DÉFORMATION PAU LUXATIONS SPONTANÉES
de rechercher ses causes : en examinant attentivement i'articulaliûn du bassin avec la colonne vertébrale, on remarque d'abord que depuis le sacrum jusqu'à la verlèbre avec laquelle s'articule la dernière fausse côte, il n'existe que quatre corps de vertèbres.
" Cette disposition provient-elle de ce qu'il y aurait eu treize côtes, nous ne les avons pas comptées en faisant l'autopsie ; mais, si nous considérons que la région postérieure du rachis présente cinq apophyses épineuses et que la vertèbre avec laquelle s'articule la dernière côte offre la conformation exacte de la dernière vertèbre dorsale, nous n'hésiterons pas, je crois, à conclure que primitivement il existait cinq vertèbres lombaires, et que le corps de l'une d'elles a été détruit.
l'L'auleurrccherchesic'esllc rachitisme quia arrêté le développement du corps de la cinquième verlèbre, ou si l'on doit attribuer sa destruction à la carie.
» Se fondant d'une part sur les commémoralifs, qui lui apprennent (|ue la malade répétait souvent que jusqu'à l'âge de dix ans elle était très droite, et que c'élait à la suite d'une maladie, résultat d'une chute qu'elle lit à cet âge, que son épine dorsale s'était déviée; et d'autre part, sur les lésions actuellement appréciables qui lui montrent la base du sacrum détruite en partie et coupée en biseau aux dépens de la face antérieure de cet os, face qui est rugueuse et qui présente des traces évidentes d'érosion ; considérant ()u'il existe des aspérités sur les corps de la quatrième et de la troisième vertèbre lombaire, dont les apophyses articulaires ont été soudées entre elles, comme le corps de la quatrième a été soudé sur la face antérieure du sacrum, et qu'enfin le ligament vertébral antérieur et le périoste du sacrum étaient notablement épaissis au devant des os qui offrent ces altérations, il conclut qu'on ne pourra se refuser à admettre que la carie a été la seule cause de tous ces désordres. L'absence d'abcès par congestion, dit-il en terminant, n'est pas une preuve contre celte opinion, puisque des exemples assez nombreux font voir que la résorption du corps d'une ou de plusieurs verlèbres peut avoir lieu sans la formation de ces abcès. Il est probable, ajoule-t-il,que dans ce cas le tissu de l'os, préalablement ramolli par le travail morbifique, est résorbé sans formation de pus, ou que le pus sécrété est lui-même enlevé par la résorption à mesure qu'il se forme. »
Pour quiconque aura lu avec attention les trois observations que nous venons de reproduire dans tous leurs détails, il sera impossible de ne pas reconnaître qu'il s'agit, dans ces trois cas, d'une lésion identique des os du bassin, produisant un vice de conformation de cette partie du squelette toujours le même dans tout ce qui le constitue, et amenant à sa suite des accidents entièrement semblables. M. Kilian, d'après
cela, pense (lu'il a rencontré et faitconnailre dans son mémoire non un cas très rare et qui semble un jeu de la nature, mais deux exemples d'une déformation du bassin qui devra s'offrir assez souvent h l'observation des accoucheurs, une fois qu'une bonne description les aura mis sur la voie, et qu'il en sera sans doute de ce bassin comme de celui de Na^gele, dont les exemples se sont multipliés dès que le célèbre professeur delleidelberg eut communiqué au publicses premières observations. Ce n'est pas nous qui chercherons à détromper l'honorable doyen de l'Université de Bonn dans ses espérances ambitieuses, nous qui nous sommes empressé d'apporter une première pierre à l'édifice dont il vient de jeter les fondements.
Toutefois il existe quelques différences entre ces trois bassins, mais elles tiennent évidemment au degré plus ou moins avancé du vice de conformation qui les affecte. Ainsi le bassin de Paderborn nous paraît être le plus déformé des trois. Si on le compare en effet à celui de Prague en particulier, on trouve que son excavation est moins profonde, que sa courbure de la colonne lombaire est plus prononcée, et que par suite l'espace laissé entre cette colonne et la symphyse des pubis au détroit supérieur est moins grand, puisque cet espace est ici de 1 pouce 2 lignes, tandis qu'il est de 2 pouces 8à 9 lignes dans le bassin de Prague, et de 2 pouces un quart dans le bassin décrit par M. Belloc, qui, sous ce rapport, se trouve tenir le milieu entre les deux bassins de Kilian; enfin, que la déviation en haut et en arrière que ce bassin a subie dans sa totalité est plus forte que dans les deux autres. Nous pourrions encore étendre l'énumération des différences que présentent ces trois bassins, mais nous avons hâte d'arriver à quelques considérations plus générales.
Quoique nous .soyons des premiers à reconnaître que ce n'est pas avec trois faits que l'on peut tracer l'histoire complète d'une entité pathologique nouvelle, et qu'il conviendrait, dans le cas présent, d'attendre un plus grand nombre d'observations, cependant nous allons essayer de tirer des trois exemples que nous avons rassemblés dans ce chapitre ce qu'ils contiennent de relatif à l'éliologie, au diagnostic et au pronostic du vice de conformation qu'ils ont pour objet d'éclairer. C'est une simple esquisse que nous ferons, en attendant mieux.
Et d'abord à quelle influence pathologique doit être attribuée la déformation pelvienne qui vient d'être décrite?
