DE L'OPERATION CÉSARIENNE
grand nombre des accoucheurs, mais nous verrons que M. le professeur Pajol s'est élevé contre elle et qu'il défend la cause de la céphalotripsie, même dans les rétrécissements extrêmes. Quand, au contraire, on est consulté il temps, l'accouchement prématuré artificiel et l'avortcmcnt provoqué, dont l'application se généralise de jour en jour, deviennent entre les mains de l'accoucheur de précieux moyens d'intervention, qui rendront de plus en plus rares les cas où l'opération césarienne sera nécessaire.
Les tumeurs du bassin peuvent aussi empêcher l'accouchement et devenir l'occasion d'une opération césarienne. Les indications sont, dans ce cas, en réalité les mêmes que pour les rétrécissements osseux; le volume de la tumeur, ou, si l'on veut, le degré du rétrécissement devient la source principale des indications. 11 faudra se rappeler cependant qu'un obstacle produit par des parties molles possède toujours un certain degré decompressibilitéqu'il estdifficilede déterminer à l'avance; aussi nous devons avertir que les limites dans lesquelles l'opération césarienne est nécessaire, sont beaucoup moins précises pour les rétrécis-sements par obstruction que pour les rétrécissements par vice de conformation du bassin. Une autre différence sépare encore les rétrécissements par obstruction des rétrécissements par vice de conformation, c'est la possibilité d'enlever la tumeurqui met obstacle à l'accouchement; mais quand l'extraction du fœtus et l'ablation de la tumeursont reconnues impossibles, il n'y a plus qu'à choisir entre l'embryolomie et l'opération césarienne, et l'on saitdéjà quelle est notre opinion à cet égard.
Règle générale, nous ne conseillons donc l'opération césarienne que dans les rétrécissements inférieurs à 5 centimètres, mais des circonstances particulières peuvent modifier ce jugement. Supposons en effet qu'une femme soit atteinte d'une maladie incurable qui fatalement entraînera sa mort dans un temps assez court; nous pensons que le médecin doit peser dans sa conscience les chances de vie de la mère et de l'enfant , et qu'en saine morale il se décidera plutôt pour l'opération césarienne que pour l'embryotomie. Ajoutons encore que le médecin n'est pas jugesuprcme en pareille matière; qu'il doit avant tout prendre l'avis de la mère après l'avoir éclairée de ses conseils. Qu'une femme, par exemple, aime mieux s'exposer aux dangers d'une opération césarienne que de laisser sacrifier son enfant, à coup sur l'accoucheur n'aura pas le droit de s'inscrire en faux contre une telle décision, et d'opérer suivant son propre sentiment.
Enfin, l'opération césarienne peut encore être tentée pour extraire le fœtus de l'abdomen, dans un cas de rupture de l'utérus ; nous avons déjà indiqué à ce sujet les singuliers résultats consignés dans le mémoire de M. l'ihan-Dufeillay.
Manuel opératoire. — L'opération césarienne a, comme beaucoup d'autres, un temps d'élection et un temps de nécessité. Souvent ce n'est qu'après un travail plus ou moins prolongé, et après avoir constaté dans les derniers moments que l'accouchement est impossible par les voies naturelles, qu'on se décide à l'opération; c'est \h un temps de nécessilé; presque toujours alors l'orifice utérin est dilaté et la poche des eaux rompue. Quand, au contraire, l'opération est décidée Si l'avance, le moment choisi pour opérer, le temps d'élection, a une certaine importance. On attendra ((ue la grossesse soit arrivée ii terme, que le travail soit déclaré, que l'orilicesoit assez dilaté pour l'écoulement faille des lochies. Mais faut -il opérer avant ou après la rupture de la poche des eaux? En opérant avant la rupture des membranes, on s'expose , a-t-on dit, à l'épancheraent du liquide amniotique dans le péritoine et aune inertie utérine qui peut amener une hémorrhagie grave. Ces reproches ont été combattus et écartés par Le\ ret qui conseille de pratiquer l'hystérotomic avant l'ouverture de la poche des eaux; il y trouve l'avantage d'inciser les parois de l'abdomen cl de l'utérus quand elles sont fortement distendues par l'œuf, de ne diviser par conséquent que des tissus amincis, un moins grand nombre de fibres et de vaisseaux que lorsque la matrice s'est retractée ; d'ailleurs, l'opération terminée, les parties molles, naguère distendues, en se contractant, diminuent singulièrement l'étendue des incisions.
