‹ Atlas complémentaire de tous les traités d'accouchements (volume 2)Chapitre 49 sur 136 · S ET EN AVANT · texte numérisé non relu

S ET EN AVANT

avaient annoncé à ses parents que son accouchement présenterait des difficultés considérables. I-a rougeole et la scarlatine, dont elle avait été atteinte dans son enfance presque coup sur coup, avaient, disait-on, exigé son séjour au lit pendant près de six mois. Après avoir commencé à se lever, elle était restée près d'un an sans pouvoir marcher, et c'était alors que l'inclinaison vicieuse du squelette avait été remarquée. Pendant quelques années elle n'avait pu marcher sans soutien. Quoique depuis ce temps-là elle eut toujours boité, la marche n'était pas pénible. Depuis l'âge de quinze ans, époque de la première apparition des règles, son état avait toujours été, à part la claudication, très satisfaisant, el sa santé parfaite. Le mari et les parents étalent préoccupés de la conservation de la mère et de l'enfant. On désirait ardemment, on réclamait avec instance un pronostic aussi précis (|ue possible sur l'issue de l'accouchement. La jeune dame elle-même souhaitait qu'une exploration minutieuse fût faite, et j'y procédai avec tout le soin dont je suis capalile.

» Au premier coup d'œil l'inclinaison vicieuse du bassin était frappante, et pour la constater il n'était besoin ni de connaissances spéciales ni de recherches attentives. Le détroit inférieur était exactement tourné en arrière. La symphyse pubienne et la moitié supérieure du sacrum étaient dirigées horizontalement, el par conséquent le plan du détroit supérieur était vertical. Des recherches ultérieures et l'acconchement lui-même confirmèrent l'existence de ces dispositions. Je trouvai, en outre, que la branche droite de l'arcade du pubis était moins renversée en dehors que la gauche. L'acte vénérien n'avait jamais pu avoir lieu, au rapport du mari, que dans la position opposée à la naturelle. D'ailleurs cette dame était fiorissante de santé; à part les petites incommodités ordinaires des trois premiers mois, elle n'avait éprouvé aucun malaise particulier, et elle ne s'était jamais si bien portée que pendant sa grossesse.

" J'avais fait ma première exploration trois mois avant l'accouchement, et comme ce cas, outre l'intérêt qu'il offrait, avait encore, pour des motifs particuliers qu'il est inutile de mentionner, une haute importance pour moi, el un attrait qu'expliquait sa nouveauté, je dus naturellement, à cette époque, consulter les auteurs el chercher des lumières dans leurs écrits. Hélas! la prophétie de ces oracles était peu rassurante! Mais une exploration faite à une époque plus avancée de la grossesse me tranquillisa davantage ; car elle nie permit de sentir manifestement la tète à travers le segment inférieur de la matrice. La grossesse se prolongea jusqu'au terme ordinaire. Le travail, dont je suivis les [irogrès depuis le commencement jusqu'à la fin, ne présenta pas la moindre diffi-

VICES DE DIRECTION DU BASSIN

culte, malgré récoulement prématuré des eaux, el sa marche fut en tout semblal)le à celle des premiers accouchements. Depuis lors, cette dame a mis au monde, avec la même facilité, six enfants forts el bien portants, ot dans chacune des grossesses sa santé n'a pas été moins bonne que dans la première, n

On pourrait sans doute désirer, dans cette observation, plus de détails sur la nature de l'affection qui avait produit la claudication, sur son siège précis, et sur le mécanisme suivant lequel elle avait consécutivement dévié le bassin enbas. On regrette aussi qu'il n'y soit fait aucune mention de l'existence ou de l'absence du déplacement de l'utérus en avant, déplacement que le raisonnement porte ;i admettre comme constant, au moins pendant la grossesse. Cependant, malgré ces omissions regrettables, elle a une valeur qu'on ne peut méconnaître, et nous lui emprunterons, dans un instant, des détails précieux relatifs au diagnostic de la variété des déviations pelviennes dont elle offre un exemple non douteux. Nous aurions bien désiré renforcer la valeur de celte observation, et contrôler, s'il y avait lieu, les données pratiques qu'elle fournit, en la rapprochantde l'observation que Lohstein a consignée dans son mémoire; mais nous avons déjà dit que cette dernière ne nous était connue que par la simple mention qui en a été faite par Désormeaux dans son rapport, et celte simple mention ne peut nous être d'aucune ulilité pour celte étude.

Nous sommes donc forcés de placer ici la seconde observation que la science possède, celle du cas compliqué dont la relation a été publiée par M. le professe'ur Moreau dans son Traité d'accouchements. Notre excellent maître nous ayant communiqué la pièce anatomique, qu'il tient des héritiers de Désormeaux, nous en avons fait faire deux dessins qu'on trouvera planche 2û, figures 1 el 2.

Deuxième observation. — « Xu mois d'octobre 1819 , j'ai assisté, grande rue Taranne, à la délivrance d'une dame pour laquelle Désormeaux, Boyer, Ëvrat, A. Dubois et M. Petit se trouvaient réunis. Cette dame, qui, dans son enfance, avait été affectée de rachitisme au plus haut degré, était tellement difforme, avait la colonne vertébrale tellement contournée, que la face concave du sacrum regardait directement en bas. L'axe du détroit abdominal était parallèle h l'horizon ; la paroi antérieure de l'abdomen, distendue outre mesure, formait une espèce de sac ou de poche qui supportait tout le poids de l'utérus et des viscères abdominaux. La vulve était dirigée en arrière et un peu en haut, en sorte que le rapprochement des sexes n'avait pu avoir lieu que comme il .se fait chez hs quadrupèdes. Pendant les derniers temps de sa grossesse, cette dame ne pouvait rester ni couchée ni assise depuis plus de trois mois; elle passait les nuits

entières dans une positionverlicale, les coudes appuyés sur un meuble garni d'un coussin, et dormait la tête placée dans ses deux mains.

