PANCRÉAS
Situé en arrière de Testomac, et au devant de la colonne vertébrale, le pancréas est un organe constitué par un stroma fibreuf et des lobules glandulaires de divers ordres, qui vont déverser dans un conduit principal leur
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produit de sécrétion. De cette disposition il résulte qu'un certain nombre des lésions pancréatiques ont pour point de départ l'allération ou l'obstruction de ce canal; mais un non moins grand nombre sont l'effet d'une actiot morbide qui s'exerce primitivement sur le tissu de la glande. Parmi ces dernières sont les pancréatites, les dj^générescences stéatosique et amyloïde, les cancers, etc. Lésions relativement rares, les pancréatites comportent plusieurs modes ; nous devons reconnaître notamment une pancréatite supi)urée, dont la science possède quelques faits bien établis, et une pancréatite proliférative ou sclérose du pancréas, qui détermine l'induration avec atrophie de cet organe. Peu étudiée jusqu'ici, la stéatose pancréatique est une lésion assez commune et qui mériterait d'être mieux connuCi En voici un exemple.
Obs. XLII. Stéatose do pancréas et de plnslears antres organes. Adipose cardiaque. Tnberenlofie pulmonaire. Excès de boissons alcooliques. — Le nommé X..., garçon restaurateur, âgé de quarante ans, sans antécédent tuberculeux dans sa famille, est depuis plusieurs années adonné aux boissons alcooliques. Il n'a jamais fait de grands excès, mais il boit chaque jour des meilleures liqueurs, et depuis longtemps aussi il profite largement des avantages de sa profession et vit fort bien. Néanmoins sa santé s'altère depuis plusieurs années, il a moins d'appétit, éprouve des pituites le matin et perd ses forces. Enfin, il est pris d'une toux légère, avec malaise général et cessalion conq)lèle de Tappélil. C'e^t dans ces conditions qu'il est admis à THôtel-Dieu, salle Saint-Julien, le 11 février 186/i. Pendant les huit premiers jours qui suivent son admission, il ne présente d'autres phénomènes qu'une toux peu intense, sans signe positif de phthisie,el de la faiblesse de l'appétit. Légère augmentation du volume du foie; inappétence, constipation. Tout à coup survient im accès de déUre alcooliqutî avec hallucination terrifiante, qui l'emporte en trente-six heures; il succombe le 20 février.
Autopaie. — Opacité des méninges, dégénérescence graisseuse des vaisseaux capillaires pi. «, flg. 4 et 4'. de l'encéphale. Granulations tuberculeuses disséminées dans les deux poumons sans induration et sans excavation aux sommets. Pelotons graisseux amassés à la base du cœur et sur le trajet de l'artère coronaire intérieure; teinte jaunâtre et friabilité du tissu musculaire. Rate molle, peu consistante, infiltrée de quelques tubercules; reins jaunâtres, volumineux; vessie large. Teinte grisâtre et injection sur plusieurs points de la muqueuse de l'estomac. Le foie, volumineux, épais, d'une teinte un peu jaune, s'enfonce dans l'eau, bien que ses éléments contiennent une abondante quantité de graimlations graisseuses ; la vésicule biliaire renferme un calcul de cholestérine du volume d'une noisette.
Le pancréas, manifestement augmenté de volume, offre 32 centimètres de longueur, au lieu de 20 et 21 , qui est la mesure maximum pour Sappey ; il a 4 centimètres de largeur et 2 centimètres d'épaisseur. Sa teinte est d'un jaune fauve, sa surface presque lisse, sa consistance molle, élastique; sa densité, peu considérable, est moindre que celle de l'eau, puisqu'il surnage dans ce liquide. Sa surface de section offre une apparence un peu lardacée; on y voit d'abondantes masses de graisse circonscrivant les acini glandulaires qui sont profondément modiûés. Les uns ont leurs cellules épithéliales infiltrées de graisse, les autres ne présentent plus que des granulations moléculaires et graisseuses entièrement libres (fig. W). Les glandes sous-maxillaires et parotides, les glandes de Brunner, sont le siège d'une altération semblable, sinon analogue; la teinte jaunâtre des premières indique déjà cette altération que vient révéler l'examen microscopique. Les testicules, flasques et jaunâtres à la coupe, ont leurs canalicules tapissés par des épithéliums fortement granuleux ; les glandes sébacées contiennent en abondance des matières grasses.
Dans ce fait, qui rappelle celui d*un personnage bien connu, mort récemment, il existe tout à la fois une infiltration adipeuse du pancréas et une
dégénérescence graisseuse des éléments glandulaires de cet organe ; car, si à rétat normal les épithéliums de cette glande peuvent être infiltrés de substances grasses, ils ne sont pas détruits, ainsi qu'il a pu être constaté ici. Cette coexistence, bien que commune, n'est cependant pas constante ; dans certains cas, les éléments glandulaires sont seuls altérés, ou réciproquement. Dans le fait qui suit, le pancréas, ramolli, est infiltré de pelotons graisseux, dont les cellules renferment des cristaux aciculaires de margarine.