L'appareil contiendra un bistouri droit ou convexe et un bistouri boutonné; on préparera aussi des aiguilles à suture et du fil ciré pour la gastrnrrhaphie, des linges céralés, desplumasseaux de charpie, des compresses et un bandage de corps. La suture métallique, qui rend depuis quelque temps de bons services à la chirurgie, pourrait trouver encore ici un emploi avantageux.
La femme sera placée sur un lit étroit ou sur une table d'opération, la tête un peu élevée, les jambes médiocrement fléchies ; un coussin placé sous la région lombaire fera saillir le ventre en avant. Deux aides appliquent les mains à plat sur les côtés et sur le fond de la matrice, compriment le ventre pour refouler en arrière les anses intestinales (pi. 97). Celte compression sert en outre à empêcher en partie l'épanchementdu sang dans le péritoine; elle doit donc être faite très-exactement et continuée pendant toute la durée de l'opération.
La vessie sera vidée avec le plus grand soin , car en se dévehqipant elle remonte entre les parois de l'abdomen et l'utérus où elle pourrrait être blessée par le bistouri du chirurgien.
Ces dispositions ayant été prises, lechirurglen incise l'abdomen. Les procédés sont nombreux pour faire
DE 1,'OPÉRAÏION CtSAlîIENMK.
celle incision . on a incisé veiticalenient sur la ligne blanclie, paiallélemenlà l'axe du corps; verlicalemenl en ilehùis du muscle droit ; transversalement entre le muscle droit et la colonne vertébrale, plus uu moins au-dessous de la dernière fausse côte, suivant que le fond de la matrice se trouve plus ou moins élevé; obliquement de la brandie horizontale du pubis à la ligne blanche. Toutes les incisions latérales ou obliques ont l'inconvénient de porter sur des tissus épais et d'exposer à la blessure de quelques artères, et l'on préfère aujourd'hui faire l'incision directement sur la ligne blanche.
L'opérateur, placé ;'i la droite de la femme, incise la peau en allant de l'ombilic vers le pubis, dans l'étendue de 13 à là centimètres. L'angle inférieur de la plaie doit s'arrêter à deux travers de doigt au-dessus du bord supérieur de la symphyse pubienne pour ne pas atteindre la vessie. Si l'incision est trop petite, on la prolonge en haut en la faisant passer par le côté gauche de l'ombilic, tant pour ménager la cicatrice ombilicale que pour éviter l'anastomose qui existe quelquefois entre la veine ombilicale et la veine épigastrique. On incise ensuite le tissu cellulaire et l'aponévrose sous-jacente avec précaution, couche par couche, jusqu'à ce iju'on ail ouvert le péritoine sur un point. Il faut être prévenu que les parois abdominales, distendues et refoulées par l'utérus, sont quelquefois d'une minceur extrême, car sans la connaissance de cette modifiealion anatomique on serait exposé à pénétrer plus profondément qu'on ne rauraitvoulu. Dés que le péritoine a été incisé sur un point, on intioduit l'indicateur gauche dans cette ouverture pour soulever la paroi abdominale, et l'on achève l'incision de la séreuse avec un bistouri boulonné, en redoublant do précaution à mesure qu'on se rapproche du pubis, afin de ne pas blesser la vessie- Baudelocque raconte qu'il a été témoin d'une opération dans laquelle la vessie, quoique vidée et aplatie, remontait jusqu'au niveau de l'ombilic et recouvrait une grande partie de la face antérieure de l'utérus, une semblable disposilion exige que l'opérateur apporte tous ses soins .'i l'incision du péritoine. Il est rare que l'incision des parois abdominales porte sur des vaisseaux assez imp.ortants pour qu'il devienne nécessaire de les lier; le plus souvent on se conlenlera de faire absterger le sang à mesure qu'il s'échappe des vaisseaux artériels.
L'utérus se présente naturellement ;i la plaie; on l'incise îi son tour, couche par couche, jusqu'à ce que le bistouri rencontre la face externe de la caduque. Le doigt indicateur gauche, introduit dans l'utérus, sert PHeore ici de conducteur au bistouri boutonné avec lequel on achève l'incision (pi. 97),(|u'on fait remonter aussi lia tiil que possible sansla faire descendre tout îi fait
jusqu'au niveau de l'angle inférieur de la plaie faite aux parois abdominales; cette précaution assure le parallélisme qui s'établira entre la plaie de l'abdomen et celle de l'utérus, car après l'opération la matrice, en se rétractant, descend vers le petit bassin.
