‹ Atlas d'anatomie pathologiqueChapitre 18 sur 73 · GLANDES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

GLANDES LYMPHATIQUES

Les glandes lymphatiques, reliées entre elles par un système de canaux destinés à charrier la lymphe et à absorber les substances étrangères, se trouvent par cela même exposées à de nombreuses causes d'irritation. Elles sont constituées par une capsule fibreuse d'où émanent des cloisons qui, par leurs anastomoses, forment un réseau serré au sein duquel sont contenus des éléments spéciaux. Les cavités de ce réseau, connues sous le nom d'alvéoles, sont irrégulièrement polygonales, et ont, d'après Kôlliker, 0'"",26 à 0**,S5 de diamètre; elles sont d'autant plus petites et moins distinctes qu'elles sont plus profondément situées. Leurs cloisons se composent en grande partie de tissu conjonctif ; quant à leur contenu, il consiste en une pulpe grisâtre, alcaline, traversée par un grand nombre de trabécules et un réseau capillaire très* riche, de manière à figurer un vrai tissu spongieux. Dans ce Ussu, dont les mailles communiquent ensemble, sont renfermés des noyaux libres et des cellules arrondies, les uns et les autres identiques avec ceux de la lymphe et du chyle. Plusieurs artères se distribuent dans les glandes lymphatiques ; souvent il n'en sort qu'un seul tronc veineux. Les vaisseaux lymphatiques qui s*y rendent se divisent en vaisseaux plus petits , et s'ouvrent vraisemblable* ment dans les alvédes; de celles-ci partent des ramuscules qui se réunissent en troncs plus volumineux et émergent de la glande.

Les glandes lymphatiques, de même que les glandes vasculaires sanguines, acquièrent legr plus grand développement pendant l'enfance ; moins vdumineuses chez l'adulte, elles s'atrophient dans la vieillesse. Leurs altérations aont proportionnelles à leur activité fonctionnelle, et par conséquent elles sont moins fréquentes chez le vieillard que chez l'enfant. La plupart des substances virulentes et miasmatiques qui entrent dans le système lymphatique mo* difient leur structure; aussi les trouve-t<H)n altérées d'une façon spéciale dans la morve, la syphilis^ la peste, la fièvre typhoïde, et dans beaucoup d^autres maladies non moins sérieuses. Par contre, elles sont peu influencées paf les poisons minéraux et se font remarquer par la rareté des liéoplasies.

La fonction de ces organes , selon certains auteurs , consisterait à former

LYMPHADÉNITES. 187

des globules lymphatiques et k modifier la composition chimique du sang; mais il faut reconnaître qu'elle est jusqu'ici imparfaitement connue , et qu'elle réclame de nouvelles recherches. Leur hypertrophie consécutive à l'extirpation de la rate et des capsules surrénales nous apprend qu'elles doivent suppléer oes glandes , et qu'ainsi elles remplissent des fonctions trë8«analogues, sinon identiques.

LYMPHADÉNITES.

Ces phlegmasies surviennent dans uu grand nombre de circonstances et sous des influences très-variées ; suivant la constitution du sujet et la nature particulière de l'agent étiologique , elles sont suppuratives ou prolifératives, c'est-à-dire qu'elles donnent lieu à de la suppuration ou à un produit organisable.

Les phlegmasies suppuratives, dont l'une des principales causes est la résorption de substances purulentes, septiques ou virulentes, sont des lésions graves. Tantôt ces phlegmasies restent localisées à quelques glandes, d'autres fois elles s'étendent sur un plus grand nombre par les communications qui les réunissent; elles se terminent assez souvent par l'ouverture du foyer puruTent, plus rarement par la résorption du pus.

Les phlegmasies ou lymphadénites prolifératives (scléroses ganglionnaires) ne déterminent jamais des désordres aussi appréciables que les précédentes, et pour ce motif elles ont moins fixé l'attention des observateurs. Elles se développent sous des influences diverses et peuvent revêtir des formes variées, comme Tindiquent les faits que voici :

Obs. XGU. SdériMie des glmiidcs IjmpkatUiaeai cirrhose liépatlqnef gastrite dwoaiqne % «icoolUnne. — Un homme de quarante^ciiiq ans, robuste, mais adonné depuis longtemps aux alcooliques, entre en 1865 à THôtel-Dieu, salle Sainte- Jeanne, pour une ascite à laquelle il ne tarde pas à succomber.

