fit placer sur les épaules 1270 livres en poids et en haltères, et avec ce fardeau incroyable il marcha dix pas. Jamais Attila n'avait vu performance plus stupéfiante. Quant à Barré, il avoue avoir ressenti en cette circonstances des sen-

(1) Il n'est peut-être pas inopportiui de si^nal(^v ici que Suiulow et Desboimet qui ont popuhui-^f la (ultiui' pljysiqiie, le premier eu Angleterre, le second vu l'ian.r. sont tous Jeux des élèves d'Attila. Sandow a nii.diiic la nîêthode du maître en inventant le-> liaUère> à if>><ul>. lîesbonnot lui a ajouté l'entraîntMiuMil aux ])ouls moyens et aux poids louidi avec intercalaiion d exer* îêes a mains libres'~ët de mouvements respira toixes.

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sations qui lui font croire f|U-il avait le vertige, car il lui semblait, à chaque pas, que le plancher enfonçait et que les murs de l'édifice se rapprochaient sur lui.

Dans la ville de Sherbrooke, en l'an 1898, au cours d'une représentation donnée par le cirque de Louis Cyr, il souleva, avec son dos, en appuyant les mains sur un tabouret, une plate-forme sur laquelle se trouvaient dix-neuf hommes et pesant, en total, 3890 livres.

L'année 1899 vit Barré rencontrer Eonaldo, un athlète allemand qui réclamait le championnat du monde. L'épreuve eut lieu au Parc Sohmer. Chaque concurrent devait exécuter cinq exercices, le vainqueur étant celui qui enlèverait le plus grand nombre de livres. Barré gagna le match par seize livres, mais il aurait fait beaucoup mieux s'il n'avait pas voulu ménager ses forces.

En novembre 1906, Barré a fait des exercices qui ont attiré sur lui l'attention des haltérophiles. Dans le gymnase de Tremblay, le champion de la lutte libre, il a tenu 70 livres à bras tendu, il a épaulé à l'allemande, puis a jeté, à deux bras, une barre de 347 livres, enfin il a développé 158 livres à droite (position militaire), ce qui est mieux que le record de Yictorius, en France.

Toujours en 1906, au Parc Sohmer, il a développé, à deux mains j une barre de 288 livres, épaulée à l'allemande; il a jeté trois fois consécutivement à deux mains une barre de 306 livres, puis il a jeté simultanément, à droite, 138 livres et à gauche 136 livres. Cet exploit bat le record français, croit-on. Kares sont les hommes qui peuvent donner des preuves d'une force aussi surprenante.

Barré suit un régime sévère depuis quatre ans. Il ne fait que deux repas (dont un de viande) par jour,

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et ne prend aucune liqueur alcoolique. Sa santé est excellente et il aimerait ])eaucoup pouvoir établir ses records ofiiciellement.

Il y a plus de deux ans, il lança un défi aux hommes forts, offrant de rencontrer tout venant aux exercices suivants :

1 — Développer à deux bras une barre à sphères.

2 — Jeter à deux bras une barre à sphères.

3 — Jeter deux haltères séparés.

Cyr et Décarie seniblèrent vouloir relever le défi, et un sportsman bien connu offrit de parier $500 en faveur de Barré, mais aucune entente ne put être obtenue et Barré attend.

Cyr, Barré et Décarie sont certainement nos trois plus forts compatriotes de Theure actuelle. Chacun d'eux peut accomplir des exploits que les deux autres ne peuvent égaler et tous trois réclament le championnat. Comme ils se trouvent spécialisés, consciemment ou inconsciemment, la (juestion de supériorité est difficile à résoudre.

Sans doute, Louis Cyr a plus de records à son actif, sans doute, Hector Décarie n^a pas encore dit son dernier mot, mais Barré n'a jamais eu l'occasion de montrer la limite, de sa force.

Le fait que M. Cyr lui a repris le titre de champion du monde qu'il lui avait abandonné vers 1900, pour le donner à un autre, ne diminue pas la valeur de Barré. Personne ne peut lui enlever sa vigueur prodigieuse, et pour les fervents des poids et haltères. Barré reste quand même dans cetle catégorie spéciale (pi'on a nommée avec raison les surathlètes.

p. s. — Au moment où ce volume va sous presse, MM. Barré ot Déoarie se sont rencontrés dans un match double : aux points et a la livre. Tel que prévu, le résultat a été nul, puisque Barré a obtenu le plus grand nombre de livres et Décarie le plus grand nombre de points. Les choses en sont donc au même point qu'auparavant.