Quand le placenta s'insère sur la paroi antérieure de la matrice, on est exposé à diviser l'utérus sur le point même où il est attaché, et une hémorrhagie abondante est presque inévitable. Dans un cas pareil . il vaut mieux décoller le placenta avec les doigts que de le couper avec le bistouri ; on doit se hûier malgré les flots de sang qui s'écoulent, car le meilleur moyen d'arrêter l'hémorrhagie est de terminer l'accouehementaussi rapidement que possible. La plus grande partie de ce sang est fournie par les veines de l'utérus, d'où il s'échappe en nappe jusqu'à ce que la matrice se soit rétractée. Plusieurs artères, au moment de leur division, donnent aussi un jet qui cesse presque aussitôt; si quelques-unes, d'un calibre plus considérable, donnaient du sang en abondance, un des aides placerait les doigts sur les extrémilés divisées de ces vaisseaux en attendant que l'utérus se fût rétracté.
On procède sans perdre de temps à l'extraction du fœtus : si la tête se présente tout d'abord entre les lèvres de la plaie, on la soulève pour la faire sortir la première; on se conduit de la même façon pour le siège, et quand les deux extréuiités fuelales sont éloignées, le mieux est d'aller saisir les pieds. En entraînant le fœtus au dehors il faut éviter les tiraillements brusques qui peuvent déchirer les angles de la plaie. Le placenta est ensuite extrait h son tour avec toutes les membranes; il est d'ailleurs décollé et porté sur la plaie par la rétraction de l'utérus, on n'a qu'à le saisir avec la main; si le décollement tardait à se faire, on devrait aller détacher le placenta avec les doigts.
L'issue des intestins au dehors vient quelquefois compliquer l'opération, surtout chez les femmes dont la colonne vertébrale est très-déformée, la cavité abdominale peu haute, dont le ventre s'est développé presque exclusivement aux dépens de la paroi antérieure de l'abdomen. Les aides doivent repousser l'intestin dans la cavité périlonéale, mais les anses intestinales s'échappent souvent et ressorlent à mesure qu'on les fait rentrer; on ne parvient mêmeqm^lquefois à les maintenir réduites qu'en rélréci.ssanl l'ouverture par des points de suture; ce temps de l'opératioii est alors très-difficile. Les aides doivent aussi se mettre en garde contre les efforts des malades quiod elles vomissent ou quand elles poussent des cris, maintenir leurs mains fortement appliquées sur le ventre, car, dans un effort, un paquet iuiestinalou la matrice même peut brusquement faire hernie entre les lèvres de la plaie.
On réunit ordinairement la plaie de la paroi abdominale par une suture enchevillée ; les aiguilles doivent être passées assez loin des bords de l'Incision pour donner un point d'appui solide au fil qui les traverse, et pénétrer assez profondément pour que le péritoine soit compris dans l'anse du fil et qu'il y ait affrontement entre les deux bords de l'incision faite à la séreuse. On peut aussi employer la suture entortillée; nous avons vu M. le professeur Depaul se servir avec avantage d'aiguilles munies d'une petite canule d'argent, comme les trocarts ordinaires. Ces canules restaient dans la plaie quand on relirait l'aiguille et servaient de support au fil qui venait s'enrouler autour d'elles.
Les points de suture ne doivent pas être trop rapprochés et ne pas s'étendre jusqu'à l'angle inférieur de la plaie, qu'on laisse libre pour faciliter l'écoulement des liquides qui s'échappent de l'abdomen. Baudelocque conseillait même de placer dans la partie la plus déclive de la plaie une mèche qui, après avoir traversé la cavité utérine et le vagin, devait conduire les lochies an dehors; d'autres, dans le même but, ont conseillé de placer une sonde dans le col de l'utérus pour le maintenir ouvert. Ces derniers moyens sont aujourd'hui à peu près abandonnés.
Un des premiers effets de rinfiammation consécutive à l'opération, c'est de produire des adhérences qui unissent les bords de la plaie utérine aux bords de la plaie des parois abdominales; le péritoine se trouve ainsi séparé de la cavité de l'utérus et de la plaie extérieure. 11 est malheureusement rare que, ce résultat produit, l'inflammation s'arrête; le plus souvent elle devient très-vive, du pus se forme dans le péritoine, les adhérences se détruisent et les liquides de l'utérus peuvent couler de nouveau dans la cavité périlonéale.
