VERSION SPONTANÉE
Lorsque le travail est commencé, si l'œuf est encore intact, si surtout le liquide amniotique est abondant, le fœtus jouit encore d'une mobilité assez grande, et l'on comprend très-bien qu'un mouvement imprimé au corps de l'enfant par la contraction utérine éloigne l'épaule du détroit supérieur pour y faire descendre la tête ou le siège. C'est à ce changement de présentation qu'on donne le nom de version spontanée, qu'on appellera version spontanée céphalique, si la tête prend la place de l'épaule, et version spontanée pelvienne, si le siège descend au contraire le premier.
Tous les accoucheurs ont vu des faits semblal)les, et Wigand en avait observé un assez grand nombre, quand il proposa de faire la version par de simples manœuvres externes. Mais quand la poche des eaux est rompue depuis un certain temps, la version spontanée se fait rarement; aussi le cas observé par M. Velpeau a acquis une certaine célébrité. Une jeune femme, enceinte pour la seconde fois, entre à l'hôpital de l'École de médecine, au mois d'août 1825, à dix heures du malin. Le col était encore peu dilaté. Toutefois je pus reconnaître l'épaule gauche en seconde position. Les eaux ne s'écoulèrent qu'à trois heures de l'après-midi. Quatre élèves, déj;"! instruits, exercèrent le toucher, et reconnurent, comme moi, la présence de l'épaule. On ne voulut point aller à la recherche des pieds. Les douleurs n'étaient ni trèsfortes, ni très-fréquentes, etje n'étais pas sans quelque confiance dans les assertions de Denmann. A huit heures, l'épaule est sensiblement déjetée vers la fosse iliaque gauche, et je pus facilement sentir l'oreille droite. A onze heures, la tempe est presque au centre del'oriQce. L'énergie des contractions est augmentée, et le col complètement effacé. A minuit, le verlox s'abaisse, la tète s'engage, et, dans l'espace d'une heure, l'enfant est expulsé en position occipilo-cotyloidienne droite. »
Quand le bras et la main pendent dans le vagin, cette circonstance n'exclut pas la possibilité de la version spontanée. Le bras remonte dans la cavité utérine, ou se place sur les côtés de la tête, quand la version spontanée céphalique se produit. Ce sont ces cas de version spontanée avec procidence du bras que M. Velpeau a cru devoir décrire sous le
nom particulier d'évolution céphalique. Tandis que nous n'y voyons qu'un épiphénomène ajouté 'd la version spontanée.
On a expliqué la version spontanée par l'irrégularité des contractions utérines qui presseraient l'une des extrémités de l'ovoïde fœtal, en la repoussant du côté opposé, et Cazcaux est disposé à admettre que la version spontanée ne s'opère que sous l'influence de contractions partielles de la matrice. Sans nier absolument cette assertion, nous trouvons une explication plus naturelle des faits, en faisant remarquer que les contractions générales et régulières de l'utérus ont pour jiremier effet de redresser l'ovoïde utérin et de lui donner une forme plus régulière et plus allongée; l'utérus se resserre pour ainsi dire d'un côté à l'autre, sa cavité s'amoindrit en pressant sur les extrémités céphalique et pelvienne du fœtus, et pour peu que le grand diamètre du fœtus soit oblique, il est ramené dans une direction verticale si l'épaule est assez mobile pour quitter le détroit supérieur.
Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à la version spontanée, pans dire qu'elle s'observe trop rarement, pour qu'on puisse temporiser quand on a reconnu une présentation de l'épaule. Ce serait s'exposer aux plus grandes difficultés, quand on serait obligé de terminer l'accoiicliement par la version.