PLANCHE IL
Considérations générales, — Explication des Figures.
La structure anatomique du cristallin n'est généralement appréciable que vers l'âge de cinquante ans. En effet, tant qu'il y a uniformité de réfraction dans tous les éléments morphologiques qui le composent, sa transparence est conservée, et il est impossible d'obtenir des reflets de l'intérieur de la lentille. Mais par le fait de l'âge, certaines parties du système lenticulaire subissant un changement de réfraction, la condition de transparence disparait et une portion de la lentille devient plus ou moins appréciable.
Il en est de même au début d'une cataracte, et alors que les altérations légères qui la caractérisent ne s'aperçoivent pas encore à l'œil nu , elles n'échappent point au miroir. C'est généralement sous la forme de stries que se montrent d'abord les altérations graisseuses qui donnent lieu à la cataracte. Tantôt au nombre de trois , ces stries partent du centre de la lentille , pour former la cataracte à trois branches , tantôt elles débutent à la circonférence, et s'avancent comme des rayons vers le centre. Ou les aperçoit sous la forme de lignes noirâtres se détachant sur le fond rouge de l'œil et immédiatement placées derrière le champ pupillaire. Pour les étudier avec succès, il convient de ne projeter dans l'œil qu'une faible quantité de lumière, sans quoi celle-ci traverserait les portions plus opaques et la lésion échapperait â l'examen. La figure I représente ces altérations commençantes d'une manière très-exacte. Elle montre aussi des exsudations plastiques développées sur la capsule cristalline antérieure ; ces exsudats qui résultent d'une iritis se distinguent très-bien sur la capsule cristalline, sous forme de petites masses noirâtres, chagrinées et un peu saillantes, tantôt libres, tantôt adhérentes au bord pupillaire. Sur la même figure on voit aussi une accumulation de pigment en forint
de demi-cercle, ce sont des granulations pigmentaires détachées de l'uvée déposées sur la capsule antérieure. Telles sont les altérations qui affectent spécialement le système lenticulaire.
Le corps vitré présente aussi des lésions non moins intéressantes , mais qui sont bien souvent la conséquence de maladies plus profondes de l'œil.
Le synchysis simple, ou ramolissement simple du corps vitré. Dans cette affection, l'ophtalmoscope est d'une faible utilité. Le tremblotement du l'iris en est un signe pathognomonique. Dans quelques cas cependant le miroir fait découvrir de petits corpuscules noirâtres ayant la forme d'une toile d'araignée ou de filaments qui se déplacent avec les mouvements de l'œil. Dans ce cas le malade à la sensation de mouches volantes. I
Le synchysis hémorrhagique se montre d'ordinaire à la suite d'hémorrhagies de l'iris de la choroide ou de la rétine. Il se présente sous trois formes principales. Dans la première, on aperçoit des corpuscules noirs ou rougeâtres, de formes variées, flottant dans l'humeur vitrée, en avant du fond rouge de l'œil (fig. 2). Dans la seconde (fig. 3) on voit une petite tumeur ayant l'apparence d'un caillot de sang rouge d'abord, noirâtre ensuite et se décolorant de plus en plus à mesure qu'il se résorbe. Ce caillot de sang est très-appréciable à l'ophthalmoscope, si on a le soin de dilater largement la pupille. Dans la troisième forme, l'hémorrhagie est plus abondante, le corps vitré est comme imbibé de sang. Dans ce cas, le fond de l'œil parait rougeàtre même à l'œil nu et il est impossible de l'éclairer.
Le Synchysis albumineux est une complication fréquente de l'iritis et de la choroidite surtout lorsque ces affections sont sous la dépendance d'un vice syphilitique. Le fond de l'œil est difficile à éclairer, il parait obscur. La papille s'apprécie difficilement et semble voilée par un nuage jaunâtre. Enfin quelquefois on aperçoit ça et là quelques corpuscules jaunes gris peu mobiles. Cet état pathologique du corps vitré a été décrit aussi sous le nom d'état jumenteux. La fig. 4 en donne une idée assez exacte.