AitlofMrfe. — La foie , induré, atrophié et granulé à sa surhce, le présente avec les carac- ^i* »* ^* ** tères de la cirrhose alcoolique. L'estomac est un peu rétréci; sa muqueuse est épaissie^ ardoisée et pigmentée. La rate est volumineuse^ sa capsule est plus épaisse, blanchâtre. Le puicréas est ferme et Induré. Les glandes lombaires mésentériques sont dures et résistantes, légèrement augmentées de volume. Une coupe fine de l'une d'elles examinée au microscope permet de reconnaître l'altération exacte de ces organes. Cette altération consiste dans un èpaississement de la trame eoi^onctive qui rétrécit les alvéoles, presse sur leur contenu et le modifie. Les cellules lymphatiques sont granuleuses et atrophiées, surtout dans la partie corticale qui est plus fortement atteinte. Parmi ces glandes ainsi modifiées, il en est quel^ qaes-unes im peu plus volumineuses et dans lesquelles se sont déposés des sels de chaux, priBcipalement des c-arbonates. Ainsi crétifiées, ces dernières ont la dureté de la pierre. Les reins sont peu modifiés.

Les poumons, pigmentés, sont le siège de congestion et d*oedème. Le ecsur est large ^ son tissu mou, ses fibres musculaires sont en voie d'altération graisseose. Cerveau peu dléré) légère opacité des méninges.

tjn homme adonné aux alcooliques vient mourir à THâtel-Dieu des suites d^une cirrhose hépatique ; les glandes lymphatiques abdominales^ indurées et

128 APPAREIL DE L'UÉMOPOIÈSE.

circonscrites par une épaisse couche de graisse, présentent un épaississement de la trame conjonctive tout à fait analogue à celui qui, dans le foie, produisait la cirrhose. Partant de cette analogie , il y a lieu de rapprocher dans ce fait la lésion ganglionnaire de l'altération hépatique, et peut-être de lui attribuer la même origine. C'est qu*en effet, à côté de cette lésion qui ressemble à la cirrhose des buveurs , il en est une autre non moins intéressante qui paraît se rapprocher plutôt des autres variétés de la même affection. En voici un exemple :

likïléroae des glattdes lympliallqaes abdoininales. Endocardite et perforation mltrale. laloxieatlon palmttre ancienne. — Ce fait a été rapporté plus haut, p. 126. Nous nous contenterons de signaler Tétat des glandes lymphatiques, dont Tune se trouve représentée pi. 15, fig. 1. Cette glande, de môme que ses congénères, dure, yoluminease, bosselée à sa surface, présente à la coupe des trsdnées fibreuses que Texamen microscopique rend beaucoup pliis manifestes. Ces tractus ou cloisons fibreuses épaissies circonscrivent des amas ou Ilots de substance ganglionnaire que séparent des cloisons beaucoup plus minces.

Le malade chez qui a été rencontrée cette altération avait souffert antérieurement de fièvres intermittentes, et peut-être se trouvait-il sous l'influence de rimpaludisme. En tout. cas, cette affection méritait d'être rapprochée de la précédente, dont elle se distingue par ce fait qu'elle intéresse d'une façon particulière les cloisons les plus volumineuses émanant de la capsule ganglionnaire, à peu près de la même façon que, dans l'hépatite syphilitique, les cloisons provenant de la capsule de Glisson sont particulièrement affectées. Le miasme paludéen est la seule cause qu'il soit possible de reconnaître à cette lésion; mais cependant, avant d'attribuer un rôle capital à cette cause, il serait sans doute nécessaire d'avoir des faits plus nombreux à sa disposition.

LYMPHOMES ET LYMPHADÉNOMES.

Les glandes lymphatiques sont fréquemment le siège de lésions caractérisées par la production exagérée de leurs éléments. Ces lésions, connues sous des dénominations diverses, ont des causes variées. Elles constituent deux groupes : dans l'un, les éléments de nouvelle formation sont nécessairement destinés à périr ; dans l'autre, ces éléments peuvent se nourrir et continuer

de vivre.

Au premier de ces groupes se rattachent les altérations ganglionnaires de la fièvre typhoïde , de la scarlatine et de la plupart des maladies infectieuses, celles de la syphilis tertiaire, de la scrofulose, etc. ; nous les appellerons du nom de lymphomes. Au second groupe appartiennent les lésions de la leucémie, celles qu'on a désignées en France sous le nom d'adénie, en Angleterre sous la dénomination de pseudo-leucémie, et qu'on a appelées en Allemagne du nom de lymphosarcome. Nous préférons pour ces dernières la dénomination delym-

LYMPHOMES KT LYMPITADëNOMI^. 139

phadénomes qui leur a encore été donnée. 11 serait certes d'un grand intérêt de représenter chacune de ces lésions afin de mieux montrer leurs analogies et leurs différences ; mais, pour ne pas trop allonger ce travail, nous avons dû ne prendre qu'un seul type dans chacun de ces groupe?,

Obs. \CUI. Lymphom» llla«|nea et lombNlrea. Syphilis TlacCrale. — Un pciolrp, âgé de vingt-neuf ans, est admis k l'HOIcl-Dieu et meurl quelques instants apris un acc^s épileptiforme. Il existe à la surface des ci rcoiiTol niions cérébrales et dans la sul»slancc blanche plus prorondèment située une cicatrice, indice probable d'une gomme rcsorbéc. La suJjslancc musculaire du ventricule gauche est sclérosée et infiltrée de tumeurs gommeuses (mjocardite gommeusc).