ETIENNE DESMARTEAU

^ÊÊÊÊÊÊk

[ K>^lt

Etienne Desmarteau.

Le 30 octobre 1905, la nouvelle se répandit partout qu'Etienne Desmarteau avait succombé, la veille, à la fièvre typhoïde, et ce fut un émoi dans le monde sportif, comme dans les cercles policiers. Même, à Touverture du tribunal municipal, le Recorder Weir, avant d'entendre les causes du jour, crut devoir

adresser ces paroles aux agents de police présents: "Je veux vous dire que je partage, aujourd'hui, le chagrin que vous ressentez tous par la mort de votre camarade, le constable Desmarteau. J^ai appris la malheureuse nouvelle, ce matin, et je vous ai demandé de vous lever pendant que je vous adresse la parole, par respect pour sa mémoire. Le constable Desmarteau m'a toujours frappé par ses manières douces et tranquilles, quoique cependant, lorsqu'il s'agissait de faire son devoir, il fût brave comme un lion. Il a fait honneur à ses camarades dans plusieurs concours athlétiques. Vous étiez tous fiers de lui, et cependant vous savez avec quelle modestie il recevait tous les compliments. Que son amour du devoir soit un exemple pour tous. Je le répète, je regrette sa mort prématurée ".

Celui auquel un juge anglais rendait un tel hommage, était un de nos compatriotes et un athlète qui avait figuré avec éclat dans des joutes sportives internationales.

Admis dans la police de Montréal, le 27 mars 1901, à l'âge de 2S ans, Etienne Desmarteau se classait bientôt au premier rang, entre des hommes aussi peu ordinaires que son frère Zacharie Desmarteau, que les Deschamps, les Bergeron, les Bélanger, les Massicotte, les Ménard, les Gravel et les Campeau. Ses exploits, dans les divers exercices auxquels se livrent les gardiens de la paix, tenaient du prodige, et dans les tournois, on était sûr, avec cet athlète, que l'honneur des policemen de la métropole du Canada n'avait rien à craindre. Toujours Etienne se maintenait à la hauteur de la confiance que ses camarades plaçaient en lui, et toujours il sortait avec une moisson de lauriers, des multiples épreuves dans lesquelles ou l'engageait.

En 1903, sa renommée franchit les Ijornes de cette province, car il prit part au tournoi athlétique de Toronto et remporta sur ses nombreux émules les cinq premiers prix suivants: lancé du poids de 56 livres en hauteur ; lancé du poids de 16 livres ; lancé du "caber'' ; lancé du marteau de 16 livres ; lancé du poids de 56 livres en longueur. (1)

C'est à la suite de cet événement que se place une anecdote racontée par " Un Témoin - ' dans un journal quotidien de l'époque.

"Le capitaine Frank Love de la caserne de police Xo 5, rue Chenneville, Montréal, avait accompagné Desmarteau dans cette tournée triomphale et chantait orgueilleusement, à qui voulait l'entendre, les prouesses du modeste champion.

M. Pat. Flanagan, hôtelier de Toronto, avait assisté au tournoi et il projetait de jouer un petit tour au canuck montréalais. Flanagan connaissait la valeur d'un bon athlète, car il avait souvent vu son illustre frère, l'ex-champion du monde. John Flanagan de Xew-York, vaincre tous les concurrents qui s'étaient présentés dans la même arène que lui. Desmarteau excepté, naturellement.

" Il proposa donc un petit concours au capitaine Love. Il existait alors, à Toronto, un . nommé O'Eourke, un Irlandais, qui passait pour invincible comme lanceur du poids de cinquante-six livres en hauteur. L'affaire fut vite arrangée et Flanagan envoya un cartel à Desmarteau au nom de O'Eourke et un autre cartel à O'Eourke au nom de Desmarteau. Bien entendu, les deux athlètes n'avaient jamais entendu parler de l'affaire, La réception du cartel les laissa dans une perplexité facile à compren-

(1) A ce même concours, un autre Canadien-Français, 0. H. Latrémouille. remporta six premiers prix et un second, dans les courses et les sauts.

