CHAPITRE X
DE LA DKLIVRANCE ARTIFlCIELIiR.
Les diffieulU's et les accidents de la délivrance constituent l'un des chapitres les plus importants de la djstocie; mais nous n'avons à nous occuper ici que des manœuvres qui sont employées pour extraire le placenta. Dans la troisième section de cet ouvrage, nous avons déjà étudié la délivrance naturelle et décrit les manœuvres ordinaires qu'on emploie en pareil cas, nous n'avons donc pas y revenir.
Le placenta étant anormalement retenu dans l'utérus, ou y entretenant une hémorrhagie inquiétante, conniient faut-il l'extraire?
Cette rétention dépend de causes diverses qui demandent des manœuvres un peu différentes. Dans le cas le plus simple, le placenta décollé et chassé au niveau de l'orifice, y est retenu soit parce que le cordon omhilical s'est déchiré et que toute traction nouvelle est impossible, soit parce que son volume est considérable, soit enfin parce qu eles membranes renversées en arrière sont maintenues écartées par des caillots accumulés dans leur cavité. Dans tous ces cas, l'opération à pratiquer est des plus simples : la main introduite dans le vagin saisira solidement le placenta qui sera extrait sans aucune difficulté, l'orifice n'opposant aucune résistance et se laissant dilater.
D'autres fois le placenta décollé séjourne dans l'utérus qui n'est pas suffisamment conlractiie.pour le chasser; souvent, dans ce cas, la rétention de l'arrière-faix se compliiiue d'une hémorrhagie. Comme dans le cas précédent ou introduira la main tout entière dans le vagin d'abord, puis on franchira l'orifice pour aller saisir la mas.se placentaire et l'extraire, pendant que la main gauche appliquée sui' l'hypogastre frictionne, comprime l'utérus pour réveiller sacontractilité.
La rétraction spasmodi(|ue du col de l'utérus, qu'on observe surtout après l'administration du seigle ergoté, offre un obstacle plus sérieux. Quand on veut délivrer la femme on s'aperçoit que l'orifice est resserré, que ses bords sont durs, épais, non élastiques. En tirant sur le cordon on s'exposerait à le rompre sans extraire le placenta. C'est encore à l'iiitroductioii de la main (ju'on aura recours. On dilatera doucement l'orifice avec un doigt, puis un deuxième doigt sera glissé à coté du premier, et ainsi de suite jusqu'à ce (|ue le col ait cédé et laissé passer la main entière (|ui saisi! le placenta et l'entraîne en se retirant. 11 faut s'attendre dans
cette circonstance à rencontrer des difficultés, parfois insurmontables ; on échoue complètement dans certains cas. On laissera donc reposer la malade en conseillant un bain et des lavements laudanisés, dans le but de faire relâcher les fibres utérines. On renouvellera ensuite la tentative d'extraction. En cas d'insuccès, on pourrait peut-être se servir avec avantage d'une vessie de caoutchouc pour dilater l'orifice. M. le professeur Pajot a fait construire une curette qui peut aussi rendre quelques services. Cet instrument se compose d'une sonde légèrement courbée, terminée par une palette mobile, que l'on met en mouvement au moyen d'une vis de rappel. L'instrument est glissé d'abord jusqu'au fond de la matrice, puis on fait tourner la vis et la palette s'infiéchit comme un doigt en embrassant le placenta qu'on attire ainsi sur l'orifice. Pour qu'on puisse se servir de cette curette il faut que l'orifice, trop étroit pour laisser passer la main ait cependant une certaine largeur. Aussi son inventeur l'a surtout recommandé dans les cas d'avortemcnt où la difficulté delà délivrance tient principalement à l'insuffisance de la dilatation du col.
On décrit sous le nom d'enchdtonnemciit du placenta, une contraction irréguliére et spasmodique des fibres du corps de la matrice, qui se resserrent autour du placenta et l'emprisonnent dans une espci'c d'arrièrecavité (pi. 105, fig. 2), comme on le voit pour certains calculsde la vessie. La cavité utérine est ainsi séparée en deux loges : celle qui avoisine le col est traversée par le cordon ombilical, la secondeconiientleplaeenta.Les ori!ices du col sont ordinairement libres. Dans ce cas, la main sera introduite dans le vagin, puis dans la loge inférieure où elle se guidera sur le cordon pour arriver à rouverlured'entréedelasecondeloge (pi. 105, fig. 2). On dilatera cette partie avec le doigt jusqu'à ce qu'on ait réussi à dépasser le rétrécissement spasmodique ; la main s'empare alors du placenta et l'entraîne avec elle. Seulement il arrive souvent qu'on rencontre des adhérences anormales qui compliquent rupération. nous dirons bientôt comment on doit les rompre. Nous n'insisterons pas plus longtemps sur renehàtonnenicnt; les difficultés ([u'on y rencontre pour dilater le resserrement des fibres utérines sont à peu près les mêmes que dans la rélraclion spasniodii|ue du col. La main agira donc de la même façon dans les deux cas, quoifiu'à une profondeur différente.