CHAPITRE V
Altérations de la Papille et des vaisseaux de la Rétine.
planche vu.
Considérations générales. — Explication des Figures .
Bien que la plupart des altérations de la papille optique aie.it. été décrites en même temps que celles de la rétine dont elle est partie intégrante, j'ai cru devoir attirer encore l'attention sur deux états pathologiques fréquents et essentiels k bien connaître , ce sont : l'oedème et l'atrophie papillaires.
V œdème de la papille peut être actif ou passif. Dans le premier cas, il prend le nom de névrite optique. Il reconnaît pour causes des encéphalites locales aiguës , des hémorrhagies avec ou sans caillots, situés dans les nerfs optiques en arrière des chiasmas dans les corps genouillés ou les tubercules quadrijumeaux, enfin des épanchements intra-ventriculaires abondants ou des tumeurs qui compriment les nerfs optiques.
Les affections du cerveau et du cervelet a marche lente produisent au contraire toujours des atrophies simples de la papille. La fig. \ , pi. VII reproduit assez exactement cette altération ; la papille est large et un peu saillante, légèrement rouge au centre, avec de petites stries blanches allant du centre à la circonférence ; enfin , les veines sont engorgées et comme interrompues à la circonférence du nerf optique. Cet œdème peut se terminer soit par un exsudât, soit par une atrophie.
Les symptômes physiologiques qui accompagnent ces lésions consistent dans une diminution notable dans l'acuité de la vision et dans des altérations variées du champ visuel. Si la lésion a son siège dans l'hémisphère droit du cerveau , le champ visuel est supprimé des deux yeux à gauche de la verticale ; si elle siège dans l'hémisphère gauche , il est supprimé à droite de la verticale (hémiopie homonyme). Si la lésion siège à la base du crâne, le champ visuel des deux yeux est supprimé k gauche de la verticale pour l'œ il
gauche et à droite pour l'œil droit (hémiopie croisée). Enfin, si un seul œil est malade, c'est que la lésion est située entre l'œil et le chiasma.
Dans la forme active de la maladie la cécité complète peut survenir en quelques jours ; dans la forme passive, la marche de la maladie est beaucoup plus lente.
V atrophie de la papille est la disparition des éléments nerveux du nerf optique. Elle reconnaît pour causes des processus pathologiques intrà-oculaires qui amènent l'atrophie de la rétine telsque : la choroïdite avec atrophie secondaire et macération pigipentaire, h pigmentation idiopathique de cette membrane,quelqueshémorrhagiesrétiniennes,le névrorétinite , des lésions orbitaires amenant l'exophthalmie avec tension ou compression du nerf optique , des maladies intrk-cràniennes comme la méningite basilaire, et certaines affections du cerveau et de la moelle, enfin quelques maladies particulières du nerf optique encore peu étudiées.
Le principal de tous les symptômes ophthalmoscopiques , symptôme commun à tous les cas; c'est la décoloration de la papille. Elle est large, d'un blanc souvent nuancé de bleu, réfléchissant fortement la lumière et très-appréciable quand on compare cette teinte h celle du petit liséré sclérotical qu'on aperçoit tout au tour de son point d'émergence. Les vaisseaux participent à la maladie ; on ne distingue plus les artères des v eines et ils finissent par s'atrophier. Fig. III, planche VII. Dans les cas récents, la surface papillaire est plane ; souvent plus tard elle est saillante (atrophie en champignon) ou déprimée (atrophie en godet), quand la maladie est le résultat d'une lésion cérébrale.
Enfin, si elle est due à une affection choroïdienne, ses bords sont ordinairement découpés.
La fig. II, est la représentation d'une des premières périodes de l'atrophie, période congestive. La papille est plus petite qu'à l'état normal. Au centre, sa coloration est trèsblanche, mais ses bords sont rouges et les vaisseaux sont déjà plus petits. J'ai pu récemment encore observer un cas semblable sur un malade qui m'a été présenté par un de mes confrères de Marseille.
Quant aux symptômes physiologiques les plus ordinaires de l'atrophie de la rétine et de papille, ce sont : une diminution d'acuité de la vision, un affaiblissement périphérique et progressif du champ visuel , vision de points lumineux , une appréciation difficile des couleurs et l'oscillation des objets soumis h l'examen.