Après avoir décrit le procédé classique de l'opération césarienne, nous devons mentionner un autre procédé dans lequel on évite la lésion du péritoine et de l'utérus. Rilgen avait proposé de faire une incision
SYMPHYSÉOTOMIE.
semi-lunaire, de la partie antérieure de la crête iliaque à l'épine du pubis, de décoller le péritoine comme dans la ligature de l'artère iliaque externe, et d'inciser le vagin pour extraire le fœtus par cette plaie. M. A. Baudelocque, qui a pratiqué celte opération, à laquelle il donne le nom A'opération césarienne vaginale ou A'élijtrotomie, commence l'incision près de l'épine du pubis et la conduit parallèlement au ligament de Poupart jusqu'au delà de l'épine iliaque antérieure et supérieure; le péritoine est ensuite décollé dans toute l'étendue de la fosse iliaque, et pendant qu'un aide soulève la masse intestinale, l'opérateur introduit la main dans le vagin, fait saillir ce canal dans la plaie extérieure et l'incise au-dessous de son insertion au col. Dans la première tentative de M. A. Baudelocque, la section de la paroi abdominale nécessita la ligature d'un grand nombre de petites artères, et l'opération ne put^être terminée qu'en faisant la section césarienne par le procédé ordinaire. L'enfant était mort et la mère ne tarda pas à succomber. Dans une seconde tentative, la section de la peau et des muscles entraîna la ligature d'une trentaine d'artères, et M. A. Baudelocque fut, en définitive, obligé de lier l'artère iliaque primitive. La main passée dans la plaie vaginale alla chercher les pieds du fœtus qui se présentait par le sommet; la version et l'extraction furent faciles. L'enfant était mort et la mère mourut soixante-quatorze heures après l'opération. Ces tentatives, on le voit, n'ont pas été heureuses; l'idée de ce procédé était cependant ingénieuse, car on y trouvait le double avantage d'éviter la lésion du péritoine et de l'utérus. Malheureusement cetle opération n'est guère réalisable; la déchirure du vagin, le décollement du péritoine, les dégâts qu'on produit nécessairement dans la fosse iliaque cl dans l'excavation pelvienne, la difficulté de l'extraction du fœtus, rendent l'élytrotomie encore plus redoutable que l'hystérotomie; aussi a-t-elle été complètement abandonnée.
CILVPITRE VI.
SYill>IIY<i«li:OTOMIE.
On donne te nom de symphyséotomie à la section de la symphy.se pubienne. Cette opération faite, les os iliaques s'écarteni et l'ouverture du bassin est agrandie; c'est là un fait qu'on a souvent l'occasion de constater en faisant l'aulopsie d'une femme morte en couches, car souvent on divise la symphyse im-
bienne pour examiner plus facilement les lésions ou les rapports des organes contenus dans le petit bassin; mais qu'il y a loin d'une autopsie exécutée de cetle manière à la conception d'une opération entreprise sur le vivant!
Que .Séverin Pineau ait pu écrire, en parlant du
SYMPUYSÉOTOMIE.
Telachomcnt des arliculations du bassin : Non tanium dilatari, sed eliam secari tuto possunt, que de la Courvé et Plenck aient sur le cadavre divisé la symphyse pour retirer la tète du fœtus du bassin, il n'en reste pas moins vrai que c'est à Sigaull (jue revient le périlleux honneur d'avoir été le véritable inventeur de la symphyséotoraie. Sigault, encore étudiant en médecine, soumit d'abord, en 1768, le projet de cette opération i l'Académie de chirurgie, qui la repoussa avec dédain. Cet échec n'ébranla point les convictions de Sigault. Il développa ses idées dans une thèse inaugurale qu'il soutint à Angers en 1773; enfin, en 1777, il pratiqua pour la première fois la nouvelle opération sur la femme Souchot. I/enfant était vivant et la femme Souchot guérit. Ce succès eut un retentissement immense, aussi jamais opérateur ne fut mieux récompensé que Sigault : le gouvernement [lui accorda une pension, et la Faculté de médecine fit graver une médaille en son honneur.
