CHAPITRE IV
DU CIlOCnKT niov.s$$E.
Les crochets ont été les premiers instruments dont on ait fait usage pour extraire le fœtus; leur emploi est devenu de plus en plus rare, à mesure que l'art et les instruments se sont perfectionnés.
11 sera tiuestion des crochets aigus au chapitre de l'embryotomic, où nous aurons l'occasion de dire que ces instruments sont tellement dangereux , qu'ils doivent être à peu près complètement abandonnés; nous n'avons donc ii nous occuper ici (|ue du crochet œoussc.
L'extrémité des manches de la plupart des forceps est terminée par un crochet mousse (pi. 87, fig. tx, c, d), dont la partie recourbée est arrondie sur l'une des branches et aplatie sur l'autre. Construit comme instrument i)articulier, le crochet mou.sse se compose d'un manche de bois, qui soutient une tige dont l'exlrémité se recourbe dans l'étendue de li centimètres environ; quand la courbure est peu profonde, l'instrument s'applique facilement, mais il glisse et lAche prise tout aussi facilement ; une courbure plus pro-
noncée fixe mieux le crochet sur la parlie fœtale sur laquelle il est plat-é, mais son application est un peu plus difficile.
Le manuel opératoire est des plus simples : on saisit le manche de l'instrument avec une main, pendant qu'avec l'autre on le guide dans l'intérieur des parties, comme on le ferait pour une branche de force|)s, et on le conduitainsi jusque sur la partie fœtale qu'il doit saisir, et après quelques tâtonnements, on le fixe aussi solidement que possible. Des tractions sont alors faites avec ménagement; on varie, d'ailleurs, leur direction suivant les circonstances, eu s'efforçant d'entraîner la partie fœtale dans le sens de l'axe du bassin.
Le crochet a le défaut de glisser facilement; en s'échappant, il peut blesser plus ou moins grièvement les parties molles de la mère. Pour s'opposer à cet inconvénient, il est bon de laisser dans les parties maternelles la main qui a servi de conducteur au crocliel, les doigts appliqués sur lui donneront plus de solidité à sa prise, et si, malgré tout, il glisse, la main sert à modérer le mouvement brusque qui se produit et protège la matrice ou le vagin contre le bec de l'instrument.
Les tractions doivent être faites avec une grande douceur, beaucoup de ménagement, quand le fœtus est vivant, car avec des tractions énergiques on s'expose à conlondre, même à déchirer les parties fœtales sur lesquelles le crochet a pris un point d'appui.
Les occasions d'employer le crochet mousse sont rares, et nous avouerons que dans les quelques cas où jusqu'ici nous avons eu recours à cet instrument, il ne nous a été d'aucune utilité; presque toujours on fait mieux et plus sûrement avec les doigts recourbés, ce que l'on aurait fait avec lui.
Le crochet mousse peut cependant rendre service dans des cas exceptionnels; ce serait un tort de proscrire formellement son usage. On peut l'appliquer au pli de l'aine, au creux de l'aisselle, dans la bouche de l'enfant, sur la tête séparée du tronc; on peut encore, dans une présentation de l'épaule profondément engagée, le placer sur le tronc pour faciliter l'évolution spontanée par quelques traclions.
C'est dans la présentation de l'extrémité pelvienne, que, peut-être, le crochet est le plus utile; quand le siège est encore élevé, qu'il devient urgent de terminer l'accouchement, et qu'on ne peut ni faire descendre les pieds ni accrocher les aines avec les doigts, on empluie le crochet. II serait préférable, dans ce cas, de le glisser derrière le pubis, puis sur l'aine qui se trouve en avant, pour entraîner ensuite le siège dans la direction de l'axe du bassin. Mais cette manœuvre n'est pas toujours possible; on trouve plus de facilité h placer l'instrument sur l'aine qui se trouve en arrière.
DU CROCHCT MOUSSL. 271
D'autres fois, enfin, on pourra faire glisser le crochet entre les deux cuisses pour accrocher ensuite le pli de l'aine; cette dernière manœuvre expose à la blessure des parties génitales de l'enfant, qu'il faut éviter de prendre dans la courbure du crochet.
L'application du crochet sur le pli de l'aine est plus difficile qu'on pourrait le penser, l'instrument glisse bien souvent ; c'est en désespoir de cause que, dans ce cas, on a appliqué le forceps sur le siège, malgré la réprobation dont celte application a été frappée. Que penser d'une pareille témérité opératoire? N'est-ce pas s'exposer à une fracture du bassin ou à la blessure des viscères abdominaux? Nous avons déjà agité cette question quand nous avons décrit le forceps, nous n'avons donc pas à y revenir; nous ajouterons seulement qu'il est probable que l'emploi du crochet deviendra de plus en plus rare, à mesure qu'on se sera habitué à l'idée qu'on peut, sans grand danger, appliquer le forceps sur l'extrémité pelvienne.
Dans les présentations de l'extrémité cèphalique, lorsque la tête est dégagée, on rencontre parfois de grandes difficultés pour dégager les épaules, quand leur volume est excessif; M. Jacquemier a rassemblé un assez grand nombre de faits de ce genre, dans son excellent mémoire. Que faire en pareil cas? Il est rationnel de chercher d'abord à accrocher les aisselles avec les doigts, et quand la main est insuffisante on est autorisé à se servir du crochet. Son maniement, dans ce cas, ne présente rien de spécial ; nous devons cependant faire remarquer que M. Jacquemier raconte dans une de ses observations, qu'il a produit ainsi une déchirure de 3 centimètres surle bord postérieur de l'aisselle, et que l'insuffisance et les dangers du crochet ont amené cet auteur à recommander une autre méthode, qui consiste îi aller, avec la main seule, dégager successivement les deux bras pour faire des tractions sur eux.
Quand la tète reste seule dans les parties génitales, si un obstacle mécanique s'oppose ;'i son expulsion, si les doigts n'atteignent que difficilement la bouche, on pourra encore employer le crochet pour abaisser la mâchoire inférieure; mais nous nous déciderions difficilement à cette application, si l'enfant était vivant, car à la crainte de blesser la mère, il faudrait ajouter celle de briser le maxillaire inférieur, de dilacérer les parties molles du menton.
Reste le cas où la tète a été séparée du tronc. Ici encore, nous croyons qu'il est préférable de se servir des doigts pour abaisser le menton; avant d'avoir recours au crochet, nous tenterions une application de forceps ou de céphalotribe.
Knfin, quand dans une présentation du tronc, l'épaule étant très-profondément engagée , on juge
DE L'OPÉllATlON CÉSARIENNE.
que l'accouchement va se terminer par l'évolution spontanée, il est quelquefois indiqué de favoriser le dégagement du tronc par quelques tractions. A côté de la main, qui aura toujours notre préférence, le crochet peut être utile.
En résumé, nous pensons que le crochet est un assez mauvais instrument, sans nier qu'il puisse rendre de véritables services dans quelques cas rares.