CORPS JAUNES
travail i|ui donne naissance à ce ([u'on appelle les corps jaunes. Voici le mécanisme de leur production.
Quand l'œuf s'est échappé de la vésicule de Graaf, entraînant avec lui une portion de la couche granuleuse, la cavité du follicule est envahie par une sécrétion plastique, quelquefois teinte de sang ; délivré du contenu de la vésicule qui l'avait distendu, le feuillet externe de cette vésicule, fibreux et élastique, obéit à sa réiractililé et revient sur lui-iiiènie; le feuillet interne, au contraire, épais, vasculaire, non rétraclile, devient le siège d'une inllammation, dont le premier résultat est une tuméfaction considérable et la dilatation des vaisseaux qui s'y distribuent. Cette augmentation de volume du feuillet interne, coïncidant avec la rétraction du feuillet externe, détermine la formation, dans le premier, de plis nombreux qui font saillie dans la cavité laissée par l'œuf. Bientôt la couche celluleuse ou granuleuse, dont une portion a été enlevée par l'œuf, subit une sorte d'hypertrophie, qui lui donne un volume énorme. Chaque cellule devient environ six fois plus grosse qu'auparavant ; cet accroissement considérable est dû surtout à l'accumulation, dans l'intérieur des cellules, d'une multitude de granulations jaunes, de nature albumineuse, ce qui donne îi l'ensemble de la tumeur cette couleur jaune à laquelle elle doit son nom. Grâce à cette hypertrophie et au plissement de la membrane interne, la cavité du follicule finit parse remplircomplétement; lescirconvolutions du feuillet interne, se touchant les unes les autres, ne lardent pas Ix contracter des adhérences entre elles; même après avoir oblitéré la cavité du follicule, elles continuent îi se développer, et, trop ;i l'étroit dans la tunique externe rétractée, elles font souvent hernie à travers la déchirure du follicule, et se présentent au dehors sous l'aspect de bourgeons charnus luxuriants.
Arrivé ;i ce degré, le follicule rompu est représenté par une tumeur arrondie, qui fait saillie à la surface de l'ovaire, et dont le volume égale quelquefois ou même dépasse de beaucoup celui du restede la glande; cette tumeur porte le nom de corpsjaune. Elle prend surtout un grand développement lorsque la chute de l'u'uf a été suiv ie de grossesse.
I.e travail particulier qui donne naissance aux corps jaunes, commence peu après la sortie de l'ovule et prend une intensité croissante jusque vers le trentième ou lequarantièmejourdela gros,sesse ; lescorps jaunes restent ensuite stationnaircs jusque vers la lin du troisième mois, et à partir de cette époque, ils commencent à décliner; les circonvolutions de la membrane interne contractent entre elles des adhérences de plus en plus intimes, et, en s'atrophiant, laissent de véritables brides fibreuses. En même temps les granulations jaunes se résorbent, les cel-
lules disparaissent, tandis que les vai.s,seaux se rétractent et s'atrophient. Au moment de l'accouchement, lescorps jaunes sont encore volumineux ; mais le travail de résorption continue après la |)arturition, et amène la disparition complète des corps jaunes; on ne trouve plus alors, à la surface de l'ovaire, qu'une cicatrice inégale, ru^^ueu-se, indiquant la place où la rupture s'était opérée.
Il y a, d'ailleurs, des différences considérables dans l'évolution des corps jaunes; la plus remarquable est celle qui dépend de celte circonstance ((ue la chute de l'œuf a été suivie ou non de grossesse. Ees corps jaunes qui succèdent à la cliule d'un œuf non suivie de grossesse, parcourent rapidement toutes leurs |)ériodes, et n'atteignent jamais un haut degré de développement ; ils se flétrissent de bonne heure, et déjà au bout d'un ou de deux mois, on n'en trouve plus que des traces à la surface de l'ovaire.
Quelles qu'elles soient, ces traces suffisent pour témoigner du dé\eloppement et de la chute d'un ovule, et si nous les trouvons sur des ovaires de jeunes filles qui n'ont jamais conçu, qui même n'ont jamais eu commerce avec un homme, cela indi<iue évidemment que les œufs se détachent de l'ovaire sous d'autres influences que cellis qui viennent d'être mentionnées.
La question de la chute spontanée des œufs, après leur maturation complète, était depuis longtemps résolue pour ce qui est des animaux inférieurs; toutes les espèces dans lesquelles la fécondation est extérieure, ne laissaient aucun doute à cet égard. On n'admettait d'exception que pour l'homme et les mammifères : on supposait que, chez eux, la condition essentielle de la formation et de la maturation des œufs réside dans l'union du siierme avec un principe contenu dans l'ovaire; et lorsque Baer eut démontré que, dans les ovaires des mammifères, les anifs préexistent à l'acte de la fécondation et arrivent à maturité indépendamment de toute influence extérieure, on ne put s'empêcher, cependant, d'in\oquerencorele si)erme comme cau.se déterminante de la chute des œufs.
C'est ;i M. Coste qu'il appartenait d'établir (|u'à l'i'poqiie du rut les œufs tombent sponlanément de l'ovaire, chez les mammifères. I.cs observations de Negiier, qui avait trouve des corps jaunes sur les ovaires de filles encore vierges, celles de Pouchet, de Bischoff, de Raciborski, de Courty, sur la femme et sur les femelles des mammifères, démontrèrent que la maturation et la chute des œufs peuvent avoir lieu en l'absence de toute intervention du mâle.
.Mais si les œufs se détachent de l'ovaire spontanément, indépendamment de toute action du mâle, faut-il en conclure que cette action soit sans aucune influence sur cet acte physiologir|ue? Ees expériences de M. Coste ont démontré le contraire; il ressort, en
DÉVELOPPEMENT DE L'CELF.
effet, de ces expériences que la simple présence du mâle hûte le retour du rut; que la copulation est une cause de stimulation qui détermine très souvent la rupture des vésicules de Graaf, et qu'en son absence, cette rupture a lieu beaucoup plus tardivement, ou même ne se fait pas du tout. On voit alors les œufs demeurer dans leurs capsules, restées stationnaires, jusqu'à la prochaine époque de rut, ou disparaître par résorption.