I.e triomphe de Sigault était complet et son opération fut accueillie avec un enthousiasme dont on devait bientôt revenir. A une faveur irréfiéchie succéda une réprobration telle, que personne aujourd'hui ne pratique plus la symphyséolomie.
La première question qui doive préoccuper, quand on étudie la symphyséotomie, c'est de savoir quels sont les changements de forme et d'amplitude que subit le bassin après cette opération. Les expériences faites sur le cadavre ont ici un grand intérêt, car leur résultai, quoi qu'on en ait dit, diffère peu de celui qu'on obtient sur le vivant. Immédiatement après la section de la symphyse, les pubis s'éloignent spontanément de 1 à 2 centimètres; cet écartement augmente quand on attire les hanches et les cuisses en dehors, et il acquiert facilement une largeur de i à 5 centimètres sans qu'un observe aucune lésion importante quand on procède avec douceur et lenteur (pi. 98, Cg. 2). Si l'on tire avec force sur les cuisses, l'écartement augmente encore, mais on entend, quand il se produit, des craquements au niveau des symphyses sacro-iliaques, dont les ligaments se déchirent, et en disséquant ces articulations on trouve qu'elles ont été ouvertes. Une pareille lésion entraînerait presque fatalement la mort; aussi, terme moyen, on s'expose à des désordres graves si l'on porte l'écartement des pubis au delà de 5 centimètres; quelques exceptions heureuses n'empêchent pas cette limite d'être exacte pour le plus grand nombre des cas.
Avec un pareil écartement, quels sont les changements subis par les différents diamètres du bassin? En se portant en dehors, les os s'éloignent du promontoire; tous les expérimentateurs sont d'accord sur ce point, qu'avec un écartement de 5 centimètres Je diamètre antéro-postérieur s'allonge d'un centi-
mètre seulement, et en admettant que la tête soit assez favorablement disposée pour que l'une des bosses pariétales corresponde exactement à l'intervalle des deux os du pubis, elle y fera une saillie d'environ un demi-centimètre. En réunissant l'allongement du diamètre antero- postérieur à l'engagement de la bosse pariétale dans le vide laissé par les pubis, on peut donc calculer qu'on obtient une augmentation totale d'un centimètre et demi d'avant en arrière.
On doit, il est vrai, faire remarquer (|iie l'agrandissement du diamètre sacro-pubien est ordinairement plus marqué sur un bassin rétréci que sur un bassin normal ; il faut cependant en excepter les bassins dont le rétrécissement est produit par l'aplatissement de leur partie antérieure ou le refoulement du pubis en arrière, car, dans ce dernier cas, la symphyséotomie agrandit à peine le diamètre antéro-postérieur.
Le diamètre antéro-postérieur n'est pas le seul qui augmente après la section de la symphyse pubienne; les arcs formés par les os iliaques, en se portant en dehors, agrandissent le diamètre sacro-colyloïdien, le diamètre oblique, et surtout le diamètre transverse; ce serait là un avantage incontestable qu'il faudrait longuement étudier si la déformation transversale du bassin était fréquente, mais chacun sait que presque toujours dans les bassins rétrécis, le plus grand obstacle au passage de la tète se trouve dans le sens du diamètre sacro-pubien.
Des faits qui précèdent nous devons tirer la conclusion suivante : que la symphyséotomie est rationnelle quand un allongement d'un centimètre et demi suffit pour que la tête franchisse le diamètre antéro-postérieur; mais dans tous les cas où il faut obtenir un allongement plus considérable, l'opération est formellement contre-indiquée; elle produirait en effet, presque à coup sûr, une lésion grave des arliculations sacro-iliaques.
C'est pour avoir reconnu l'importance de celte indication qu'on a entrepris la symphyséolomie dans des conditions qui devaient fatalement conduire à un insuccès. M. Jacquemier a longuement discuté les observations de symphyséotomie; cet examen l'a conduit à émettre une opinion qui n'est point défavorable à cette opération. Sur un total de à'i opérations, on trouve, il est vrai, une mortalité de IZi femmes, mais, chez presque toutes, le bassin avait moins de 75 millimètres, et, selon cet auteur, avec un rétrécissement aussi étroit la symphyséotomie est formellement contre-indiquée, car elle expose à la déchirure des symphyses sacro-iliaques. On trouve, au contraire, un seul cas de mort sur 21 opérées, chez lesquelles le diamètre était de 75 millimètres et au-dessus. De pareils résultats prouvent, comme le dit M. Jacquemier, que l'opération pratiquée sur un bassin qui mesure au moins
SYMPHTSÉOTOMIE.
