‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 36 sur 44 · A. JOIE · texte numérisé non relu

A. JOIE

Avant (le parler de ce " sportsman " dont le nom est anjourd'lmi connu dans les plus hnmbles hameaux d'Amérique, disons nn mot du jeu dont il a fait sa carrière. Vous ne savez sans doute pas qu'aux Etats-Unis, le l)ase-l)all est non seulement

considéré comme un sport national, mais encore comme une dos j^rincipales industries de la grande répubiij^ue !■" Voici pourquoi: Il y a chez nos voisins deux grandes ligues et trente ligues régionales oi'liciellement reconnues. Ces ligues emploient plus de 4,000 joueurs, auxquels elles payent au delà de $2,000,000 en salaires, annuellement. Si vous ajoutez à cela Farmée innombrable des administrateurs, vendeurs de billets, contrôleurs, '^ umpires ", etc., puis des fabricants et marchands de costumes, balles, battes, gants, masques, etc., vous aurez une faible idée de Timportance d'un sport qui fait changer de mains des millions, chaque année.

Eh bien î dans cette organisation formidable, le joueur le plus estimé du public et de ses compagnons, celui, de plus, qui en est reconnu, sans conteste, comme le champion, c'est un Canadien-Français d'origine. Napoléon Lajoie, surnommé Larry par les fans.

Ce merveilleux athlète est né à Woonsocket, R. I., le 5 septembre 1875, et c'est dans cette ville qu'il apprit le jeu qui devait le rendre célèbre. Il le pratiqua d'abord en amateur, prolitant des loisirs que lui procurait son emploi de cocher. A dix-neuf ans, pendant qu'il faisait partie d'un des meilleurs clubs indépendants du Ehode-Island, il attira l'attention de Charles Marston, et celui-ci l'engagea au printemps de 1896.

Ce premier engagement '^ a été signé sur le dos d'une enveloppe, et il était stipulé que Lajoie recevrait $100 par mois ". Voici comment Marston luimême a raconté cet incident. " En 1896 j'étais gérant du club de Fall River de la " New England League ''. et j'entrai, un jour avec Selee, gérant des Boston National dans le bureau du rédacteur du sport du Boston Herald. Là se trouvaient quelques joueurs de base-bail, parmi lescpiels Woodstock, qui fut pendant un temps l'étoile dos pitohers à l'université Brown.

"Je connais un bon frappeur, dit Woodstock. Je ne sais pas son nom, mais c'est un grand " Frenchnian'', qui demeure à Woonsocket. Je me crois un l)on pitclier, mais je n'ai pas une balle qui puisse lui échapper et qu'il ne puisse envover au champ ''.

" Je décidai aussitôt de m'adjoindre Lajoie. Selee tenta bien de me dissuader, mais rien n'y fit. Le lendemain matin j'étais à Woonsocket. Je ne connaissais pas encore le nom de celui que je cherchais, -ie m'informai à la gare, sans succès. Je m'adressai ensuite à un bureau de journal. Là non plus on ne le connaissait pas. Finalement, en désespoir de cause, j'allai dans un restaurant où je dis que je cherchais un grand " Frenchman " qui pouvait f rap- ])er une balle à un mille. On m'informa que ce ne pouvait être autre que Larry Lajoie. Je me rendis alors à l'endroit où Lajoie travaillait et l'engageai. Comme je n'avais pas emporté de fonnule de contrat, l'engagement fut signé sur le dos d'une enveloppe ordinaire. C'est sur ce bout de papier qu'a été signé le premier engagement du plus grand joueur de basel)all de l'univers, de celui qui aujourd'hui gagne à ce jeu des sommes fabuleuses ."

Jusqu'à cet engagement, Lajoie avait été " catcher ", mais son battage extraordinaire en faisait un homme trop précieux pour le maintenir dans cette position, on lui assigna le champ où il se distingua immédiatement.. Sa réputation de "batteur sans pareil '', comme on aime à le désigner, là-bas, se répandit bientôt et quelques mois plus tard, à la mi-été • le 1896, Billy Xash, gérant du club de Philadelphie. de la Xational League, l'amena avec lui. Le club de Fall-Eiver fut, dit-on, très heureux de se débarrasser de Lajoie, parce qu'il lui faisait perdre trop de balles ''U frappant par-dessus la clôture. Dans le Philalelphie, on le plaça au premier but, position qu'il n'avait jamais occupée. Il s'en acquitta à merveille.

On le changea plusieurs fois de position, et, dans chacune il montra une telle habileté qu'on le regarda bientôt comme un prodige.

De là il passa au club Philadelphia Athletic de Ti^merican League (1901), et c'est au cours de cette année qu'il se plaça pour la première fois à la tête des frappeurs du monde entier, honneur qui lui est échu quatre autres fois depuis.

En 1902, il s'engagea au Cleveland Club, à raison de $80,000 pour quatre ans, et depuis bon an, mal an, il gagne environ $12,000 par année, plus que le traitement d'un lieutenant-gouverneur de province-

L'arrivée de Lajoie dans le club Cleveland transforma cette organisation. Toujours à la queue jusque là, elle prit la tête, et toujours en déficit, elle fit de l'argent. Trois ans après, Lajoie fut élevé à la fois, aux postes de gérant et de gardien du second but, du Cleveland. Depuis, il a marché de succès en succès.

Le 11 octobre 1906, Napoléon Lajoie a épousé, aux chutes Niagara, Mme Mvrtle L. Smith, de "Rufi*al(). l^a mariée était une jolie grande femme aux yeux bleus et aux cheveux noirs, âgée de 30 ans, soit juste un an de moins que son mari.

Au sujet de cet événement qui a attiré l'attention des rédacteurs de sport, on a raconté toutes sortes c]o souvenirs sur cet heureux joueur, mais nous n'en citerons qu'un pour démontrer quelle espèce de batteur est notre compatriote.

^^ Lors d'une partie jouée à Cincinnati, il frappa la balle avec tant de force qu'elle se fendit presque complètement en deux ". Si l'on sait avec quel soin sont fabriquées ces' balles, on s'imaginera sans peine que le fait est unique et que l'auteur de ce coup fameux doit avoir des muscles d'une puissance étonnante. Longue vie et prospérité à ce Canado-américain dont nous avons raison d'être fiers.

fK>4<>4»o4M:>4K>4»o4'04K>4K>4K>4»o4K>4K>4K>4K>4K>4»o4K>4K>

Page 1