Obs. XLIII. Infiltration gmisseaae da pancréas avec cristanx aelcnlairea A riatérlrur des eellules adipeuses. — S..., blanchisseur, âgé de soixante-cinq ans, entre à T Hôtel-Dieu, salle Sainte- Jeanne, pour un ictère verdàtrc,- accompagné d'une augmentation de volume du foie, qui conduit à diagnostiquer un cancer hépatique. Outre ces accidents, ce malade est non-seulement sans appétit, mais il a un dégoût tellement profond des aliments, qu'il refuse toute espèc(ï de nourriture. Aussi il dépérit rapidement, et succombe dans un état de profonde faiblesse, vingt- cinq jours après son entrée. PI. f fig. 4". Autopsie, — Les poumons et le cœur n'offrent rien de spécial ; le cerveau n'est pas examiné. Le foie, plus volumineux, légèrement granulé à sa surface, est marbré de vert et de jaune ; ses conduits sont rétrécis, mais non entièrement oblitérés. Le pancréas, recouvert par une moyenne quantité de graisse, est d'un volume à peu près anormal, d'une teinte un peu jaune ; son tissu est frial)le ; il présente à la coupe des points blancs, constitués par des pelotons adipeux, dont un grand nombre de vésicules renferment des cristaux sous forme d'aiguilles, et pour la plupart irradiés ou disposés en éventail. Ces cristaux se dissolvent sous l'action de l'éther ; ils sont dus à la cristallisation de la margarine contenue dans les cellules adipeuses.
L*absence de renseignements, dans ce fait, ne nous a pas permis de remonter à la cause de Taltération. Cette cause, au contraire, est des plus évidentes dans Tobservation qui précède. L'abus des alcooliques et les excès d'alimentation sont en effet ce qui produit le plus souvent la stéatose du pancréas. Ajoutons que la plupart des poisons stéatosiques, et particulièrement le phosphore et l'arsenic, peuvent amener la dégénérescence granulograisseuse des acini pancréatiques, et que les fièvres un peu longues, la pyohémie, la septicémie, et même les maladies prolongées avec cachexie, sont également susceptibles de modifier ces éléments.
Les obstacles à l'écoulement du suc pancréatique donnent lieu à une autre espèce bien connue de la même dégénérescence, et l'un des principauxcaractères de cette espèce est l'atrophie. En fait, cette dégénérescence et celle que détermine l'abus des alcooliques sont, parmi les lésions de ce genre, celles qui offrent le plus de gravité. Disons que leur diagnostic est souvent des plus difficiles, surtout quand il n'existe d'autres symptômes que l'inappétence, le dégoût des aliments et un dépérissement progressif. L'examen des matières intestinales, que nous avons négligé, serait sans doute ici de quelque utilité; mais avant de pouvoir lui attribuer une certaine valeur, il importerait d'être fixé sur l'état de ces matières dans les diverses maladies, et même dans les différents états physiologiques.
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La dégénérescence amyloïde du pancréas, plus rare que la dégénérescence graisseuse, a été observée par Friedreich et Rokitansky. Elle affecte les vaisseaux et quelquefois les culs-de-sac glandulaires.
Les altérations pigmentaires du pancréas se présentent sous des aspects différents, suivant la coloration jaune rougeâtre ou noire du pigment. J'ai observé à plusieurs reprises ces deux formes, associées le plus souvent avec la pigmentation d'autres organes. Mais, bien qu'il puisse en être question plus loin, je crois qu'il n'est pas inutile, afin d'éveiller l'attention sur ce point de dire ici quelques mots d'un fait que je considère comme des plus intéressants.
Il s'agit d'un homme âgé de cinquante-deux ans, doreur, qui succomba en 1866, après deux mois de séjour à THôtel-Dieu, dans un état de profonde anémie dont il fut impossible de trouver la cause. Le cerveau et les poumons étaient pâles et anémiés, le cœur et le foie atteints de dégénérescence graisseuse ; la rate, mesurant 12 centimètres, était pigmentée simplement à sa circonférence. Le pancréas, d'un volume plus petit, présentait une teinte noire générale, disposée par petits points dans la partie la plus superficielle de l'organe, tandis que, dans la profondeur, le tissu était simplement plus jaune qu'à l'état normal. Les épithéliums glandulaires étaient infiltrés de graisse et de nombreuses granulations pigmentaires; toutefois, dans un certain nombre de culs-de-sac, ces granulations étaient libres, par suite de la destruction des épithéliums. L'estomac était large, la membrane muqueuse décolorée, molle, onctueuse au toucher, et semée de quelques sugillations sanguines. Les intestins contenaient des matières demi-solides, jaunâtres ou noires, renfermant en grande abondaiice des globules de graisse, des grains irréguliers de pigment.
Qu'elle soit noire, brune ou couleur de rouille, cette pigmentation est toujours l'effet d'une altération des globules rouges du sang, dont la matière colorante, sous forme de granules moléculaires, s'infiltre dans les tissus. Aussi l'anémie est-elle le principal symptôme en pareil cas. Les causes de cette altération sont multiples et jusqu'ici assez peu connues.
LAACfiUADX.
APPAREIL DE L^HÉMOPOIÈSE
Les organes qui concourent à la composition de cet appareil, le foie et les glandes dites vasculaires sanguines, ont pour fonction commune de contribuer à la formation du liquide sanguin, et lorsqu'ils sont le siège d'une altération persistante, de produire, soit un état anémique, soit le syndrome connu sous le nom de cacheocie. Ces organes, en outre, subissent fréquemment Tinfluence des mômes causes morbides, et pour ces motifs il n'est pas sans intérêt de rapprocher les altérations qui peuvent les atteindre. •