CHAPITRE Vlll
DE L'ACCOIJCUEIIEIVT PRÉMATURÉ ARTIVICIEL..
L'accouchement prématuré artiliciel est un accouchement provoijué par l'art avant le terme naturel de la grossesse, mais à une épor|uc où le fœtus est déjà viable. C'est un accouchement provociué artificiellement, à dessein, suivant l'expression de M. le professeur Stollz, et par des moyens particuliers. On ne doit, par conséquent, pas le confondre avec l'accouchement à terme spontané et prématuré spontané, qui se font en dehors de toute intervention. On ne le confondra pas davantage avec l'auorieme»* provoqué, dans lequel le fœtus expulsé n'est pas encore assez développé pour continuer à vivre.
L'accouchement prématuré arlificiel est assurément l'une des plus belles opérations de l'obstétrique, aussi utile à la mère qu'à l'enfant, exempte le plus souvent de tout danger; pourtant c'est celle qui a été le plus vivement et le plus longuement attaquée. On a essayé 'a tort de faire remonter l'accouchement prématuré à Louise Bourgeois, Guillemeau cl Puzos, qui ont recommandé l'accouchement forcé; mais celui-ci n'a jamais été qu'un expédient propre à éloigner un danger menaçant, qu'un moyen d'extraction rapide plus ou moins violent, commandé par la nécessité de terminer raccouchemcnt aussi vite que possible, qu'une opération entièrement exécutée par la main des chirurgiens, tandis que dans l'accouchement prématuré artificiel, l'expulsion du fœtus est soumise aux lois ordinaires de la nature, dont les forces ont été simplement éveillées avant le terme naturel. C'est en Angleterre que prit naissance l'idée de l'accouchement prématuré artificiel, et c'est à ce pays que revient l'honneur de l'avoir vu pratiiiuer pour la première fois. En 1756, les médecins le plus célèbres de Londres, effrayés par la gravité de rembryolomie et de l'opération césarienne, se réunirent pour discuter et savoir si l'accouchement prématuré artificiel était une opération applicable, avantageuse, approuvée par la morale. Ils se décidèrent pour l'afllrmative, et Macaulay le premier eut l'occasion de la pratiquer. H fut bientôt imité par Denmann et plusieurs autres.
La nouvelle opération était désormais acceptée en Angleterre ; mais ce ne fut que plus tard ([u'elle passa sur le continent, où nous la voyons pour la première fois, en 180û, pratiquée par Charles Wenzel, et bientôt après (1815) parKraus. En 18'20, lleisinger publia sur ce sujet un livre remarquable qui eut du rctenlisscment, et l'accouchement prématuré, adopté par
Kluge, Riecke, Siebold, Ritgen, Mende, liusch, se répandit dans toute l'Allemagne. En Hollande, il fut pratiqué par Salomon Vrolik, AVellenbergh ; en Italie, par Lovati, qui ne fut pas moins heureux.
En France, celte question fit des progrès moins rapides qu'à l'étranger; elle y fut longtemps repoussée comme un crime. A. Petit, en 1770, Roussel de Yauzème, en 1779, s'en étaient cependant déclarés les partisans; mais elle fut condamnée par Baudelocque, et tous ses élèves lui firent une opposition aveugle et passionnée. Aprèsla mortde Baudelocque, Fodéré prit en main la défense de l'accouchement prématuré artificiel, établit qu'il est licite et chercha à montrer les avantages qu'on pouvait en retirer; sa voix ne fut pas entendue.
En 1827, à l'occasion d'un accouchement prématuré survenu spontanément à sept mois et demi, fort heureusement, chez une femme atteinte d'un anévrysme du cœur et menacée à chaque instant de périr de suffocation, Costa s'adressa à l'Académie de médecine et demanda si l'on ne pouvait pas, dans des cas analogues, provoquer l'accoucliement dans l'intérêt de la mère et de l'enfant. L'Académie nomma une commission qui déclara qu'en aucun cas il n'est permis de provoquer l'accouchement, et l'Académie adopta cette conclusion.
En 1830, JL Stoitz eut la hardiesse de combattre l'arrêt de l'Académie de médecine, il déchira qu'il partageait complètement les idées de Fodéré, et il fit soutenir, devant la Faculté de médecine de Strasbourg, par Buivkliardt, l'un de ses élèves, une thèse où l'on trouve l'historique de cette opération en même temps que sa défense. « Le hasard a voulu, dit M. Stoitz luimême, qu'au commencement de 1831 nous fûmes consulté par une femme qui avait été délivrée deux fois déjà par la perforation du crâne et les crochets, par Flamant et par I.obstein, pour cause de rétrécissement du bassin Nous avions nous-méme assisté à ces opérations, nous connaissions, par conséquent, la personne et l'état de son bassin. Enceinte pour la troisième fois et désirant avoir un enfant vivant, nous lui conseillâmes de se faire accoucher avant terme. Nous entreprîmes la provocation de l'accouchement le deux cent trente-deuxième jour de la grossesse. Elle fut couronnée d'un plein succès. Atteinte de pluhisie pulmonaire, la femme succomba neuf mois après. Nous avons pu nous procurer son bassin, et le 2i septembre