DÉFORMATION
notable de chaleur. Les boissons étaient rejetécs par le vomisscnient, plusieurs lavemenls avaient été administrés sans résultat; l'émission des urines se faisait avec douleur et en petite quantité. De temps à autre, il surtait par le vagin un liquide fétide et mêlé de matières tantôt blanchâtres et tantôt sanguinolentes.
Le ventre n'était pas très tendu, ni douloureux; l'ombilic était peu saillant. Deux tumeurs étaient reconnaissables par l'application de la main sur l'abdomen. L'une, située à gauche, s'étend du bord antélieur du bassin jusqu'à l'ombilic; plus large dans sa partie supérieure, molle au toucher, douloureuse à la pression, qui fait naître l'envie d'uriner. L'autre tumeur occupe le côté droit, s'étend du bassin au voisinage de la pointe du sternum et finit à la ligne blanche ; elle est dure au toucher et se tend pendant les douleurs de l'accouchement. Le toucher pratiqué, soit pendant que la femme est accroupie à genoux, soit pendant qu'elle est couchée sur le dos, fait reconnaître dans le bassin une tumeur immobile semblable îi la tète, et qui empêche le doigt introduit dans le vagin de pénétrer plus avant que la deuxième phalange. Située au-dessus et en arrière du vagin, cette tumeur, dure, résistante, présente dans sa partie supérieure de légers enfoncements qui craquent sous la pression du doigt. Elle n'est point unie etprésenteau contraire çà et là des saillies. Elle naît de la partie postérieure du bassin, obstrue tellement le détroit supérieur et l'excavation, que le doigt introduit dans le vagin, comprimé entre la tumeur et la symphyse du pubis, peut à peine être porté en haut, surtout à gauche. Il en résulte que l'orilice de l'utérus est inaccessible ; seulement on croit sentir la tète en avant. Le toucher par le rectum fait reconnaître que cet intestin est dévié à gauche, et tellement comprimé par la tumeur, que le doigt, à peine introduit, ne peut pénétrer plus avant.
De cet examen on conclut : 1° que la tumeur développée dans le côté gauche de l'abdomen était formée par la vessie distendue ; 2° que celle située à gauche était l'utérus; 3" que la tumeur sentie dans le bassin était osseuse; quec'était une exostose qui, suivant toute l)robabilité, reconnaissait pour cause la chute faite quatorze ans auparavant par la malade ; W que le fœtus ne pouvant être extrait par les voies naturelles, l'opération césarienne était indispensable.
Le cathétérisme ne peut être pratiqué ; une ponction faite au-dessus du pubis gauche, à un pouce de la ligne blanche, donne issue à une grande quantité d'urine. l'endant que l'urine s'écoulait, que la vessie se contractait et que la tumeur du côté gauche diminuait de volume,un put très bien observer que l'abdomen devenait proéminent dans la région épigastrique, de manière à faire saillir l'ombilic. L'état de
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faiblesse de la malade lit remettre l'opération césarienne au lendemain. Celle-ci fut pratiquée par le procédé ordinaire, un peu modifié à cause de la situation insolite de la matrice : on fit par elle l'extraction d'un fœtus du sexe féminin, mort et déjà en partie putréfié. La mère, après avoir supporté l'opération avec courage et avoir donné quelque espoir de guérison, s'éteignit le sixième jour.
A l'autopsie, on trouva une tumeur qui s'élevait de la face antérieure du sacrum, et qui prenait naissance du corjis des trois premières vertèbres du sacrum et de la face antérieure des trois premières apophyses transverses du même os. Paraissant formée de trois portions dont la moyenne était la plus considérable, elle se portait en avant et remplissait presque entièrement le petit bassin et une bonne ijartie du grand. La moitié supérieure de cette exostose, située au-dessus du détroit supérieur, s'élevait dans le grand bassin et était beaucoup plus large que la moitié inférieure contenue dans l'excavation ; en sorte que si l'on regardait la pièce par en haut, on ne voyait qu'une faible partie de la ligne innominée et l'on n'apercevait pas du tout l'entrée du bassin. De chaque côté, la tumeur n'était distante de l'ouverture du détroit supérieur que de 2 ou 3 lignes ou 3 lignes et demie au plus, et de la face postérieure du corps des pubis l ligne et demie seulement; en bas, un intervalle de 9 à 10 lignes séparait la partie antérieure de la tumeur de l'os pubis. L'exostose avait 6 pouces 11 lignes dans sa plus grande longueur, et 6 pouces 1 ligne de large. Son sommet dépassait l'articulation de la troisième vertèbre lombaire avec la quatrième; sa partie la |)lus inférieure n'était éloignée du sommet du sacrum que de 2 lignes et demie. ,
Sa texture était compacte et celluleuse; les cellules et les interstices, de formes variées, dans lesquels était, dit-on, contenu un liquide jaunâtre, éiaieùl formes en partie par une membrane el surtout par des parois osseuses d'un tissu dur, solide et très semblable à la portion pétrée des temporaux. Toutes ces cellules sont tapissées par une membrane ténue blanchâtre.