Le foie est semé de cicatrices multiples.

La raie, volumineuse, d'une longueur He 18 centimètres, est altérée par la multiplication de ses éléments. Les glandes lymphatiques lombaires el quelques-unes de c«lles qui reçoivent leurs vaisseaux lymphatiques du foie ou de la rate, sont molles, friables, teintées de brun et augmentées du vohime. Les glandes iliaques, GG, repi-ésenlées fig. t3, entourent dans toute leur étendue l'artère de mfme nom A ; elles sont iiyectées, teintées de violet, plus encore que les précédentes, remarquables par leur allongement démesuré; elles ont imc consistance un peu molle et une apparence assez imiforme et médullaire à la coupe. I.c tube digestif et les reins sont peu lésés ; mais les deux testicules, affectés d'orcbite intci-stitielle, présentent quelques ])etiles lunieui's gommeuses; les épididymes ont conservé leur iotégrilé. {Traité kistorviitc el yratiii'ie de lu ssphilK, Paris, 1866, p. 393.)

Lésions syphilitiques de divers organes, hyperplasie avec allongement des glandes lymphatiques iliaques, tels sont les désordres anatomiques rencontrés dans ce fait. La coïncidence d'une lésion ganglionnaire avec la syphilis viscérale n'est pas un fait exceptionnel (voyez obs. L, pi. 58), elle existe dans près de ta moitié des cas, et par conséquent je me crois en droit de rattacher cette lésion h. l'infection syphilitique. Je dois cependant faire remarquer ipi'elle diffère notablement des adénopathies secondaires. Lorsqu'elle occupe comme ici les régions iliaques, cette lésion ne produit en général aucun trouble appréciable; néanmoins, chez un malade syphilitique que me montrait, il y a peu de jours, mon honoré maître, M. le docteur Gueneau de Mussy , des phénomènes d'anémie et de refroidissement de l'un des membres inférieurs (jambe droite) parurent n'avoir d'autre cause qu'une compression de l'artère iliaque par des glandes lymphatiques altérées, car ces accidents cédèrent en partie à l'emploi d'un traitement ioduré.

Cette altération se rapproche des lésions ganglionnaires, de la lèpre, de la scrofnlose, etc., car toutes ces lésions ont dans le principe des caractères

Fie. 13.

130 APPAREIL DE L'HËMOPOIÈSE.

assez semblables. Dans une première période, les glandes tuméfiées et injectées revêtent une teinte violacée ou brunâtre, elles présentent quelquefois des taches ecchymotiques et de petits foyers sauguins ; les noyaux et les cellules végètent et se multiplient ; aussi rencontre-t-on un certain nombre de ces cellules avec deux noyaux ou même plus. Ces éléments, tout d'abord, ne diffèrent pas des éléments normaux, si ce n'est quelquefois par leur volume; mais, après un certain temps, leur nutrition se ralentit, ils deviennent granuleux et la glande subit en partie ou en totalité la métamorphose caséeuse ou graisseuse. Dans la fièvre typhoïde et les fièvres éruptives, cette transformation est moins évidente ; mais cela tient sans doute à l'intensité et à retendue moindres de l'altération. Cet état de métamorphose constitue le second stade du processus ; il en est un troisième que Ton observe dans quelques circonstances seulement, c'est l'élimination de la glande. — Le siège de ces lésions varie généralement avec la cause qui leur donne naissance, de sorte qu'il est, du moins pour quelques-unes d'entre elles, un signe diagnostique important. C'est ainsi qu'on observe l'altération des glandes mésentériques dans la fièvre typhoïde, celle des glandes inguinales dans la peste, celle des glandes bronchiques dans la rougeole, celle des ganglions iliaques et lombaires dans la syphilis viscérale ; celle enfin des glandes des régions cervicale, médiastine et mésentérique dans la scrofulose.