Les principales altérations qui affectent le système circulatoire de la rétine et qui méritent une étude particulière sont Y embolie de l'artère centrale , la sclérose, les varicosités et Vanévrysme.
V embolie de l'artfoe centrale de la rétine est une lésion qui cause subitement la cécité.
Plusieurs cas semblables ont déjà été signalés, et il m'a été donné d'en examiner un moimême. Le malade qui me fut envoyé par les sœurs des dispensaires du bureau de Bienfaisance était âgé de quarante ans. Il était atteint d'une affection organique du cœur et souvent en proie h une oppression vive. Il se trouva brusquement privé de l'œil droit, n'ayant ressenti autre chose qu'un peu d'étourdissement. Je l'examinais à l'ophthalmoscope quelques heures après, et je constatais que le fond de l'œil était un peu nébuleux, mais la papille normale ; les artères étaient presque exsangues et filiformes ; quand aux veines plus fines qu'à l'état normal , elles présentaient un trouble de la circulation que j'ai cherché a rendre dans la fig. IV. Elles offraient des portions engorgées et rouges et d'autres portions blanches, vides de sang, comme l'indique le dessin. Enfin , dans la région de la macula existait une petite tâche rouge hémorrhagique.
Je fis appliquer un traitement antiphlogistique énergique ainsi que des compresses chaudes sur l'œil, et je soumis en même temps le malade k un traitement- alcalin. Quatre jours après la vision n'étant pas revenue, j'instillais de nouveau de l'atropine, et je trouvais les mêmes lésions. Seulement la tâche hémorrhagique n'était pas aussi visible : elle était remplacée par une opacité nébuleuse. Je perdis momentanément de vue le malade, mais six mois après environ, je pus constater que la papille était nacrée et les vaisseaux atrophiés.
La Sclérose des artères de la rétine est une altération que j'ai rencontrée sur un œil depuis longtemps amaurotique. Je trouvais, en effet , les artères entourées de deux petits lisérés blanc nacré que j'ai pensé être du tissu cellulaire induré. La fig. V, représente cette altération dont je ne connais point la signification exacte ; mais le malade était goutteux et atteint d'une affection organique du cœur.
Varicosités des vaisseaux rétiniens. L'altération représentée par la fig. VI, est une altération analogue aux varices. Je l'ai observée sur plusieurs malades dont un atteint do catarrhe chronique. Les nodosités variqueuses étaient très-appréciables , et le malade qui fut examiné d'ailleurs par plusieurs confrères ne se plaignait que d'un peu de trouble dans la vue et de mouches fixes. On constatait en même temps un peu d'hypérémie choroïdienne.
L'Anévrysme de l'artère centrale est une altération dont la science ne possède encore que trois ou quatre observations ; j'avais renoncé moi-même à en donner le dessin, lorsqu'il y a huit mois, j'eus la bonne fortune de pouvoir l'observer.
Le malade avait soixante ans et exerçait la profession d'homme de peine. Interrogé par moi , il me dit qu'il ne distinguait plus rien de l'œil gauche si ce n'est un brouillard très-épais et qu'il éprouvait parfois des douleurs intrà-oculaires profondes. J'examinaiset j'observais que la pupille était mobile et peu dilatée. J'employais l'atropine, et je trouvais les milieux assez transparents sauf cependant quelques stries au cristallin. Je concentrais alors une assez grande lumière sur l'œil et j'aperçus sur la partie inférieure |de la papille une saillie rougeàtre ovoïde , qui en masquait une assez grande partie ; en bas , la tumeur
se rétrécissait et se continuait avec un vaisseau assez volumineux se contournant assez rapidement sur lui-même. Enfin , je fus frappé des variations de couleur claire et foncée que prenait cette tumeur , et qui coïncidaient avec les contractions du cœur. Les veines étaient d'ailleurs gonflées et les artères plus petites qu'à l'état normal. Je me hâtais de prendre le dessin , et priais le malade de revenir dans quelques temps. Je prescrivis des applications froides prolongées, une compression méthodique sur l'œil, et de la digitaline. Malheureusement je ne pus pas le revoir, car il mourût quelque temps après , et je fus dans l'impossibilité de faire l'examen néoropsique. J'ai augmenté sur le dessin le volume de la tumeur et des veines pour rendre la lésion plus appréciable.