Kiwisch l'a regardée comme congénitale; Seifert s'est rangé à la même opinion. Celle manière de trancher la question, qui ne fait que reculer la difficulté sans la résoudre, s'expli(iue, de la part de ces deux auteurs, par le défaut do comménioratifs sur la
VICES DE CONFOIUÏATION DU BASSIN
santé anU'riolire du sujet observé par eux, jusqu'à l'opération qu'on dut lui faire subir; par la rapidité de sa mort, qui ne permit de recueillir aucun renseignement de sa bouclie, et par l'impossibilité où l'on se trouva, paraît-il, de s'en procurer plus lard à quelque autre source ; enfin, par l'unicité du cas, qui empêchait d'expliquir par voie d'analogie la genèse des lésions du squelette constatées par le toucher avant l'opération, reconnues et décrites après l'autojisie.
Mais M. Kilian ne partage pas la manière de voir de Kiwiscii et de Self rt. La femme sur laquelle fut pris le second bassin qu'il a décrit (le bassin de Paderborn;, bien portante ou n'ayant été atteinte jusqu'à dix sept ans d'aucune maladie en rapport avec le vice de conformation en question, avait, à cet âge, éprouvé des accidents, avait présenté des symptômes (douleurs violentes dans la région sacrée, et consécutivement attitude courbée du corps dans la marche), qui devaient donner l'idée de l'existence à cette époque d'une affection occupant la partie inférieure de la colonne vertébrale, et ayant été le point de départ de la déformation. Au.ssi rcgarde-t-il celle-ci comme la conséquence d'un ramollissement du cartilage inlerarticulaire et des ligaments correspondants à l'articulation de la cinquième vertèbre lombaire avec le sacrum, et d'une altération affectant le tissu de ces os. Or cette interprétation de la pathogénie delà viciation pelvienne dans le Irassin de Paderborn, il l'appliciue au bassin de Prague.
Nous ne pouvons nous empêcher de croire que cette manière d'envisager les ch(jses est parfaitement rationnelle, parfaitement conforme aux notions aujourd'hui certaines et acquises à la science, à présent surtout que l'observation de M. Belloccst venue lui donner un si éclatant appui. Il est impossible, en effet, après avoir pris connaissance des altérations des os et des ligaments si bien décrites par ce médecin dans le bassin de la femme Mignot, d'émettre la plus légère objeclio'i h la théorie d'une affection organique de l'articulation sacro-veriebrale comme cause de l'espèce de déformation dont ce bassin était frappé, et nous n'hésitons pas, avec M. Kilian, à regarder, dans les trois cas que nous avons rapportés, une luxation spontanée de la cinquième vertèbre lombaire en avant du sacrum, consécutive;! une de ces aftéctions du rachis qui sont englobées, dans nos traités de pathologie externe, sous le nom générique de mal de Poil.
Pour ce i\\\\ est du diaijnostic de ce vice de conformation, nous ferons remarquer, avec le professeur de Bonn, que, pour l'instituer d'une manière sûre, les pelvinièlres externes ou internes ne sont d'aucun secours; la main seule pourra eu fournir les éléments certains. Cependant l'inspection de la région lombaire ne devra pas être négligée. Si cet examen dé-
montre, en effet, dans cette région une incurvation de la colonne vertébrale, dont la convexité regarde le détroit supérieur, et si, en même temps, le toucher révèle une saillie prononcée en forme d'arc dans l'aire de ce détroit, avecquelques irrégularités dans la forme et dans les diamètres du détroit inférieur et de l'excavation ; si enfin on constate l'existence d'une obliquité antérieure de l'utérus pendant la grossesse, obliquité qui paraît exister dans tous les cas observés jusqu'à ce jour, et sur le mécanisme de laquelle M.Belloc a trop insisté pour que nous nous y arrêtions, alors aucun doute ne peut rester relativement à l'existence de la viciation pelvienne enquestion,de la spojulylolisthésie. 'Pronostic. — Les faits de Prague et de Paderborn dont nous avons donné la relation, celui qui est rela-r tif au bassin rencontré par notre auteur à Bruxelles, et enfin celui que nous avons rapproché de ceux-ci et que nous avons emprunté à M. Beltoc, tous font voir combien est grave le pronostic qui s'attache à l'existence de ce nouveau vice de conformation du canal pelvien; il entraîne en effet la nécessité des opérations obstétricales les plus dangereuses. Sans doute que les suites de l'hysléiotomic pratiquée dans de telles conditions peuvent être heureuses, ainsi que le montre l'exemple de la femme de Paderborn, qui l'avait subie une première fois et qui s'était rétablie; mais il n'en est pas moins vrai que l'opération césarienne est tellement grave, que le pronostic résultant d'une lésion qui rend cette opération nécessaire est de nature à inspirer infiniment plus de craintes que d'espérances.
W DÉFORMATION DU BASSIN PAR EXOSTOSE VRAIE OU FAUSSE DE SES PAROIS. — De PARTU DIFFICILI AB EXOSTOSI IN PELVI (NèÇgele).
(PI. 22, ùg. 2.)
L'exostose piopremenl dite est une tumeur dure, plus ou moins circonscrite, qui tire son origine de la substance propre des os et qui est formée par cette substance même. 11 en est qui n'occupent qu'une petite partie de la surface de l'os sur lequel elles s'implantent par un pédicule étroit, il en est qui y reposent par une base large; il en est enfin qui embrassent l'os tout entier : on appelle ces dernières des hyperostofes.
A côté de ces exostoses vraies, dans l'intérieur desquelles on rencontre le tissu osseux sans modification de structure ou de composition et sans mélange d'autres tissus, nous plaçons d'autres tumeurs à la fois osseuses et cartilagineuses que 1'. Muller a nommées enclmtdromes, et que d'autres ont désignées sous les différents noms d' exostoses carlilagineuses,â'exostoses