LjmlihAclétooiiiMi et Icucénile. — Les fig. 3, 3' ci 3", pi. 15, sont iin bel écïiaA*

lillon de lymphadénomcs. La fig. 3 représente une masse ganglionnaire extraite de Faisselle gauche ; les ganglions qui la constituent sont arrondis et sphériques, et non allongés conunc plus haut dans la fig. 13, de teinte violacée, de consistance un peu moUe; ils sont reliés entre eux par im tissu conjonctif assez lâche et reçoivent de nombreux vaisseaux. Une masse ganglionnaire semblable existait dans Faisselle du côté opposé. La fig. 3' nous montre les glandes mésentériques du même malade. Elles ont aussi une forme arrondie, une teinte violacée ou brunâtre, et sont parcourues par de nombreux vaisseaux sanguins. La fig. 3" fait voir la coupe microscopique de Tune de ces glandes. Des parois vasculaires épaissies s'échappent des trabécules qui forment un tissu réticulé dont les loges sont comblées par des noyaux et des cellules lymphatiques. Les ganglions de& régions inguinales et iliaques sont à peine altérés. Nous renvoyons, pour le complément de cette observation intéressante, à la description qui en est donnée plus haut, p. 112.

Ce fait est un exemple de la forme de leucémie dans laquelle les glandes lymphatiques et la rate sont simultanément affectées. Il est remarquable par cette circonstance que les glandes les plus rapprochées de l'intestin sont lesmoins altérées.

Néanmoins le mode de développement des lymphadénomes en question a généralement une marche en rapport avec la direction du cours de la lymphe. Après un certain temps, ces tumeurs forment des masses volumineuses susceptibles de gêner profondément les fonctions des organes voisins. Le cou, les aisselles, les aines sont les régions où débute de préférence cette altération qui finit souvent par s'étendre à la plus grande partie du système ganglionnaire. Les glandes lymphatiques ainsi affectées sont ordinairement molles

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et d'une consistance uniforme, elles présentent une surface lisse d'un jaune rosé ou grisâtre. Sur une coupe, les substances médullaire et corticale sont augmentées de volume, d'une coloration grisâtre ou rougeâtre. La dernière, »ége plus spécial de l'altération, donne à la pression, dans quelques cas, un suc blanc, épais, composé de cellules ganglionnaires. — Les lymphadénomes anémiques (adénie) ne diffèrent pas d'une façon sensible des altérations ganglionnaires de la leucémie. Les glandes lymphatiques, dont le volume peut égaler celui du poing, forment encore des masses volumineuses qui occupent les régions du cou, des médiastins, des aisselles, des aines, etc^ Dures ou molles , suivant que la capsule et les cloisons sont plus ou moins épaissies , ces glandes ont la plus grande ressemblance avec les glandes de la leucémie. En définitive , ce qui distingue l'altération de ces dernières , c'est uniquement l'exagération des globule blasncs du sang. Mais cette circonstance est-elle suffisante à elle seule pour faire de ces lésions des espèces particulières? Nullement. Elle indique, à mon sens, que la leucémie, n'est pas, comme le pensent Virchow et son école, un effet nécessaire de l'altération ganglionnaire ou splénique, mais plutôt un simple accident du genre de celui que l'on observe dans les adénomes du foie lorsque les veines de ces organes sont obstruées par des cellules hépatiques. Ainsi ces lésions tendent à se rapprocher des affections cancéreuses, et du reste elles ne se limitent pas toujours aux glandes lymphatiques. Après un premier stade simplement hyperplasique, elles se généralisent quelquefois dans d'autres organes, et notamment, par ordre de fréquence, dans la rate, le foie, l'estomac et les intestins, les reins, les poumons, les ovaires et les testicules, où elles forment des tumeurs arrondies, grisâtres, un peu molles, du volume d'une lentille ou d'une noisette, uniquement composées de tissu lymphatique. — Cette particularité et la propriété que possèdent les lymphadénomes de pouvoir vivre et d'échapper ainsi à la transformation graisseuse, établissent une différence essentielle entre ces lésions et les lymphomes qui font partie des maladies zymotiques. Les lymphomes de la syphilis et de la scrofulose sont des productions pauvres dès leur début et dans tout le cours de leur existence, qui ne forment pas ordinairement des tumeurs volumineuses. Les cellules nouvelles qui les composent ont d'ailleurs une organisation incomplète , les noyaux y prédominent souvent, et ces éléments ne tardent pas à subir la métamorphose caséeuse, principalement dans la scrofulose. De ce mode de terminaison résulte, dans cette maladie, l'inflammation des parties circonvoisines , quelquefois même le ramollissement et l'ulcération de ces parties, ce qui ne s'observe pas avec les lymphadénomes. La dégéné* rescence amyloïde ganglionnaire se distingue de ces lésions par son aspect grisâtre, lisse et brillant, résultat du dépôt dans la paroi des vaisseaux et dans les cellules lymphatiques d'une substance hotnogène et réfringente se colo^ r^nt en rouge par la solution iodée;

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