75 millimèlres, n'a pas la gravité qu'on supposerait à priori, et qu'elle peut, sans désavantage, soutenir la comparaison avec les autres moyens de terminer l'accouchement dans des conditions semblables.
Chez une femme arrivée au terme de sa grossesse, lasymphyséûlomie pourrait donc être mise en parallèle avec l'opération césarienne ou l'embryotomie; mais, pendant le cours même de la grossesse, on devra toujours accorder la préférence à l'accouchement prématuré, qui est précisément applicable aux mêmes cas et qui est plus avantageux sous tous les rapports. De ce qui précède on pourrait encore conclure qu'il ne serait peut-être pas déraisonnable de songer à associer l'accouchement prématuré artificiel à la symphyséotomie, danslesrétrécisseraentsde6à7centimètresd'étendue.
Le manuel opératoire est assez simple : le mont de "Vénus ayant été rasé, la vessie est vidée avec soin ; un aide saisit la sonde pour repousser le canal de l'urèthre sur le côté afin de prévenir sa blessure (pi. 98, fig. 1, a). Le chirurgien, après s'être assuré du point où se trouve la symphyse, fend la peau par une incision verticale, qui commence à 1 centimètre au-dessus du pubis pour descendre jusque sur le côté du clitoris (pi, 98, lig. 1, 6). Toutes les parties molles ayant été divisées, on incise ensuite avec précaution le ligament interpubien, en ayant soin de ne pas laisser le bistouri pénétrer trop profondément dans la crainte de blesser la vessie. On pourrait, dans ce temps de l'opération, se servir avec avantage d'un bistouri boutonné. A peine toute l'épaisseur du ligament est divisée que l'écartement des pubis avertit l'opérateur qu'il doit s'arrêter.
M. Imbert (de Lyon) a proposé de faire la symphyséotomie par la méthode sous-cutanée; il est certain que ce procédé a quelques avantages que le manuel opératoire n'en est pas très-difficile. Un bistouri étroit est enfoncé sous la symphyse pour la diviser de bas en haut et d'arrière en avant, en ayant soin de ménager la peau qui recouvre le pubis.
M. le professeur Stoltz a décrit un procédé particulier : la puhiûtomie. Pour éviter les inconvénients
qui résultent de la section de la symphyse et obtenir une consolidation plus rapide, M. Stoltz propose de diviser un des os pubis près de la symphyse. Pour cela on pratique une petite boutonnière au mont de Vénus, sur un point voisin de la crête du pubis, et l'on fait pénétrer par cette ouverture une longue aiguille courbe dont on fait glisser la pointe sur la face postérieure du pubis, en rasant autant que possible la surface de l'os; on fait sortir cette pointe en dehors du clitoris, entre sa racine et la branche descendante du pubis. — L'aiguille entraine une scie à chaîne. La scie étant tendue, les dents dirigées en avant, on lui imprime quelques mouvements de vaet-vient qui divisent bientôt le pubis en laissant la peau intacte.
M. Galbiati a aussi proposé de diviser le bassin de chaque côté de la symphyse, au niveau des trous souspubiens, de manière à séparer du reste du bassin un arc antérieur fort étendu. Ce procédé, qui aurait l'avantage de donner une grande largeur au bassin, est malheureusement le plus dangereux de tous.
Après la section de la symphyse pubienne, si les contractions utérines sont énergiques, on pourra abandonner l'accouchement à sa marche ordinaire; en cas d'insuffisance des forces malernelles, on aurait recours à une applicatiou du forceps ou à la version si la tête était trop élevée ou trop mobile. Les tractions doivent, dans tous les cas, être faites avec une grande lenteur et beaucoup de ménagement pendant que la tête descend dans le bassin, il est prudent de faire soutenir solidement les hanches par un aide qui s'opposera à leur écartement trop brusque.
L'opération terminée, on procède au pansement: les pubis sont rapprochés aussi exactement que possible par un bandage de corps, et la plaie est pansée à plat. Ordinairement, au bout de quatre à six semaines la symphyse est assez consolidée pour qu'on puisse permettre k la malade de se lever et de faire quelques pas; mais, chez certaines femmes, la consolidation se fait attendre beaucoup plus longtemps, et quelquesunes sont restées boiteuses et infirmes.