» Lorsqu'elle voulait se coucher, le ventre remontait, gênait les mouvements du diaphragme, qui paraissait seul concourir il l'agrandissement d'une poitrine étroite, dont les côtes rapprochées étaient presque immobiles. La respiration devenait difficile; bientôt une teinte bleuâtre livide annonçait que l'hématose se faisait mal ou ne se faisait plus; la position horizontale ne pouvait être gardée au delà de quelques minutes sans menace de suffocation.

», Le bassin, rétréci dans son excavation, et surtout au détroit périnéal, ne pouvait livrer passage à l'enfant; le sacrum et l'os pubis formaient deux plans inclinés en sens inverse, très éloignés en haut et rapprochés en bas, entre lesquels la tète du fœtus était d'autant plus serrée qu'elle avançait davantage. Dans ces circonstances graves, la section de la symphyse des pubis ou l'opération césarienne étaient indiquées, et offraient seules quelques chances de conservation pour la mère el pour l'enfant. Mais la difficulté de respirer était si grande lorsqu'on voulait coucher la malade, la suffocation était tellemenl imminente, qu'après plusieurs réunionsdes consultants, de longues discussions qui eurent lieu dans la journée, et qui se prolongèrent une partie de la nuit, on renonça à ces projets, dans la crainte de voir périr la malade avant que l'une ou l'autre opération ne fût achevée. Il fut donc convenu, d'un commun accord, qu'on chercherait par tous les moyens possibles à terminer l'accouchement par la voie naturelle.

» Désormeaux essaya en vain et à plusieurs reprises de faire avancer la tête au moyen du levier; il fallut abandonner ce projet et procéder à l'ouverture du crâne du fœtus, ce qui fut exécuté, la maladeétanl debout, conservant l'altitude (|u'elle n'avait puquiller depuis plus de trois mois.

"Malgré les soins les plus éclairés et les plus assidus, cette dame ne survécut à sa délivrance que quelques jours. Son bassin, fort remarquable sous le rapport de son inclinaison vicieuse, de l'aplatissement du sacrum, el de l'inclinaison en dedans de la partie inférieure des pubis, sous celui de l'étroitesse et de la mauvaise direction du détroit périnéal, fut recueilli par Désormeaux, et faisait partie de la collection de ce professeur, qui, tous les ans, le montrait aux élèves dans ses savantes leçons.

>i Voici les dimensions de ce bassin, qui m'a élc donné par la famille de Désormeaux :

i)i;r[!orr abdominal.

Uiamèlre s.ii'ro-ptibien 5

— lii-iliaijue .^

— ob)ii{uc 4

Ho

DEVIATION EN B

KXCAVATION.

p«„r. l.j. ...ill.

Iliamctrc sacro-pubien 3 0 95

bi-ilia.iuc i 8 1-2C,

— oblique * 2 113

DKTROIT l'Ér.lNÉAI,.

r„„r. l,c n,,ll.

Diamètre cocci-piibien 2 G G8

— bi-iicliiati<iuc 3 8 9f)

— oblique 3 2 8G

On a déjà re|)roché à ce fait inlérossant de no rien prouver, à cause des complications qu'il présente, en laveur de l'opinion ((iii attribue à l'exccs d'inclinaison du bassin une influence fâcheuse sur l'accouchement. Nous reproduirons ce reproche plus loin; en ce moment, nous voulons seulement faire remarquer que la déviation du bassin en avant est, dans cette ol)scr\ation, attribuée au rachitisme, dont le sujet était, dilon, affecté au plus haut degré. Nous n'avons nullement l'intention de nier cette éliologie, cependant nous nous permettrons de faire observer : 1° que l'auteur ne mentionne comme signe de celte maladie des os que la déformation de la colonne vertébrale, et se tait sur celle des membres inférieurs, qui la précède, ou qui du moins l'accompagne dans tous les cas; 2° que dans les mesures qu'il donne des différents diamètres des détroits et de l'excavation de ce bassin, il trouve, après la mort, 5 pouces 2 lignes au diamètre sacro-pubien du détroit supérieur; or, nous avons vu plus haut qu'une diminution de longueur de ce diamètre est le caractère constant des bassins rachiliques. 11 ne faut pas, du reste, trop s'étonner de ces négligences d'observation, car, à l'époque où ce fait a été recueilli, on ne reconnaissait pas, comme aujourd'hui, plusieurs causes aux gibbosités vertébrales, et toute déviation du tronc, compliquée ou non de celle des membres inférieurs, était alors réputée d'origine rachitique.

Nonobstant la valeur de ces remarques, nous admettons comme réelle l'influence du ramollissement des os sur l'inclinaison vicieuse du bassin en avant, mais moins souvent que nous ne l'admettrons en traitant de ses autres inclinaisons, et nous ajoutons ici le rachitisme et l'ostéonialacie aux causes que nous avons énumérées plus haut.

Les signes de la déviation du bassin fn avant, (|uelle qu'en soit la cause, sont les suivants :

1" Convexité antérieure du rachis, et renversement du bassin en avant, tellement prononcé que la face postérieure du sacrum devient supérieure, et va jusqu'à présenter quelquefois, dans ce sens, un plan presque horizontal.

2" Existence d'un sinus plus profuiul (|u'à l'ordinaire dans la région des lombes, qui joint à une proéminence, plus forte que de coutume, des fesses, constitue ce qu'on nomme Vensetlure.

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