11 est utile d'observer qu'on différencie les opacités du corps vitré des opacités cristalliniennes en observant que les premières sont mobiles en tous sens, tandis que les dernières suivent toujours les mouvements de l'œil.
Le Synchysis étincdant est une altération dont la cause est encore inconnue, et caractérisée par la présence de cristaux de cho lester i ne dans l'humeur vitrée. Avec l'opthalmoscope, on voit se détacher sur le fond rose de l'œil des paillettes colorées en jaune d'or sur la figure et passant devant la pupille, s'élèvant, descendant, allant à droite, à gauche et dans toute direction. C'est une altération assez curieuse que je n'ai pu observer qu'une fois sur un malade qui jeune encore avait subi avec succès l'opération dune cataracte par la méthode de broiement. La vue du malade était bonne. Il craignait cependant la lumière et portait .de verres neutres très-foncés. Il est probable que les reflets produits dans certains moments par ces corpuscules , produisait la photophobiè légère qu'il accusait en présence d'une gronde clarté.
Les corps étrangers peuvent pénétrer dans l'humeur vitrée et y séjourner fort longtemps. Ce sont ordinairement des grains de plomb, des paillettes de fer ou d'acier ; ils y pénètrent soit en lésant la sclérotique, soit en se frayant un passage à travers la cornée. Dans le premier cas , la choroïde fait hernie par la petite plaie de passage et apparaît sous forme d'une petite tache d'un gris noirâtre.
J'ai vu, il y a trois ans, un malade jeune encore, M. G..., qui reçut, en" partie de chasse , un coup de fusil* en pleine figure et devint aveugle à la suite de cet accident. Le corps vitré était comme imbibé de sang , et on remarquait sur différents points de la sclérotique , de petites taches grises , noirâtres , ressemblant, pour la coloration à de petits grains de plomb aplatis. Ces taches n'étaient autres que des hernies multiples de la choroïde, produites par la déchirure de la sclérotique sous l'influence des grains de plomb qui avaient pénétré dans l'intérieur de l'œil et y avaient déterminé des désastres irrémédiables. En signalant ce fait, j'ai pour but d'attirer l'attention sur une erreur de diagnostic très-facile à commettre de prime-ahord , et qu'on peut éviter aisément avec un peu de réflexion. Dans d'autres circonstances, le corps étranger s'enkyste. La figure VI représente non pas un de ces corps étrangers enkystés, mais un cristallin abaissé par moi et se présentant sous la forme d'une tumeur ovoïde, grisâtre, entourée N de pigment. Un peu au-dessus on aperçoit des débris opaques de la capsule cristalline.
Lorsque le corps étranger pénètre par la cornée, il lèse la lentille cristalline avant d'arriver dans l'humeur vitrée. Il survient alors une opacité lenticulaire très-rapide qui empêche de le distinguer et souvent aussi des phénomènes inflammatoires qui ont une très-grande gravité.
Les cysticerques sont une variété d'helminthes qui se logent quelquefois dans l'humeur vitrée. Je n'en ai jamais rencontré dans ma pratique ; mais j'ai cru , pour être complet, devoir en donner un dessin emprunté à l'ouvrage de M. Follin. La figure VII représente un de ces parasites; il a la forme d'un sac distendu ; son cou est constitué par la partie rétrécie qui le surmonte ; enfin, sa tête vienUensuite et a l'aspect pyriforme. Cette masse est d'un blanc bleuâtre, semi-transparente, très-saillante, et douée de mouvements spontanés. Dans la position où le cysticerque est représenté, il masque une partie de la papille Les deux autres taches blanchâtres qu'on aperçoit sur la figure sont des cysticerques en voie de développement. Le fond de l'œil parait rouge comme à l'état normal et la pupille conserve sa mobilité. Quelquefois cependant, on constate quelques phénomènes inflammatoires de la choroïde et de la rétine ; mais l'opbthalmoscope est le seul moyen pour arriver à un diagnostic exact.