Dans le lieu où l'e.xostose provient de la seconde vertèbre sacrée, cette vertèbre présente une structure semblable à celle du corps des autres vertèbres. Le corps des trois premières vertèbres sacrées, et surtout celui de la seconde, sont moins compactes; ils sont boursouflés, tuméfiés , ce qui a diminué de beaucoup la capacité du canal sacré.
Le bassin, dépouillé de ses parties molles, préparé à l'état sec avec les deux dernières vertèbres lombaires, une moitié de la troisième et une partie des fémurs sciés à 3 pouces au-dessous du col, pèse 38 onces 9 drachmes et demie (poids médicinal).
La troisième observation, dans laquelle il est con-
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slalé que raccûuchement a été rendu laborieux par la présence d'une exostose dans la cavité pelvienne, et dans laquelle aussi l'autopsie a confirmé le diagnostic, est celle qui a été recueillie par G. A. Fried, et qui est rapportée dans la Ihèsc de Thierry (l). Dans ce cas, l'élroitesse du bassin força de recourir à la perforation du crâne, car l'on ne pouvait douter de la mort de l'enfanl. La mère, délivrée par le secours de l'art, mais avec un peu de peine, mourut quehiue temps après.
Voici comment l'auteur décrit lui-même la tumeur: «Une exostose se voyait au détroit supérieur du bas- » sin ; elle avait la forme d'une châtaigne et regardait K par sa face plane les vertèbres, tandis que par » l'autre elle était tournée du côté de la cavité pel- » vienne, où elle proéminait d'environ 9 lignes. Elle » naissait du milieu du bord inférieur de la dernière » vertèbre des lombes et du milieu du bord supérieur » de la i)remière fausse vertèbre du sacrum ; de sorte » que le fibro-cartilage qui existe entre ces deux par- B lies, et qui se prolongeait dans le centre de la tun meur, la divisait en deux portions, dont l'une, » supérieure, était fixée â la dernière \ertèbre des 1) lombes, et l'autre, inférieure, tenait à la première » pièce du sacrum. La distance qu'il y avait entre 0 cette exostose et l'arcade pubienne était à peine de » 2 pouces et demi; tandis que celle qui séparait l'os » iliaque d'un côté, de celui du côté opposé, était de » à pouces et demi. »
Sans doute que cette observation est fort incomplète, que les comménioratifs en particulier y sont passés sous silence, et qu'à cause de cela il est difficile d'établir que la tumeur osseuse décrite sur le promontoire était la suite d'une affection ancienne des os qui forment l'articulation sacro-vertébrale, afreclion probablement de nature scrofuleuse ou rhumatismale; cependant l'analogie, à défaut de preuve directe, nous porte il ne voir dans ce cas qu'un ostéopbyie résultant d'une altération des os.
A ces troisobservations, (jui ne laissent aucun doute sur l'existence de tumeurs osseuses des parois du bassin ayant mis obstacle à la parturition, on peut ajouter celle (|ui a été communiquée !i la Société de la Faculté de médecine de Paris, et (]ui a été publiée dans ses bulletins sous le titre suivant : « Extrait d'une » observation sur un bassin exostose, dont le diamètre » antéro-postérieur n'avait que '20 lignes; par M. Du- 1) ret, chirurgien de la marine à Brest (2). » La pièce anatomique, examinée par les membres de cette société cl dessinée par M. Iluet, ne permet pas d'élever le
(t) Joli. Midi. Thierry, Disserl. de pnriu difficUi « mala cùnformalione pclvis. Argcnl., ITOi.
(•2) IkiUelin de la Faculté de midecine de Pans, ISIO, n* X cl dernier,