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drc, mais l)icn décidés tous deux à vaincre ou mourir, ils se rendirent au lieu désigné par le cartel dans une vaste cour qui longeait l'arrière de l'hôtel de M. Flanagan.

" Un poteau de dix-huit pieds avait été dressé dans cette cour, et supportait une petite plate-forme fixée à une hauteur de quatorze pieds, six pouces du sol.

" Les poids de Desmarteau avaient été apportés dans la cour, et, lorsque les deux adversaires vinrent échanger la poignée de main des vrais sportsmen, tout était prêt pour la joute. Le frère du champion canadien, Zacharie Desmarteau, avait, lui aussi, tenu à partager le concours et s'était rendu à l'endroit de la rencontre avec le capitaine Love.

" Au premier lancé, chacun des trois concurrents atteignit la plate-fonne. On la monta alors à une hauteur de quinze pieds, ce qui devenait un véritable record. A cette hauteur phénoménale, Zacharie Desmarteau manque le but par un cheveu, mais le champion et son digne antagoniste décrochèrent encore la timbale. Six pouces furent ajoutés aux quinze pieds, et O'Eourke et Desmarteau atteignirent la planche avec un bruit mat d'une force herculéenne.

" Les paris commencèrent à s'engager de part et d'autres, entre les spectateurs émerveillés de ce combat de géants. L'inspecteur Starke, le sergent Mc- Farland et les constables Eoss et Me Arthur, tous athlètes excellents de Toronto, penchaient un peu en faveur de leur concitoyen, mais la victoire allait sans doute échoir à Desmarteau si un malencontreux accident n'eut pas interromjiu cette intéressante rencontre.

" La plate-fonne planait maintenant à une hauteur de quinze ])icds, six pouces, mais le ca])itaine la fit encore hausser de six pouces, ce qui la pla(^ait à seize pieds.

O'Kourke a^■ail la première chance. 11 prit un ma-

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gnifiqiic l)alancement do la lourde masse entre ses jambes et, dans une tension suprême de ses muscles brachiaux et rénaux, il donna son contre-coup vigoureux au manche du poids pour l'envover décorer la plate-forme qui se balançait mollement en Fair. La poignée en acier se brisa sous l'effort et le championnat ne fut pas décidé.

" Ce fut un petit banquet intime qui régla la dispute, et les deux concurrents et leurs admirateurs se séparèrent avec le plus grand respect. Desmarteau, sans avoir trouvé son maître, avait rencontré un vaillant lutteur. Sans être indiscret, nous pourrions ajouter que le capitaine Love n'était pas étranger à la falsification des cartels et l'on s'amusa ferme, ce soir-là, à l'hôtel Flanagan "•

Lors des jeux ohnipiques qui prirent place pendant l'exposition universelle de Saint-Louis. Mo., la *' Montréal Amateur Athletic Association " voulut donner à notre compatriote une occasion de se distinguer, et pour cela le comprit au nombre des athlètes qu'elle envoyait là-bas pour la représenter. Desmarteau étonna l'univers. Dans le lancement des poids, à la joie indicible de ses amis et de tous les Canadiens sans distinction d'origine, il écarta tous ses rivaux et conquit facilement le championnat du monde.

En 1905, au tournoi de la police, à Montréal, il lança, en hauteur, le poids de 56 livres, à 15 pieds. 9 pouces, battant le record de 15 pieds 6% pouces détenu depuis longtemps par John S. Mitchell, de Xew-York. En longueur, il fit 39 pieds à Valleyfield, battant encore l'autre record de Mitchell, qui était de 38 pieds, 5 pouces.

Ce superbe athlète se préjjarait pour d'autres événements et il promettait de s'adjuger plusieurs autres records, lorsqu'il succomba, le 29 octobre 1905, après deux mois de maladie. Il n'avait que 32 ans.

Grande, on le conçoit, était la popularité de ce bon géant, dans tout le Canada; il n'y a donc pas lieu d'être surpris si sa mort prématurée a fourni le sujet de bien des commentaires.

Les^a^gathiques et les contempteurs de Feffort muscuIaTre donne rêïïrTiTtrc cours ;i leur kame contre Tes exercices, et Ton entend H i oj^éter, â 1 envi, que les athlètes meurent jeunes, pai-cc que la culiure pkysrque et les sports sont plus pei-niciciix que TihàcticJn. "^'"Toilà une renrraine contre ]a(|Uelle il faudrait elre anné, cai- elle l'enaît i)(jrio(li(|iiement et cause un tort .considérable à notre race.

Tout d'abord, il est bon de savoir que les sports et la culture physique ne sont pas une même chose. T.a culture physique a pour but de développer normalement le corps humain ■;«,£] '^ ^^ ^ho,.^|^P g,-,^^ mettre {ousTes muselés en valeur et à établir un fonctionne mem lia rinonieiix des organes: elle ne vise à aucune supériorité et demande que chacun ne dépasse pas

ses moyens. On peut done fain> de la culture physique sans pratiquer les sports; mais on ne devrait jamais s'adonner aux sports sans avoir connu la cultifre physique rationnelle et .fefeiôiiii^ue7

*T1 est vrai (pic plusieurs athlètes meurent jeunes, de surmenage, d'imprudeiK;e, ou d'alcoolisme, mais il ne s'en suit pas que le sport soit mauvais en soi, pour cela! Des milliers de personnes rendent l'ame parce qu'elles se sont trop gorgées de nourriture, doit-on cesser de manger? Des centaines disent adieu à la vie, par suite de sunnenage intellectuel, doit-on cesser d'étudier? TsTon, n'est-ce pas? L'homme doit mesurer la quantité de son travail intellectuel et physique à ses forces, mais ceci ne veut pas dire qu'il ne pourra les augmenter ni rien faire pour les conserver.

L'animosité des sédentaires, des gloutons et de quelques intellectuels pour les exercices du corps n'a

pas sa raison d'être, car on sait, depuis les temps les plus reculés, que le travail musculaire est nécessaire, et que les sports suivis modérément peuvent avoir une importance hygiénique.

Le directeur d'une université américaine a eu ridée de savoir quel était l'état de santé des vieux athlètes, et il a pu constater que tous ceux qui font une vie régulière et qui ne cessent pas de faire de l'exercice, conservent leur vigueur jusqu'à un âge très avancé. Et je pourrais citer à l'appui de cette assertion: Jean Mace, boxeur anglais, champion du monde entre 1860 et 1872. qui était aussi agile à 74 ans que dans sa virilité ; Mark Ail, un " pedestrian " fameux d'Angleterre, faisant une marche de 600 milles à 79 ans, pour un pari ; le docteur F. J. Furniv'al, médecm londonnien, célébrant le 82ème anniversrjre de sa naissance en parcourant à la rame, sur la Tami«;e, me distance de 14 milles; un autre médecin de LcLdres, M. C. T. Harris, accomplissant une étape de mille milles en bicyclette, à l'âge de 78 ans : Edward P. ""lA eston, septuagénaire, qui a parcouru, en 1006, la distance qui sépare Philadelphie de Xew- York (96 milles) en 23 heures, 36 minutes, abaissant son propre record, établi quarante-trois ans auparavant; mais combien d'autres faudrait-il nommer?

Xon, les sports ne tuent pas et Desmarteau serait encore vivant s'il avait écouté ceux qui lui conseillaient de se ménager et de s'entraîner méthodiquement, car notre compatriote a évidemment succombé à une fièvre de surmenage qui selon plusieurs auteurs est identique à la fièvre typhoïde.

Tout homme giii a r1pa flptii-.nrlpR t^pppifllpg et qui est T)îen développé, peut aspirer à briller au premier

rano" si le cœur lui en dit. mais il doit obéir aux îoTs de rt/ntraîneiiient : nul individu ne pouvant fourriÎT iriipunéiiient \v ■ "^'"TiïïîrTrTîr nn p^ii^^i"^ ' sans uur préparation judicieuse et un grand souci de Hivffiène.

11 est iiiallieurcux (\\\o DcsniMi'icaii nous ait (juittés ^i tôt, car, pai ses aptitudes eu tous genres, il jetait sur notre nationalité un lustre véritable, et Ton ])()uvait espérer qu'un jour, les Canadiens-Français donneraient à ce grand athlète, un beau et durable témoignage de l'estime qu'ils lui portaient.

Le destin ne l'a pas permis, mais sa mémoire nous reste et les admirateurs du muscle la conserveront.

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